La Sociale
Par Pierre DELVAUX • Actualités • Mercredi 30/01/2013
Aux nationalisations industrielles le gouvernement préfère le saccage de l’école et de la famille.
Les ouvriers des sites industriels à qui le candidat Hollande avait promis l’intervention de l’Etat ont de quoi se consoler : pendant qu’ils pointeront à Pôle emploi, leurs enfants pourront gérer eux-mêmes leurs écoles et leurs beaux parents pourront s’en occuper le reste du temps ! Appliquant d’un côté la politique de désindustrialisation et d’austérité réclamée par les marchés financiers à travers l’Union Européenne, l’Etat poursuit de l’autre ses palinodies sociétales. Dernières trouvailles de nos révolutionnaires du Flore : l’autogestion des écoles par les élèves et la création d’un « statut du beau-parent. » initié par le précédent gouvernement de Nicolas Sarkozy.
Appliquant d’un côté la politique de désindustrialisation et d’austérité réclamée par les marchés financiers à travers l’Union Européenne, l’Etat poursuit de l’autre ses palinodies sociétales. Dernières trouvailles de nos révolutionnaires du Flore : l’autogestion des écoles par les élèves et la création d’un « statut du beau-parent. » initié par le précédent gouvernement de Nicolas Sarkozy.
Le ministre Peillon s’était déjà distingué par sa promotion du cannabis. Il promeut aujourd’hui l’école du « vivre-ensemble » d’ores et déjà expérimentée dans certains établissements comme en témoignait le JT de France 2 il y a quelques jours. Dans ces établissements, les élèves sont invités à cogérer le fonctionnement de l’école (la cantine ou autre…) et à tutoyer leurs enseignants. Plutôt que de créer plus de classes avec moins d’élèves et de revaloriser le contenu des programmes, le gouvernement dissuade le redoublement et transforme l’école publique en garderie éducationnelle se substituant aux parents.
N’est-il pas frappant de voir au même moment la résurgence du « statut du beau-parent » amorcé (puis stoppé) sous Nicolas Sarkozy ? Plusieurs députés devraient le mettre en question lors du débat sur le « mariage pour tous ». On fait ici d’une pierre deux coups : ce statut de beau-parent pourrait, d’une part, faciliter une nouvelle forme de filiation juridique pour les couples homosexuels et, d’autre part, organiser une gestion sociale de la précarité des couples avec enfants brisés par le chômage et les difficultés, cela en faisant appel à la solidarité familiale, donc sans coût pour l’Etat. Sous prétexte de « vivre-ensemble » et de modernité sociale, ce gouvernement met en place des dispositifs de gestion de la précarité qui ne lui coûtent rien et qui détournent de leur raison d’être des fondements de notre société tels que l’école ou nos parentèles.
Un tel constat colle assez bien avec l’analyse de Denis Collin qui fait le lien entre l’évolution du capitalisme mondialisé et les questions sociétale dans son récent article : Crise du capitalisme, crise de civilisation . Et le thème du « mariage pour tous » avec, entre autre question, le « droit à l’enfant » est sans doute au cœur de cette vision libertarienne sans limite de la vie qui est la justification idéologique de ce capitalisme hypertrophié d’aujourd’hui qui se dévore lui-même (et nous avec). Cependant, je ne suis pas sûr que l’on puisse expliquer le chaos actuel uniquement à travers la grille marxiste. Au-delà de l’économie se posent aussi des questions historiques, des questions de culture et de pensées collectives.
Crise du capitalisme bien sûr mais aussi crise (et fin) de la civilisation européenne. Je serais enclin à voir l’attitude de notre gouvernement de bobos arrogants comme le fruit d’une pensée qui va du marquis de Sade à Bernard Tapie en passant par les situationnistes, un détournement égotiste de la pensée libérale qui prétend imposer à toute la société sa supposée recette du bonheur basée sur la satisfaction du désir individuel. L’important n’y est pas de bâtir un bien commun basé sur l’effort (qui dessinait traditionnellement tant les formes du couple et de la famille que celles de nos sociétés) mais de repousser toujours plus loin toute entrave à la jouissance, au profit, à la consommation individuelle.
Simplement, c’est une démarche suicidaire, une sorte d’anthropophagie sociale effectivement liée au caractère autodestructeur de l’ultracapitalisme mondialisé. De la même manière que les marchés financiers puisent à l’infini dans la dette des Etats, tuant à petit feu la dernière de leur ressource, le modèle social à la mode en France est celui d’un individu qui ne produit plus (au diable l’industrie, vive les « services » et « l’économie solidaire » !) et qui est censé s’épanouir dans un temps libre hors de toute contrainte. A ceci près qu’on voit mal comment on peut continuer à consommer sans travailler dans un pays qui ne produit plus de biens et qui il restera pour cela une fois que le savoir ne sera plus transmis par l’école et que la majorité des couples seront unisexe…
Pierre Delvaux
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