Cette gazette vous plaît ? Transférez-là à votre carnet d’adresses… Ils vous remercieront et nous aussi. | | Selon Mattias Desmet nous sommes les témoins d'un basculement historique : l'émergence d’un totalitarisme nouveau, mondialisé, technocratique, qui avance au nom de la raison et de la science. Face à lui, Louis Fouché déroule le décor d’une société déracinée, prête à sacrifier sa liberté pour un peu d’illusion de sécurité. Ensemble, ils mettent des mots crus sur ce que beaucoup d’entre vous ressentent confusément : quelque chose de fondamental s’est brisé, et la question n’est plus de débattre des mesures, mais de savoir comment rester humain dans un système qui, lui, ne l’est plus. Pour Mattias Desmet nous sommes face à une nouvelle forme de totalitarisme, non plus national et militarisé, mais « mondialiste et technocratique », structurée par le discours d’experts et la rationalité froide des chiffres. Selon lui, « le totalitarisme ne peut émerger que lorsque les êtres humains perdent leur humanité », d’où l’urgence de réfléchir à ce qui nous rend vraiment humains et de « tenter d’être humain les uns envers les autres ». Il insiste sur le rôle décisif de la parole : « le seul remède ou du moins ce qui nous permet de rester humain est intimement lié à l’acte de parole ». Lorsque nous renonçons à dire ce que nous pensons réellement, par confort ou par peur, et que nous nous conformons au discours dominant, « alors nous sommes mûrs pour le totalitarisme ». La crise du Covid devient dans cette perspective un moment révélateur : elle a montré la facilité avec laquelle une société atomisée accepte des mesures extrêmes dès lors qu’elles sont justifiées par une logique pseudo-scientifique et relayées par des institutions vécues comme protectrices. Pour notre audience, cela pose une question très directe : jusqu’où sommes-nous prêts à taire ce que nous voyons, pour rester « dans le camp du bien », et à quel prix politique et moral. Au cœur de son analyse, Desmet revient sur la « formation de masse », ce processus par lequel des individus isolés, anxieux, déconnectés de leurs communautés, se fondent dans une « foule » psychologique prête à suivre un récit unique, aussi absurde soit-il. Il rappelle que cette dynamique ne naît pas ex nihilo : elle prospère sur des décennies de désancrage social, de perte de repères et de montée d’une bureaucratie abstraite qui remplace les liens réels. Louis Fouché illustre ce basculement avec un exemple frappant : « Il y a 300 ou 400 ans, les gens exerçaient le métier de leur père et de leur grand-père et ils vivaient au même endroit tout le temps […] Mais aujourd’hui aux États-Unis, les gens changent de travail environ 15 ou 20 fois au cours de leur vie, ils déménagent environ 10 à 15 fois ». Ce mouvement produit des individus déracinés, en quête de règles stables, qui « flatteront toutes les figures d’autorité » préservant ce fragile ordre symbolique, même au prix de leurs libertés. Dans un monde où « le chaos s’accélère de plus en plus », prévient Fouché, la réponse dominante sera d’« imposer davantage de règles et de pouvoirs, quelle que soit la justification ». D’où cette impression familière pour beaucoup d’entre vous : plus la réalité devient incertaine, plus le pouvoir resserre l’étau, et plus une partie de la population réclame elle-même cet étau au nom de la sécurité. Enfin, Mattias Desmet relie ce glissement totalitaire à une mutation plus intime : la perte de notre « enfant intérieur » au profit d’un ego obsédé par l’image et la rationalité instrumentale. Il souligne qu’« contrairement à ce que prétend notre société rationaliste, nous avons perdu le contact avec l’enfant qui est en nous ». Or cet enfant est doué d’une intelligence fulgurante : « au cours des 6 premiers mois de sa vie », il « peut comprendre et distinguer tous les phonèmes de toutes les langues du monde », détecter « les schémas mathématiques les plus complexes immédiatement, 100 fois plus vite qu’un génie adulte ». Cette puissance se perd lorsque l’attention se fixe sur « l’image idéale extérieure » et que naît la pensée rationnelle comme fine couche à la surface de notre vie émotionnelle. Desmet ne rejette pas la raison, mais il avertit : quand une société érige la rationalité technocratique en unique boussole, elle coupe l’être humain de sa créativité, de son intuition, de sa capacité à dire « non » même lorsque tout « semble logique » sur le papier. C’est précisément ce que nous avons vu à l’œuvre lors de la crise sanitaire et que nous retrouvons aujourd’hui dans les politiques climatiques, numériques ou sécuritaires : des mesures parfois déconnectées du réel vécu, mais portées par une machine administrative à laquelle il devient psychologiquement difficile de résister. Reste alors la question qui traverse toute cette conversation et que nous vous posons à notre tour : comment chacun de nous peut-il, concrètement, réhabiliter cette parole vivante et cette part d’enfance qui font obstacle, au quotidien, à la logique glacée du totalitarisme |
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