Le traitement médiatique réservé à ce nouveau maire de La France insoumise indigne largement
Bally Bagayoko, élu dès le premier tour à Saint-Denis, doit faire face depuis dimanche à une violente campagne empreinte de racisme.
C’était la surprise du premier tour. Dimanche 15 mars au soir, le visage de Bally Bagayoko est apparu sur les écrans, sourire radieux, après sa victoire à Saint-Denis. En décrochant la mairie de la deuxième ville d’Île-de-France, 150 000 habitants, La France insoumise a fait la démonstration de son implantation dans l’ancienne « ceinture rouge », au nez et à la barbe du socialiste sortant, Mathieu Hanotin.
À l’annonce des résultats, une foule en liesse s’est réunie dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville et Bally Bagayoko a accordé sa première interview en tant que maire à LCI. Interrogé sur le sens de son élection, le nouveau maire, né dans les Hauts-de-Seine de parents maliens, a déclaré que Saint-Denis était « la ville des rois morts et du peuple vivant ». Une formule littéraire, empruntée au poète communiste Jean Marcenac, qui fut professeur dans un lycée de la ville. Mais la machine s’est emballée lorsque certains commentateurs ont prétendu avoir entendu « la ville des noirs » dans la bouche de Bally Bagayoko. Ce qu’il n’a donc jamais dit.
La journaliste star de BFMTV Apolline de Malherbe a pourtant repris la formule erronée à son compte lors d’une interview mardi, avant de présenter des excuses. D’autres séquences médiatiques accablantes sont venues s’ajouter, provoquant l’indignation de responsables politiques de gauche. Toujours sur BFMTV mardi, Bally Bagayoko s’est par exemple vu demander si « des narcotrafiquants » n’avaient pas facilité son élection à la mairie et s’il risquait d’être « redevable » envers certains « patrons de points de deal » qui avaient appelé à voter pour lui.
« Cette scène est à vomir, dégoûtante de mépris et de racisme », a dénoncé la députée LFI Clémence Guetté. Le coordinateur du mouvement de gauche radicale Manuel Bompard a, lui, salué « la dignité » de Bally Bagayoko et fustigé « la meute médiatique qui n’aura pas attendu longtemps pour relayer les pires calomnies racistes ».
Fait notable : ces condamnations ont dépassé le seul cadre de La France insoumise et irrigué l’ensemble de la gauche. Ainsi la sénatrice socialiste Marie-Pierre de La Gontrie, notoirement opposée à Jean-Luc Mélenchon, estime que l’interview de BFMTV « est insupportable de mépris et de racisme latent ». « Quelle honte ces questions racistes, a également attaqué Ségolène Royal. Quelle dégradation du métier de journaliste quand courir après CNews devient la bouée de sauvetage des médiocres ».
Des propos extrêmement violents sur CNews
Le député européen écologiste David Cormand a pourtant sa part vu une interview « violente », estimant que « le journaliste d’extrême droite » en question (Tugdual Denis, directeur de la rédaction de Valeurs actuelles) a « lancé sans aucune preuve des accusations de narcotrafic contre le maire noir de Saint-Denis ». « C’est vraiment la honte BFMTV », a aussi critiqué le patron des députés communistes Stéphane Peu, qui soutenait le candidat au premier tour.
Toujours mardi, mais cette fois sur CNews, des propos extrêmement violents ont été tenus contre l’édile. « La nouvelle France de Jean-Luc Mélenchon, c’est l’immigration. Pas n’importe laquelle. Les Suédois, les Portugais, les Italiens ça ne marche pas. On parle d’une immigration africaine et arabo-musulmane », a assuré le patron de Frontières, Érik Tegnér. Il a poursuivi : « Être un Français gaulois, être ici depuis un siècle, c’est ringard. Il faut laisser la place ». Son collègue Yoann Usaï, régulièrement pointé du doigt pour ses positions en faveur de l’extrême droite, a renchéri : « Ça me met hors de moi. Je suis châtain aux yeux verts, je ne suis pas racisé, est-ce que j’ai encore ma place dans ce pays ? Il faut le dire clairement : les étrangers qui envisageraient de venir en France ne sont plus les bienvenus. Ces images à Saint-Denis montrent que nous n’avons plus les capacités d’assimiler. L’intégration est impossible. »
Gauthier Le Bret, qui présentait l’émission, est allé encore plus loin, affirmant sans ciller : « Le maire a dit qu’il ne voulait pas gentrifier Saint-Denis. Donc qu’il ne voulait pas trop de Blancs. » Jamais Bally Bagayoko n’a fait un lien entre la gentrification de la ville et la présence de personnes blanches. Il refuse d’ailleurs le terme « racisé ». « Ce n’est pas le type de langage que je tiens », a-t-il plusieurs fois expliqué, préférant se dire « héritier des vagues d’immigration ».
« Le racisme crasse de CNews tranche avec la dignité absolue de Bally Bagayoko depuis son élection comme maire de Saint-Denis, a encore réagi Manuel Bompard. Il faut le dire : Bally Bagayoko fait la fierté de la France. Ces fascistes de plateau, eux, la déshonorent. Honte à eux. Plein soutien à Bally et toutes celles et ceux qui sont insultés ». Rappelons que le maire n’est élu que depuis trois jours, et qu’il doit encore tenir six (ou sept) ans.

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