À Marseille, Sébastien Delogu se retire du second tour des municipales
En déposant sa liste dès le lendemain du premier tour, le sortant Benoît Payan avait fermé la porte à toute fusion avec celle de la France insoumise.
Il n’y aura finalement que trois listes dans la cité phocéenne. Le candidat de la France insoumise Sébastien Delogu a annoncé ce mardi 17 mars qu’il se retirait du second tour des municipales à Marseille. Sa décision intervient après vingt-quatre heures de guerre froide avec le sortant socialiste Benoît Payan, en tête au premier tour mais talonné par le Rassemblement national et qui, refusant toute fusion, appelait son adversaire insoumis à renoncer pour faire barrage à l’extrême droite.
Dans un communiqué, Sébastien Delogu a lourdement fustigé le « refus de Benoît Payan de construire un front antifasciste », une « faute politique majeure et inédite. » « Ce choix démontre que la lutte contre l’extrême droite a été reléguée derrière des considérations de pouvoir, au mépris des engagements de renouveau démocratique », tacle le candidat insoumis.
Lequel, dans la lutte qui oppose à l’échelle nationale à gauche insoumis et socialiste, tente donc d’endosser le costume de la responsabilité. « Face à l’irresponsabilité d’un homme, nous serons responsables pour un million. Nous retirons notre liste afin de ne pas cautionner une stratégie qui fait courir un risque grave à notre ville. L’intérêt général doit toujours primer sur les ambitions personnelles », insiste le représentant de la gauche radicale.
Triangulaire pour l’Hotel de Ville, mais pas dans les arrondissements
Si la France insoumise renonce à la mairie centrales, ses listes dans les arrondissements ne sont pas remises en question. « Là où les conditions sont réunies pour faire gagner nos idées, sans risque pour Marseille nous appelons à soutenir les candidats qui portent un projet de transformation sociale et écologique », conclut le désormais ex-candidat à la mairie.
Dans la deuxième ville de France, le maire sortant a récolté 36,70 % des suffrages au premier tour. Au coude-à-coude avec le candidat du RN Franck Allisio, à 35,02 %, qui a déposé ce mardi matin sa liste à la préfecture. Sébastien Delogu est lui arrivée 4e, avec seulement 11,94 % des voix, derrière la candidate LR Martine Vassal (12,41 %). Cette dernière a annoncé maintenir sa candidature, en dépit d’un score largement sous ses espérances. Le second tour marseillais se fera donc sous la forme d’une triangulaire.
Aux municipales à Marseille, Sébastien Delogu et le casse-tête du risque RN avant le second tour
Est-il si pertinent de se maintenir coûte que coûte, au risque d’offrir la cité phocéenne à l’extrême droite ? Sébastien Delogu a quelques heures pour répondre à cette question.
Alors que l’heure tourne, une hypothèse commence à prendre de plus en plus de place : et si Sébastien Delogu finissait par se retirer pour éviter de faire courir à Marseille le risque historique d’une bascule à l’extrême droite un an avant la présidentielle ? Après tout, une telle position peut se justifier, y compris pour un mouvement mélenchoniste qui déteste battre en retraite. Lors des élections municipales de 2020, la coordination des espaces de LFI jugeait qu’un retrait était possible « dans les communes où le Rassemblement national est qualifié pour le second tour ». Par ailleurs, une fois la candidature de Benoît Payan actée, la responsabilité repose désormais sur les épaules du candidat LFI, dont la décision pourrait faire basculer la ville.
Conséquences directes
« La pression existe. Chacun doit penser à l’intérêt général. Le retrait est aussi une option antifasciste », confie au HuffPost un habitué de la maison Mélenchon, décrivant les arguments qui pourront enrober la décision du retrait. « Le PS l’a déjà fait aux régionales », souligne-t-il. Sur place, certains socialistes jugent que Sébastien Delogu n’a, en réalité, pas d’autres choix. Car le maintien aurait des répercussions très concrètes, y compris dans les quartiers populaires. À titre d’exemple, les 13e et 14e arrondissements de Marseille, dans les quartiers nord. Dans ce secteur, Sandrine D’Angio (RN-UDR) est arrivée en tête avec 39,8 % des voix, devant la candidate socialiste Tina Biard-Sansonetti (26,4 %) et le candidat LFI Mohamed Bensaada (13,1 %). « Le maintien de Sébastien Delogu aurait pour conséquence d’offrir ce secteur des quartiers nord à l’extrême droite, et il le sait », décrypte un socialiste marseillais.
D’autres estiment que le député des Bouches-du-Rhône n’a pas vraiment d’arguments solides à faire valoir, son score le mettant en incapacité de bâtir un récit intelligible, surtout après une campagne de premier tour consacrée à taper sur le bilan du maire sortant. « En 2022, Jean-Luc Mélenchon fait 31 % à Marseille. Aux européennes de 2024, Manon Aubry 21 %. Son score, à moins de 12 %, témoigne qu’il n’a pas fait une bonne campagne, et qu’une fusion des listes pourrait au contraire favoriser le RN, puisque ça rebuterait les électeurs centristes de Martine Vassal qui voudraient faire barrage, et ferait courir ses électeurs les plus droitiers dans les bras de Franck Allisio », souligne notre interlocuteur. Une réalité que n’ignorerait pas l’état-major LFI, et qui plaiderait donc pour un retrait.
D’autant que cette hypothèse comporterait un autre avantage pour le mouvement insoumis : s’attribuer le beau rôle, celui du camp « responsable », à l’heure où la deuxième ville de France est menacée par le RN. En outre, ce mouvement pourrait s’accompagner du maintien des candidats LFI qualifiés dans d’autres villes, comme à Paris. Avec un récit consistant à dire que La France insoumise sait distinguer ses adversaires de ses ennemis, et qu’elle demeure solide dans son appréciation de la hiérarchie des périls. Quoi qu’il en soit, socialistes et insoumis seront bientôt fixés, puisque la deadline approche. Et avec une main comptant si peu d’atouts, Sébastien Delogu sait qu’il n’a aucune chance de gagner la partie. Car à la différence du poker, le bluff n’est d’aucune efficacité à la belotte contrée.
Le sectarisme aveuglé de Benoît Payan et son arrogance n'ont pas empêché Sébastien Delogu et ses colistiers d'assumer la responsabilité de barrer la route à l'extrême droite à Marseille. Nous sommes fiers de nos amis et camarades. Je salue leur sang-froid et dévouement à la… https://t.co/2lBdegDxGi
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) March 17, 2026

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