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lundi 8 avril 2013

Thatcher rime avec douleur, de celles qui persistent après que le mal a disparu

                                                               Marianne

Thatcher rime avec douleur, de celles qui persistent après que le mal a disparu

Lundi 8 Avril 2013 à 16:37 |

AGNÈS-CATHERINE POIRIER

Margaret Thatcher est décédée à l'âge de 87 ans des suites d'un accident vasculaire cérébral. Première et seule femme à avoir occupé le poste de premier ministre au Royaume-Uni, celle que l'on surnommait « La Dame de fer » laisse aujourd'hui encore un souvenir amère.

Thatcher rime avec douleur, de celles qui persistent après que le mal a disparu
Margaret Thatcher, c'est l'histoire d'une passion contrariée faite de rejet et d'admiration, entre une femme de pouvoir et 60 millions de Britanniques. 

Tout a commencé juste avant la guerre, dans une épicerie du côté de Grantham, à la frontière du Lincolnshire et du Leicestershire. Dans l'échoppe familiale, la petite Margaret a appris de son papa, méthodiste dévot, qu'un sou est un sou et qu'il faut travailler dur pour le gagner. 

Grantham, qui vit grandir Isaac Newton, vit aussi croître les ambitions de la jeune Margaret Hilda, née Roberts. Du collège de jeune fille où elle était boursière, elle fit le grand saut pour atterrir à Oxford où elle étudia... la chimie (matière idéale pour celle qui fera de la réaction le principe de sa politique). 

Margaret Thatcher est la femme de tous les superlatifs : première et unique femme leader du Parti conservateur entre 1975 et 1990, première et unique Prime Minister femme du royaume. Elle a dirigé le pays onze ans, six mois et vingt-quatre jours, soit le plus long mandat jamais effectué par un Premier ministre britannique depuis 1827. Elle est aussi la seule figure politique britannique honorée de son vivant d'une statue à son effigie au sein du palais de Westminster. Même Winston Churchill n'a pas eu cet honneur.

Les tailleurs de Margaret Thatcher mis aux enchères - Sang Tan/AP/SIPA
Les tailleurs de Margaret Thatcher mis aux enchères - Sang Tan/AP/SIPA
Atteinte de la maladie d'Alzheimer, la Dame de fer ne l'a jamais su. Alzheimer, c'est là l'ironie cruelle de l'histoire : son nom et sa politique continuent à hanter les esprits. Et à empoisonner la vie politique de son pays. Margaret Thatcher, c'est la patate chaude que l'on se refile en faisant la grimace, la gousse d'ail de trop dans la salade, la dernière tasse de thé corsé de la journée, celle qui tord les boyaux et promet une nuit blanche. Thatcher rime avec douleur, de celles qui persistent après que le mal a disparu. 

La doctrine qui porte son nom, le thatchérisme, est à la vie politique britannique ce que le méridien de Greenwich est à l'heure universelle. Et ce, depuis ce fameux jour de mai 1979 où, élue avec une écrasante majorité, elle eut le culot de citer saint François d'Assise avant de pousser la porte du 10 Downing Street. Il faut l'imaginer, face aux caméras et aux micros, dans sa petite veste bleue et son chemisier à jabot blanc, flanquée de deux bobbies casqués : « Où vit la discorde, puissions-nous apporter l'harmonie. Où règnent l'erreur et le mensonge, puissions-nous apporter la vérité. Où existe le doute, puissions-nous apporter la foi. Où sévit le désespoir, puissions-nous apporter l'espoir. » 

Dans le même temps, la une du Suntabloïd du magnat australien Rupert Murdoch, donnait le ton, messianique : « Le premier jour du reste de nos vies. » Après Jésus, Thatcher. Aujourd'hui, en l'an 33 après l'arrivée de Thatcher au pouvoir, le monde n'en a toujours pas fini de digérer son fameux monétarisme et son « il n'y a pas d'alternative »

L'élection d'un travailliste à la tête du pays, Tony Blair, en 1997, n'y changera rien. Bien au contraire. Tony est un fils de « Maggie » et n'en rougit pas. Il l'annonce le lendemain de son élection : il n'essaiera pas de détricoter l'héritage de Thatcher. Le blairisme n'en sera que le prolongement. Tandis que la doctrine continue de régner insidieusement sur le pays, désormais incarnée par le New Labour de Tony Blair, les moindres rhumes et séjours à l'hôpital de la Dame de fer font les ouvertures des journaux télévisés. 

Si le film de Phyllida Lloyd, La Dame de fer, sur les écrans français en 2012, fut le premier biopic à sortir du vivant de son modèle, en quinze ans à Londres, deux pièces de théâtre, une série télé et une comédie musicale ont déjà été consacrées à « Lady T »

En février 2006, au Warwick Arts Centre, se tenait la première de Thatcher, la comédie musicale. L'affiche du spectacle d'inspiration pop art, montrant la jeune Maggie façon Marilyn Monroe par Andy Warhol, donne alors le ton : irrévérencieux. La compagnie de théâtre Foursight, connue pour ses spectacles iconoclastes, promet de « révéler le contenu du sac à main le plus fameux de l'histoire de la Grande-Bretagne ».

Discours de Margaret Thatcher lors de son départ du 10 Downing Street, 28 novembre 1990 - Martin Cleaver/AP/SIPA
Discours de Margaret Thatcher lors de son départ du 10 Downing Street, 28 novembre 1990 - Martin Cleaver/AP/SIPA
Rappelez-vous, la Dame de fer ne se déplaçait jamais sans son petit sac de cuir noir, le même qu'elle serrait fébrilement sous son bras le 22 novembre 1990, jour de son départ de Downing Street, victime d'un complot qui n'avait rien à envier à la trahison de César par Brutus. Sur scène, une troupe de dix actrices, chanteuses et danseuses incarnent tour à tour cette fille d'épicier devenue la femme la plus puissante du pays. Couleurs et chansons criardes : le spectacle penchait plus vers Guignol que Shakespeare. 

L'année suivante, c'est sa statue qui défraie la chronique. Commandé par un cercle de parlementaires, amoureux transis de « Maggie », ce monument, de 2 tonnes et de 4 mètres de haut, embarrasse nombre d'institutions. La National Portrait Gallery refuse poliment de l'accueillir, en se réfugiant derrière des dimensions trop encombrantes. La Chambre des communes évoque l'interdiction d'ériger, en son sein, la statue d'un ancien Premier ministre avant le cinquième anniversaire de sa mort. ...
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