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vendredi 15 février 2013

"Envoyé spécial" mis en garde, Thuillier proteste

                                            Le Point

Le Point.fr - Publié le  - Modifié le 

Les images de la guerre au Mali dans le numéro d'"Envoyé spécial" (France 2) ont été jugées "difficilement soutenables" par le CSA.


Photo d'illustration.

Photo d'illustration. © Pascal Guyot / AFP

Le CSA a adressé une "mise en garde" à France Télévisions à la suite de la diffusion, le 7 février, du magazine Envoyé spécialconsacré aux exactions commises au Mali. Les Sages considèrent que les images du reportage étaient "difficilement soutenables, notamment pour de jeunes téléspectateurs". 
"Les plans répétés et particulièrement insistants sur les corps des personnes décédées sans analyse correspondante étaient susceptibles de constituer une atteinte à la dignité de la personne humaine", estime le CSA.
L'instance de régulation convient cependant que le travail des journalistes est difficile lorsqu'il faut relater les événements d'un conflit. Peut-on parler d'une guerre sans en montrer les excès, les phases les plus cruelles ? Le CSA considère que la limite s'impose par égard pour l'humaine dignité, notamment quand il s'agit de filmer les morts.

Faut-il masquer les conséquences de la guerre ?

"J'aimerais savoir qui décide de ce qu'on peut montrer d'une guerre. Je pensais que jusqu'ici cette responsabilité relevait des journalistes", s'étonne Thierry Thuillier, le patron de l'information du groupe France Télévisions, qui souhaite engager avec le CSA un débat public sur la question. Rémy Pflimlin, le P-DG de France Télévisions, va demander à être reçu avec Thuillier et les journalistes d'Envoyé spécial. La société des journalistes de France 2 fait bloc derrière sa direction. "Il n'est pas concevable que dans une enquête consacrée à des exactions au Mali, des images ne viennent pas à l'appui de celle-ci (...), objecte-t-elle dans un communiqué. Ces images ont été parfaitement décryptées au service de l'enquête."
En l'occurrence, le reportage sur les exactions au Mali, d'une vingtaine de minutes, comporte une séquence de 50 secondes où l'on voit, de manière non identifiable, les corps d'un charnier dans un puits et des cadavres non identifiés. "Il faut qu'on m'explique ce qui est attentatoire à la dignité humaine", rouspète Thuillier, qui rappelle que le programme était signalé comme déconseillé aux moins de 10 ans.
Il est vrai qu'à force de vouloir aseptiser les images, il va devenir difficile de relater la réalité d'un conflit armé. Comment devrait-on couvrir aujourd'hui une tragédie comme celle du Rwanda, où les corps, coupés à la machette, jonchaient le sol ? De même, à la libération des camps de la mort, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, aurait-on dû masquer les charniers ou l'état de délabrement physique des rescapés pour s'en tenir à la doctrine actuelle du CSA ? "Le débat dépasse le cadre de la mise en garde de France 2", juge Thuillier, qui en appelle à une réflexion collective de la profession.
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