12 février 2013
Chokri Belaïd : un Homme, un projet, un combat
Chems Eddine CHITOUR
« Nous avançons sur un chemin extrêmement étroit, balisé de plusieurs difficultés : la révolution, c’est simple, l’après-révolution, c’est compliqué », Mohamed Marzouki Président de la République tunisienne.
Chokri Belaid, avocat et grande figure politique en Tunisie, secrétaire général du Parti des Patriotes Démocrates Unifiés (la gauche tunisienne) et dirigeant politique du Front Populaire, et infatigable défenseur des droits humains a été assassiné le 6 février devant son domicile par les mains de l’obscurantisme, avatars de la révolution tunisienne Ce meurtre déclenche alors de nombreuses manifestations dans tout le pays. En signe de protestation contre cet assassinat, les bureaux d’Ennahdha à Sfax , Monastir, Béja, Gafsa et Gabès sont brûlés et saccagés, les manifestants demandant le départ du Gouvernement Hamadi Jebali ainsi que la Troïka pour leur incompétence
Aissa Hirèche écrit à juste titre : « Le même scénario que celui que nous vécûmes est en train de prendre forme. En Tunisie la situation évolue brusquement. En mal malheureusement. (…) Encore une fois, c’est le même topo que celui que nous avons vécu. C’est la même haine aveugle qui a frappé ce mercredi chez nos frères tunisiens. Le même scénario que celui que nous vécûmes est en train de prendre forme. D’abord, on fait état de l’existence de certains campements avec armes, ensuite on apprend que des commissariats ont été l’objet d’attaque et puis voilà que les hommes commencent à tomber sous les balles assassines de bourreaux jaillis de la caverne de l’incroyable mépris de l’humain. Et quels hommes ! Exactement les mêmes que chez nous. La première cible de cette haine viscérale incomprise et incompréhensible est ce grand militant défenseur des droits de l’homme, Chokri Belaïd ». (1)
« Qui ne le connaît pas à travers ses multiples apparitions à la Télévision tunisienne, ces apparitions dont il faisait à chaque fois une véritable plaidoirie pour la défense des valeurs les plus ancrées dans notre société maghrébine, ces valeurs de respect et de dignité qu’il essaie toujours d’ériger en principe certes, mais aussi en repères à construire ensemble, dans la diversité et la considération réciproque. (…) Chaque jour nous pensions que c’était la fin du terrorisme et à chaque victime nous espérions que ce fut la dernière. Fuis par tous, abandonnés par tous, nous faisions l’apprentissage de ce nouveau monstre et il nous fallut de très longues années pour vaincre la bête. Aujourd’hui, nos frères tunisiens savent ce à quoi s’en tenir. Lorsque la haine frappe une fois elle revient plusieurs fois. Elle revient toujours » (1)
Qui est Chokri Belaïd ? :
Chokri Belaïd a étudié le droit en Irak avant de poursuivre des études de troisième cycle en France. Il fut membre de l’Union générale des étudiants de Tunisie En avril 1987, il est détenu pour son activisme politique en milieu universitaire. Il devient avocat défenseur des droits de l’homme En 2008, il dénonce la répression des grèves de Gafsa. Après le départ de Ben Ali il devient membre de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique. En mars 2011, il fonde le Mouvement des Patriotes Démocrates.
Son effigie altière enflamme les réseaux sociaux, accompagnée de formules émues. (…) Son visage buriné par les luttes était davantage celui d’un syndicaliste que d’un professionnel du droit, rompu aux arcanes des tribunaux. Chokri Belaïd ne gueulera plus. Il ne plaidera plus dans les procès politiques où il mettait un point d’honneur à défendre les proscrits de tout acabit. (..) Il faisait partie de ces élites de gauche qui s’inscrivaient dans une sorte de « marxisme arabe », mélange de « Che » et de Nasser. Car Chokri Belaïd croyait fermement à un destin arabe. D’aucuns ont relevé, chez nous, que « Belaïd » avait plutôt une résonance berbère. C’est que Chokri était avant tout un Maghrébin pluriel. Chokri Belaïd était également une figure de proue du Front populaire, coalition de partis de gauche, d’extrême gauche et de « qamwiyine » tunisiens. Tribun fougueux, polémiste impétueux, Chokri Belaïd est connu pour ses positions tranchées à l’égard d’Ennahda et de la Troïka.(…) » (3)
Le recours aux liquidations physiques des opposants constitue le modus operandi de certains milieux, au pouvoir ou dans l’opposition, qui veulent installer le chaos dont ils espèrent tirer les dividendes. (…) Pour avoir vécu cette sombre période jalonnée de meurtres d’hommes politiques, de journalistes, d’artistes et autres intellectuels durant la décennie noire, les Algériens mesurent mieux que quiconque la menace qui pèse désormais sur leurs voisins. L’assassinat de cet opposant de gauche, est incontestablement un grave dérapage de la violence politique en Tunisie. Il y a désormais l’avant et l’après-meurtre de Chokri Belaïd » (4)
Un gouvernement où tout le monde s’accroche au pouvoir
Il est curieux de constater l’addiction au pouvoir aussi bien des islamistes censés s’occuper du « spirituel » plutôt que du « temporel » et des « démocrates » laïcs qui cherchent comme Ben Ali, l’appui des instances externes . « L’assassinat de l’homme politique Chokri Belaïd le 6 février lit-on dans « Courrier International » est un indicateur de la mauvaise gouvernance du pays. Une aggravation de la situation est à craindre. C’était dans l’air mais personne ne voulait voir la réalité en face, du moins ceux qui nous gouvernent et qui ont fermé les yeux, sciemment, sur les excès et les abus de toutes les formes possibles de violence imposées à la société tunisienne, aux citoyens, à son histoire et à tous les opposants, quelque soit leur couleur. Aujourd’hui, cet exemple type de meurtre politique démontre que le laxisme et le laisser-aller, que l’on peut assimiler sans risque d’erreur à de la complicité, sont les voies qui ont ouvert le chemin à tous les extrémistes religieux envoyés aux quatre coins de la République - pour transmettre leurs discours haineux, rétrogrades et violents à des jeunes désœuvrés et gonflés à bloc, armés de slogans manipulateurs et de kalachnikovs » (2)....
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chokri-belaid-un-homme-un-projet-un-combat
Chokri Belaid, avocat et grande figure politique en Tunisie, secrétaire général du Parti des Patriotes Démocrates Unifiés (la gauche tunisienne) et dirigeant politique du Front Populaire, et infatigable défenseur des droits humains a été assassiné le 6 février devant son domicile par les mains de l’obscurantisme, avatars de la révolution tunisienne Ce meurtre déclenche alors de nombreuses manifestations dans tout le pays. En signe de protestation contre cet assassinat, les bureaux d’Ennahdha à Sfax , Monastir, Béja, Gafsa et Gabès sont brûlés et saccagés, les manifestants demandant le départ du Gouvernement Hamadi Jebali ainsi que la Troïka pour leur incompétence
Aissa Hirèche écrit à juste titre : « Le même scénario que celui que nous vécûmes est en train de prendre forme. En Tunisie la situation évolue brusquement. En mal malheureusement. (…) Encore une fois, c’est le même topo que celui que nous avons vécu. C’est la même haine aveugle qui a frappé ce mercredi chez nos frères tunisiens. Le même scénario que celui que nous vécûmes est en train de prendre forme. D’abord, on fait état de l’existence de certains campements avec armes, ensuite on apprend que des commissariats ont été l’objet d’attaque et puis voilà que les hommes commencent à tomber sous les balles assassines de bourreaux jaillis de la caverne de l’incroyable mépris de l’humain. Et quels hommes ! Exactement les mêmes que chez nous. La première cible de cette haine viscérale incomprise et incompréhensible est ce grand militant défenseur des droits de l’homme, Chokri Belaïd ». (1)
« Qui ne le connaît pas à travers ses multiples apparitions à la Télévision tunisienne, ces apparitions dont il faisait à chaque fois une véritable plaidoirie pour la défense des valeurs les plus ancrées dans notre société maghrébine, ces valeurs de respect et de dignité qu’il essaie toujours d’ériger en principe certes, mais aussi en repères à construire ensemble, dans la diversité et la considération réciproque. (…) Chaque jour nous pensions que c’était la fin du terrorisme et à chaque victime nous espérions que ce fut la dernière. Fuis par tous, abandonnés par tous, nous faisions l’apprentissage de ce nouveau monstre et il nous fallut de très longues années pour vaincre la bête. Aujourd’hui, nos frères tunisiens savent ce à quoi s’en tenir. Lorsque la haine frappe une fois elle revient plusieurs fois. Elle revient toujours » (1)
Qui est Chokri Belaïd ? :
Chokri Belaïd a étudié le droit en Irak avant de poursuivre des études de troisième cycle en France. Il fut membre de l’Union générale des étudiants de Tunisie En avril 1987, il est détenu pour son activisme politique en milieu universitaire. Il devient avocat défenseur des droits de l’homme En 2008, il dénonce la répression des grèves de Gafsa. Après le départ de Ben Ali il devient membre de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique. En mars 2011, il fonde le Mouvement des Patriotes Démocrates.
Son effigie altière enflamme les réseaux sociaux, accompagnée de formules émues. (…) Son visage buriné par les luttes était davantage celui d’un syndicaliste que d’un professionnel du droit, rompu aux arcanes des tribunaux. Chokri Belaïd ne gueulera plus. Il ne plaidera plus dans les procès politiques où il mettait un point d’honneur à défendre les proscrits de tout acabit. (..) Il faisait partie de ces élites de gauche qui s’inscrivaient dans une sorte de « marxisme arabe », mélange de « Che » et de Nasser. Car Chokri Belaïd croyait fermement à un destin arabe. D’aucuns ont relevé, chez nous, que « Belaïd » avait plutôt une résonance berbère. C’est que Chokri était avant tout un Maghrébin pluriel. Chokri Belaïd était également une figure de proue du Front populaire, coalition de partis de gauche, d’extrême gauche et de « qamwiyine » tunisiens. Tribun fougueux, polémiste impétueux, Chokri Belaïd est connu pour ses positions tranchées à l’égard d’Ennahda et de la Troïka.(…) » (3)
Le recours aux liquidations physiques des opposants constitue le modus operandi de certains milieux, au pouvoir ou dans l’opposition, qui veulent installer le chaos dont ils espèrent tirer les dividendes. (…) Pour avoir vécu cette sombre période jalonnée de meurtres d’hommes politiques, de journalistes, d’artistes et autres intellectuels durant la décennie noire, les Algériens mesurent mieux que quiconque la menace qui pèse désormais sur leurs voisins. L’assassinat de cet opposant de gauche, est incontestablement un grave dérapage de la violence politique en Tunisie. Il y a désormais l’avant et l’après-meurtre de Chokri Belaïd » (4)
Un gouvernement où tout le monde s’accroche au pouvoir
Il est curieux de constater l’addiction au pouvoir aussi bien des islamistes censés s’occuper du « spirituel » plutôt que du « temporel » et des « démocrates » laïcs qui cherchent comme Ben Ali, l’appui des instances externes . « L’assassinat de l’homme politique Chokri Belaïd le 6 février lit-on dans « Courrier International » est un indicateur de la mauvaise gouvernance du pays. Une aggravation de la situation est à craindre. C’était dans l’air mais personne ne voulait voir la réalité en face, du moins ceux qui nous gouvernent et qui ont fermé les yeux, sciemment, sur les excès et les abus de toutes les formes possibles de violence imposées à la société tunisienne, aux citoyens, à son histoire et à tous les opposants, quelque soit leur couleur. Aujourd’hui, cet exemple type de meurtre politique démontre que le laxisme et le laisser-aller, que l’on peut assimiler sans risque d’erreur à de la complicité, sont les voies qui ont ouvert le chemin à tous les extrémistes religieux envoyés aux quatre coins de la République - pour transmettre leurs discours haineux, rétrogrades et violents à des jeunes désœuvrés et gonflés à bloc, armés de slogans manipulateurs et de kalachnikovs » (2)....
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