L’Union européenne pose sa condition à un assouplissement budgétaire : accélérer les contre-réformes
Pour Olli Rehn, commissaire chargé des Affaires économiques, dans toute l’Europe les pays doivent «intensifier » la mise en place de réformes structurelles « pour libérer la croissance européenne ».
M. Rehn qualifie les prévisions du gouvernement français d’ « excessivement optimistes ». Il estime au contraire que le déficit va déraper, que la croissance passera à – 0,1 % (et non + 0,1 %, c’est-à-dire que la production nationale de richesses diminuera) et que le chômage s’aggravera.
Pour le commissaire, la récession découle d’une trop faible consommation, de l’insuffisance des revenus des ménages, du chômage et des hausses d’impôts. Et enfin, de « la détérioration persistante de la compétitivité française » à l’exportation.
G.Schröder, ex-chancelier, SPD
Aussi, la souplesse accordée à la France dans la gestion de son déficit devrait lui servir à entamer plus de « réformes structurelles substantielles en matière de marché du travail, de système de pensions et d’ouverture des marchés ».
Gerhard Schröder, ex-chancelier social-démocrate allemand, pris en exemple notamment par le MEDEF pour son « agenda 2000 » a déclaré, vendredi que « s’il faut plus de temps à certains pays pour remplir les critères de Maastricht, il faut leur donner ce temps nécessaire ». Selon lui, la France, « où le résultat des négociations entre syndicats de salariés et patronat a abouti à un consensus », est dans la bonne voie.
A propos de l’exemple de l’agenda « Schröder », le témoignage d’un militant allemand
Entretien avec Gotthard Krupp, membre de la direction du syndicat des services publics Ver.di du district de Berlin, membre de la direction de la commission ouvrière du SPD du Land (Extrait du site de l’Entente internationale des travailleurs et des peuples)
- (…) Le prix à payer par les travailleurs pour cette politique [de déréglementation générale du travail, dite « de l’Agenda », initiée par Schröder] a été l’aggravation de la politique d’austérité, et les privatisations dirigées contre les services publics, contre les communes, l’enseignement, les services de santé. Les universités, les écoles et les jardins d’enfants sont victimes d’un sous-financement dramatique. Le retard des investissements dans les hôpitaux est de l’ordre de 50 milliards d’euros. La retraite à 67 ans ne va faire qu’amplifier la vague de pauvreté chez les retraités et condamner 8 millions de travailleurs à des salaires de misère ou aux licenciements. Tel est le bilan de cette politique. C’est sous la grande coalition SPD (Parti social-démocrate — NDLR) et CDU (Union chrétienne-démocrate—NDLR) en 2009 que l’obligation de réduire l’endettement a été introduite dans la Constitution (…). Avec le TSCG, qui est entré en application le 1er janvier, le gouvernement Merkel s’est donné un instrument supplémentaire pour poursuivre l’offensive entamée par Schröder.
- Quels sont les obstacles à la résistance unie des travailleurs, avec leurs organisations, face à cette politique ?
- Cette question, les travailleurs se la posent dans toute l’Europe. Deux lignes contradictoires se heurtent en effet aujourd’hui. (…) L’une résulte de la volonté de combat de millions de travailleurs pour que cessent les programmes d’austérité et de déréglementation, conduisant les directions syndicales à appeler à la grève générale, comme on l’a vu en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie… L’autre est celle des directions syndicales qui se plient aux diktats de la troïka en « négociant » avec les gouvernements et les entreprises des corrections pour rendre ces diktats prétendument « socialement supportables ». En Allemagne, nous avons fait l’expérience de ces deux lignes pendant toute la période de la politique de l’Agenda (…)
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