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vendredi 5 avril 2013

Ce que tout le monde pouvait (au moins) savoir : Cahuzac n’était pas de gauche !

                                                     Marianne



CHRONIQUE

Ce que tout le monde pouvait (au moins) savoir : Cahuzac n’était pas de gauche !

Vendredi 5 Avril 2013 à 17:00 |

ERIC CONAN


Congrès de Toulouse, octobre 2012 - LANCELOT FREDERIC/CHAMUSSY/SIPA
Congrès de Toulouse, octobre 2012 - LANCELOT FREDERIC/CHAMUSSY/SIPA
La tornade blanche de la transparence est partie dans une furie rétrospective. Hollande, Ayrault, Moscovoci, Valls : qui savait quoi depuis quand sur le compte en Suisse, la voix enregistrée, les mensonges de Jérôme Cahuzac ? Comment ont-ils pu se faire avoir par ce monstre d’immoralité longtemps adulé comme la perfection de l’homme-politique-moderne-qu’il-nous-faut-pour-réformer-enfin-ce-pays-avachi ? 
    
Comme dans La Lettre volée d’Edgar Poe, l’essentiel était pourtant depuis le début bien posé en évidence, sur la table, au milieu de la pièce, au vu et au su de tous et en particulier de ses« camarades » du Parti socialiste : Cahuzac n’avait rien à faire parmi eux. Tout simplement parce qu’il n’était pas de gauche ! 

S’ils ne pouvaient pas prévoir que se cachait derrière ce personnage un délinquant fiscal doublé d’un menteur, ils pouvaient tout à fait savoir que c’était un cynique qui aimait l’argent. Le vrai problème n’est pas ce qu’il dissimulait mais ce qu’il montrait. Et qui ne gênait pas du tout... Là est l’origine des ennuis actuels de la gauche : à tolérer dans ses rangs des cyniques qui aiment l’argent on finit par trébucher sur une affaire Cahuzac... 

C’était un secret de Polichinelle qui n’avait nul besoin de juge d’instruction, d’enregistrement secret ou d’aveux pathétiques : Jérôme Cahuzac n’avait pas sa place au Parti socialiste. 

Qu’on en juge. Passons sur la métamorphose d’un chirurgien thoracique à l’hôpital public qui devient spécialiste en implants capillaires en clinique privée, ce qui ne dénote ni un amour du service public ni un amour de la médecine qui auraient dû cheviller au corps un militant socialiste. Mais que, membre du cabinet d’un Ministre de la Santé socialiste en charge du médicament, Jérôme Cahuzac se reconvertisse ensuite dans le conseil hautement tarifé à …l’industrie pharmaceutique aurait dû retenir l’attention. 

Faire fortune en monnayant auprès des trusts du médicament de l’influence et des contacts acquis au service de l’Etat et de l’intérêt général n’aurait pas dû être accepté. Or il faisait ses affaires au su de tous avec la société qu’il avait créée, ni sous un faux nom ni en Suisse, mais en France : « Cahuzac Conseil ». La chose était d’autant plus connue au sein du PS qu’il s’était vanté auprès de camarades des sommes qu’il en tirait et que ses opposants dans le Lot-et-Garonne en avaient fait un argument de campagne contre lui. 

Il faudra s’interroger sur cette anomalie : pourquoi une situation exploitée comme« immorale » par la droite ne faisait pas ciller dans un parti de gauche ? N’y avait-il pas déjà là, avant toute illégalité, matière à éprouver de la « stupéfaction » et de la « colère », pour reprendre les mots de François Hollande ? N’y avait-il pas lieu d’y voir une trahison des idéaux avant celles des égos « les yeux dans les yeux » ? ...
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