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REFORME DES RYTHMES SCOLAIRES :
L’ARBRE QUI CACHE LA FORET
Par le Mouvement
politique d’émancipation populaire (M’PEP).
Le 14 novembre 2013.
Le sujet des rythmes
scolaires est un vieux serpent de mer. Les communes sont sommées par le
gouvernement de mettre en place la énième réforme avant la fin décembre. Une
réforme qui cache ses réels objectifs derrière de beaux discours.
Un vieux débat, [1]
1922 : les vacances
d’été sont allongées. Elles durent 8 semaines pour permettre la participation
des enfants aux travaux agricoles.
1939 : les vacances d’été sont à nouveau allongées. Elles durent désormais 2,5 mois. Un calendrier scolaire est fixé avec les vacances intermédiaires de Noël et de Pâques.
1959 : l’année scolaire est aménagée en 3 trimestres (soit 37 semaines de scolarité).
1968 : deux zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires.
1969 : en primaire, l’horaire hebdomadaire passe de 30 à 27 heures (fermeture des écoles le samedi après-midi).
1972 : trois zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires, sauf les vacances d’été. La coupure hebdomadaire est avancée du jeudi au mercredi.
1980 : un calendrier en zones pour les vacances d’été est essayé.
1986 : le principe de l’alternance sept semaines de classe/deux semaines de vacances est appliqué durant un an.
1989 : la loi d’orientation sur l’éducation (Lionel Jospin) fixe pour objectif le rééquilibrage de la journée, de la semaine et de l’année.
1990 : en primaire, la durée hebdomadaire de la scolarité passe de 27 à 26 heures.
2008 : en primaire, l’école le samedi matin est supprimée et l’horaire hebdomadaire est abaissé de 26 à 24 heures (+ 2 heures d’aide personnalisée pour une partie des élèves).
1939 : les vacances d’été sont à nouveau allongées. Elles durent désormais 2,5 mois. Un calendrier scolaire est fixé avec les vacances intermédiaires de Noël et de Pâques.
1959 : l’année scolaire est aménagée en 3 trimestres (soit 37 semaines de scolarité).
1968 : deux zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires.
1969 : en primaire, l’horaire hebdomadaire passe de 30 à 27 heures (fermeture des écoles le samedi après-midi).
1972 : trois zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires, sauf les vacances d’été. La coupure hebdomadaire est avancée du jeudi au mercredi.
1980 : un calendrier en zones pour les vacances d’été est essayé.
1986 : le principe de l’alternance sept semaines de classe/deux semaines de vacances est appliqué durant un an.
1989 : la loi d’orientation sur l’éducation (Lionel Jospin) fixe pour objectif le rééquilibrage de la journée, de la semaine et de l’année.
1990 : en primaire, la durée hebdomadaire de la scolarité passe de 27 à 26 heures.
2008 : en primaire, l’école le samedi matin est supprimée et l’horaire hebdomadaire est abaissé de 26 à 24 heures (+ 2 heures d’aide personnalisée pour une partie des élèves).
Cette succession de
réformes interroge. Sans compter qu’une réforme a chassé l’autre sans qu’un
bilan réel soit fait de la réforme précédente. Celle qui se met en place
actuellement ne déroge pas à la règle. Tout au plus quelques pédagogues
l’ont-ils fait de leur côté, pour constater d’ailleurs que les conséquences sur
les « résultats attendus » des élèves ont été marginales [2]
Qui s’en
étonnera ? Agir uniquement sur la durée du temps de classe sans agir sur
le rythme de vie des enfants - pris dans son ensemble – a t-il un sens ?
Parler du rythme de vie des enfants sans parler du rythme de vie de leurs
parents paraît pour le moins absurde. A l’évidence, si le rythme et la qualité
de vie des parents leur permet d’être suffisamment disponibles pour leurs
enfants, la disponibilité des enfants pour apprendre sera bien plus palpable
que n’importe quels bricolages apportés au découpage de la semaine de classe.
Une
évidence : l’école n’est pas en dehors de la société.
Mais parler de la
qualité de vie des parents, c’est immanquablement parler d’un certain nombre
d’autres choses qui la conditionnent, notamment de leur condition sociale et de
leurs conditions de travail. Car comment ne pas penser que le chômage massif et
les régressions sociales qui découlent de l’organisation libérale de l’économie
impactent dramatiquement la vie d’un nombre grandissant de personnes, notamment
leur vie de famille ?
On comprend bien qu’un
gouvernement qui voudrait réellement modifier la qualité de vie des enfants –
dans et en dehors du périmètre scolaire - devrait remettre en cause les règles
de l’économie en vigueur.
Un débat qui
vise à en cacher d’autres, bien plus importants.
Les objectifs de cette
réforme ne sont donc pas ceux qui sont annoncés sous la vague caution
scientifique des « rythmes biologiques de l’enfant ». Par conséquent
ils sont à chercher ailleurs.
Pour le M’PEP, cette
réforme a deux objectifs :
- la
poursuite de la mise en œuvre du libéralisme telle qu’elle se fait de
manière ininterrompue depuis trente ans ;
- produire
un rideau de fumée sur les conséquences pour l’école de cette politique.
Une réforme
conforme au libéralisme en vigueur.
Au niveau de l’école
primaire, les enseignants sont jusqu’à présent encore rémunérés par l’État,
mais les locaux, les équipements pédagogiques et les installations sportives,
sont à la charge des communes, et ce depuis l’origine. Par conséquent, il
existe d’importantes inégalités entre les communes en terme de qualité
d’accueil des enfants. Inégalités qui ne sont que très peu atténuées par
l’État.
La réforme Peillon -
qui diminue le temps de classe quotidien des enfants - va encore accentuer ces
inégalités. Car à moins que les familles aient la possibilité de récupérer
leurs enfants, ce sont bien les structures municipales périscolaires qui
devront les prendre en charge sur le temps ainsi « libéré ». Des
moyens budgétaires ont été dégagés au niveau national pour aider les
collectivités, mais ils sont loin d’être compensatoires, et surtout, ils ne
sont pas pérennes [3]. Les collectivités devront donc faire face à l’essentiel
des dépenses.
Conclusion : cette
réforme ne changera rien au temps effectif de présence des enfants en
collectivité (à moins d’une diminution conséquente du temps de travail de leurs
parents) et fera dépendre encore davantage leurs conditions d’accueil aux
moyens très inégaux des communes.
Cette logique est donc
conforme à la doctrine à laquelle monsieur Peillon adhère ainsi que son parti,
le PS : la doctrine libérale de « la saine concurrence ». En
accentuant la nécessité pour les territoires de trouver des moyens pour
financer les compétences toujours plus nombreuses que l’État leur délègue,
cette politique accentue leur mise en concurrence pour attirer des entreprises
et/ou une population ayant les moyens de payer des impôts élevés et/ou de payer
un accès à des services de qualité.
Après trente ans de
libéralisme, nous pouvons aisément prévoir les conséquences de cette logique
puisque nous la vivons déjà dans une moindre mesure : les territoires les
plus riches sont ceux qui ont déjà les moyens de financer des infrastructures
pour se rendre encore plus attractifs. Il résultera donc de la mesure Peillon
une ségrégation sociale accrue sur le territoire. En ce sens, on peut dire que
cette réforme s’inscrit dans la logique de l’acte III de la décentralisation,
ardemment défendue par le gouvernement PS-EELV.
Vers une
modification du rôle de l’école...
Les enfants qui
fréquentent les structures périscolaires se voient proposer un certain nombre
d’activités, essentiellement sportives et artistiques. Avec l’allongement du
temps de fréquentation qu’induit pour les enfants la réforme Peillon,
l’importance de ces activités se trouvera grandie, tant en terme de volume
horaire que par le nombre d’enfants qui les pratiqueront.
Mais l’institution
scolaire ayant particulièrement maltraité ces disciplines dans les derniers
programmes et dans la formation des enseignants du premier degré, est-il
totalement improbable qu’il s’opère peu-à-peu un glissement de ces disciplines,
considérées comme « non-fondamentales », vers le temps
périscolaire ? Non, car en réalité il restera peu à faire, surtout si des
personnels hors-Éducation Nationale pratiquent des activités qui sont, dans
l’esprit de monsieur et madame tout-le-monde, les mêmes qu’à l’école.
Quelle mission
resterait t-il à l’école s’il s’opérait un tel glissement ? Probablement
les disciplines « utiles » - ou plutôt réduites à un rôle utilitaire
– pour répondre aux besoins des entreprises, comme c’est déjà le cas dans
l’enseignement supérieur sur le modèle anglo-saxon. Monsieur Peillon ne se
cache d’ailleurs pas de vouloir atteindre cet objectif puisqu’il
déclare : « L’éducation nationale est capable de changer le
contenu de ses diplômes (…) pour répondre rapidement aux besoins de l’économie
de ses entreprises ? » [4]. Si l’école élémentaire doit s’en tenir aux
« fondamentaux » désignés par cette logique mercantile, deux
questions se posent alors immédiatement : quels citoyens se condamne
t-elle à former ? Quelle couche de la population se verra (encore plus)
défavorisée dans l’accès à la culture ?
...et une mise
en concurrence des statuts des personnels.
Dans ce contexte de
crise économique et de dérégulation, les personnels diplômés d’État et les
fonctionnaires territoriaux ont du souci à se faire. Car la plupart des
communes n’ont pas les moyens de recruter en nombre suffisant des éducateurs
diplômés pour prendre en charge la nouvelle masse d’enfants susceptibles de
fréquenter les structures périscolaires qu’induit la réforme. Elles recruteront
donc des personnels moins qualifiés, sur la base de contrats plus précaires qui
se formeront « sur le tas » et auxquels seront confiées des missions
équivalentes à celles des personnels qualifiés.
On sait où mène ce type
de dérive. Dans le milieu hospitalier par exemple, l’endettement des hôpitaux
conduit ces derniers à recruter des personnels sous-qualifiés pour effectuer
des tâches qui devraient normalement incomber à d’autres. Ainsi, le personnel
d’entretien est amené à effectué des tâches qui relève des aides-soignantes,
les aides-soignantes celles des infirmières et les infirmières, certaines
tâches des médecins. Diplômes, qualifications, statuts : tout passe à la
moulinette...
Danger pour les
services publics territoriaux.
Si les communes ne
trouvent pas les ressources financières nécessaires pour proposer aux enfants
des activités de qualité, il s’ouvrira alors un boulevard pour les activités
périscolaires privées. Or, le droit européen, qui supplante le droit national
en terme de commerce des services, impose aux collectivités territoriales une
« égalité de traitement » entre les services publics locaux et les
entreprises privées qui officient sur la même activité. Par conséquent, les collectivités
pourraient avoir à indemniser financièrement ou matériellement des prestataires
privés (écoles de sport, de musique, de cours particuliers en tout genre) au
motif que les services publics sont subventionnés.
Non seulement cette
disposition coûtera cher aux collectivité, mais elle sera fatale à leurs
services publics. Chacun sait en effet que les services publics n’ont pas les
mêmes obligations que les entreprises privées (continuité de service, accueil
de tous les publics etc .)
Ne plus laisser
les libéraux réformer l’école.
Les réformes qu’on
impose à l’école se font au gré des mutations de la société. Que l’école soit
réformée pour s’adapter à ces mutations est compréhensible. Mais la question
qui devrait faire débat est de savoir à quelle société elle doit
s’adapter !
Les réformes
importantes ne devraient pas tant s’intéresser aux rythmes scolaires qu’à faire
apprendre la coopération et l’autonomie de l’individu et de sa pensée. Mais de
telles réformes se feront-elles dans une société qui véhicule prioritairement
l’individualisme, la compétition, la rentabilité, l’employabilité... ?
Peut-on espérer de Monsieur Peillon, social-libéral, candidat à l’assemblée de
l’ultra libérale Union européenne qu’il les fera ?
Utilisant le prétexte
des « rythmes scolaires », le gouvernement PS-EELV poursuit la
« dénationalisation » de l’éducation nationale engagée de longue
date [5]. Une fois de plus, le pouvoir « socialiste »
marche dans les pas des gouvernements précédents. A moyen terme, cette réforme
s’avérera coûteuse pour les communes tout en creusant encore un peu plus les
inégalités. Le M’PEP appelle les maires à faire acte de résistance en refusant
de mettre en place le nouveau dispositif et en portant les vrais termes du
débat auprès de la population.
Notes
[1] Extrait du site « Sciences Humaines » : http://www.scienceshumaines.com/les-rythmes-scolaires_fr_26965.html
[2] Aucune différence notable n’a été relevée entre la semaine
de 4 jours et celle de 5 jours entre le CE2 et la sixième. Nicole Devolvé et
Benoît Jeunier, « Effets de la durée du week-end sur l’état cognitif de
l’élève en classe au cours du lundi », Revue française de pédagogie,
n° 126, janvier 1999, Nicole Devolvé et W. Davila, « Effets de la
semaine de classe de quatre jours sur l’élève. Les rythmes scolaires en
Europe », Enfance, n° 5, 1994.
[3] http://www.education.gouv.fr : « Le
fonds mis en place par le gouvernement présente un caractère exceptionnel
puisqu’il est destiné à amorcer la mise en oeuvre de la réforme des rythmes
scolaires en aidant les communes à redéployer et enrichir les activités
existantes et à en proposer des nouvelles. »
[4] « Comme si l’école était une entreprise », C.
Laval, L. Weber, Manière de Voir n°131, septembre-octobre 2013.
[5] Voir à ce sujet le très intéressant travail de la
Fédération nationale de la libre-pensée : http://www.fnlp.fr/IMG/pdf/Rythmes_scolaires_et_refondation_de_l_Ecole-2.pdf
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