Présidentielle au Chili: Michelle Bachelet, grande favorite pour le 2e tour
L'ex-présidente
socialiste Michelle Bachelet apparaît comme la grandissime favorite du second
tour dans un mois de la présidentielle chilienne face à sa rivale conservatrice
Evelyn Matthei, largement distancée lors du premier tour dimanche.
Après dépouillement de
99% des suffrages, Mme Bachelet, 62 ans, est créditée de 46,68% des voix contre
25% à Mme Matthei, 60 ans, rendant inévitable un second tour le 15 décembre,
selon le Service électoral (Servel). Ce face-à-face entre deux femmes est inédit
dans l'histoire du Chili.
Mme Bachelet a
souligné que son camp "savait que le défi de gagner au premier tour était
complexe".
"Nous avons fait
un grand effort et nous avons été très près du but", a-t-elle dit.
Michelle Bachelet,
médecin de formation et première femme élue à la tête d'un pays sud-américain
en 2006, était la grande favorite du scrutin, forte d'une popularité inaltérée
depuis la fin de son premier mandat en 2010. A l'époque, la Constitution
l'avait empêchée de postuler à un second mandat consécutif.
Mme Matthei a créé la
surprise en dépassant les scores de 14 à 21% annoncés par les instituts de
sondages. Dans une brève déclaration à la presse avant de rejoindre son QG de
campagne, elle s'est déclarée "très contente" de figurer au deuxième tour.
"Il y a eu un
triomphe moral de la droite" car les attentes étaient très faibles sur la
capacité de Mme Matthei à parvenir à un minimum de cohésion au sein de la
coalition électorale, a expliqué à l'AFP le politologue Marcelo Mella.
"Cela leur donne de
l'espace, et leur permettra de perdre d'une manière digne", car l'élection
de Mme Bachelet sera "presque une formalité" en décembre, affirme de
son côté l'universitaire Cristobal Bellolio.
Climat de ferveur
autour de Michelle Bachelet
La participation des
quelque 13,5 millions d'électeurs chiliens a été estimée à 56% par le président
Sebastian Pinera avant la publication lundi des chiffres officiels.
Une histoire commune
Radicalement opposées
politiquement, les deux postulantes à la présidence se connaissent depuis
l'enfance. Lorsque Michelle avait six ans et Evelyn quatre, les fillettes se
côtoyaient sur la base aérienne de Cerro Moreno, à Antofagasta au nord du
Chili. Leurs familles étaient voisines et leurs pères très amis.
Mais le coup d?État
d'Augusto Pinochet contre le président socialiste Salvador Allende, le 11
septembre 1973, devait bouleverser leur vie. Alberto Bachelet fut torturé à
mort pour sa fidélité à l'égard du président déchu. De son côté, Fernando
Matthei fit partie de la junte militaire jusqu'à devenir responsable
hiérarchique du lieu de détention de son ami.
Mme Bachelet, appuyée
par une large coalition, la "Nouvelle majorité", regroupant
communistes, démocrates-chrétiens et divers courants socialistes, a promis
pendant la campagne de répondre aux attentes d'un pays différent de celui
qu'elle avait quitté en 2010 pour exercer les fonctions de directrice exécutive
de l'ONU Femmes.
L'ex-présidente a
promis de mettre en marche dans les 100 jours après son élection un ambitieux
programme de réformes.
Ce programme prévoit
une révision de la Constitution de 1980 héritée de la dictature et une
augmentation de l'impôt des sociétés de l'ordre de huit milliards de dollars
(3% du PIB) destinée à une refondation du système éducatif pour instaurer une
éducation publique de qualité, l'amélioration du système de santé et des
services publics.
Dans cette société
chilienne très conservatrice, Mme Bachelet envisage en outre de légaliser
l'avortement, interdit au Chili même à des fins thérapeutiques, et d'ouvrir le
débat sur l'union entre personnes du même sexe.
De son côté, Mme
Matthei n'envisage pas de "changements profonds" dans la société
chilienne. Son projet libéral, inscrit dans la continuité du gouvernement de
Sebastian Piñera, prône un meilleur contrôle de l'évasion fiscale et de la
redistribution des ressources.
La capacité de
manoeuvre de la future présidente et l'ampleur des réformes promises dépendront
du résultat - pas encore connus lundi matin - des élections législatives et
sénatoriales qui renouvelaient dimanche la totalité de la Chambre des députés
et plus de la moitié du Sénat (20 sénateurs sur 38).
Figure de proue de la
contestation étudiante, devenue une célébrité au-delà des frontières du Chili,
l'ex-vice-présidente de l'influente Fédération étudiante du Chili, Camila
Vallejo, et trois autres ex-dirigeants du mouvement de contestation ont quant à
eux obtenu aisément des sièges de députés lors de l'élection de dimanche.
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