Surprise du matin, revoilà la réforme
fiscale. La vraie, la grande. C'est le Premier
ministre qui l'annonce dans une interview
aux Echos. Ne rêvons pas. Ayrault ne prononce pas le mot
"réforme". Il parle simplement de"remise
à plat, en toute transparence". Mais c'est bien ce dont il
s'agit. Aux journalistes qui lui demandent si cette remise à plat inclura la
fusion CSG-impôt sur le revenu, promise ("à terme") par
le candidat Hollande, Ayrault répond :"cette
question fera partie du débat".
Rappelons de quoi il s'agit : tout simplement,
de rendre l'impôt direct sur les personnes simple et juste. Car il ne l'est
pas. Si vous ne l'avez pas encore compris, vous n'avez aucune excuse, depuis le
temps qu'on vous le répète ici. Pour un rattrapage, Thomas Piketty l'expliquait dès 2011 à notre
éconaute Anne-Sophie
Jacques, avant d'être totalement "tricardisé" par le* PS. En
substance, il s'agit de mettre la main sur un trésor inexploité, la fameuse
"assiette de la CSG", celle qui frappe tous les revenus, salaires,
allocations, dividendes, loyers, tout ce que vous voulez. Et de lui appliquer
un barème progressif. On a le choix du barème, expliquait Piketty. On peut
choisir un barème centre-gauche, un barème gauche, un barème gauche toute. Ce
qu'on veut. Il avait même, Piketty, fabriqué un joujou, avec lequel vous pouvez
concevoir votre propre réforme fiscale, triturer les barèmes, et contempler les
résultats. Et la semaine dernière encore, sur
notre plateau, il n'en démordait pas.
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Dissipons tous les fumigènes, et disons les
choses : cette réforme de l'impôt n'est pas seulement une réforme parmi
d'autres. C'est LA
réforme. La seule importante, la seule vraie, la seule capable d'offrir à
l'Etat l'outil qui lui permettra de mener une politique égalitaire (ou pas).
C'est la réforme que les gouvernements ont tout fait pour éviter, y compris,
pour le pouvoir actuel, après l'avoir promise, et qu'ils annoncent vouloir
maintenant entreprendre, le dos au mur. Elle est annoncée en quasi-catimini
par Ayrault, pendant que Hollande est à l'étranger ? Bien entendu. Elle est
manifestement entreprise à contrecoeur ? Bien sûr. Elle va se heurter à des
oppositions féroces, auprès desquelles les bonnets rouges, les clubs de foot
et de poney, Frigide Barjot, sont des enfants de maternelle ? C'est évident.
Mais aucune importance. Ce qui compte, c'est que le gouvernement n'a pas le
choix. Politiquement, l'événement est très comparable à la convocation par
Louis XVI des Etats généraux, en 1788, pour les mêmes raisons, de pays
ingouvernable, d'injustice profonde, et de caisses vides. Une page s'ouvre,
blanche, vertigineusement blanche.
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