Après la manifestation de Quimper: la signification
du mouvement social en Bretagne
Le
bonnet rouge ne fait pas peur qu'aux bêtes à cornes
Nous publions
ci-dessous les premières conclusions tirées par nos amis du groupe "Le Militant"
après la manifestation de Quimper. Toute la gauche estampillée, la gauche
sociale-libérale", la gauche BCBG, "vraie gauche de gauche"
incluse, s'est acharnée à masquer la signification de cette manifestion,
à la calomnier, à la faire passer pour une manif du MEDEF, une manif des
fachos, etc... Mélenchon, promu procureur contre les manifestants est passé en
boucle pour les traiter de "nigauds', d'agents du patronat, d'esclaves
manifestants pour leurs maîtres, et ainsi de suite. Aujourd'hui, Mélenchon est
entendu: les socialistes (sic) montent au créneau pour demander la répression
contre les ouvriers qui occupent les sous-préfectures et les démonteurs de
portiques éco-taxe. Les Verts, jadis défenseurs des désobéissants civils, des
démonteurs de MacDo et des faucheurs d'OGM réclament eux aussi l'intervention
musclée de la police et le rétablissement de l'ordre. Les masques sont tombés.
Les révolutionnaires en peau de lapin et les moulins à parole de "l'action
citoyenne" se rangent du côté de "la loi et l'ordre", contre les
ouvriers licenciés de l'agro-alimentaire, contre les paysans ruinés.Nous publions ci-dessous, outre un article du "Militant", les papiers parus sur "La lettre de Robert Duguet" et sur le blog de "Respublica". Les approches nous sont parues assez communes et dessinent peut-être de nouvelles convergences et des reclassements brutaux.
le 7 novembre 2013
Bretagne : conclusion...
A l’issue de la journée du samedi 2 novembre, un premier
bilan et de premières leçons politique sont possibles et nécessaires.
A Quimper, 30 000 à 40 000 manifestants, ce
qui est considérable à l’échelle d’un département et d’une région. Les salariés
sont là, en masse, dont la quasi-totalité des ouvriers de Doux, Gad-SAS, Marine
Harvey, Tilly-Sabco, ainsi que la population locale. Les « patrons »
étaient majoritairement des agriculteurs, très nombreux, pécheurs, et transporteurs
de petite taille, parfois sans aucun salarié. L’UD FO, une partie conséquente
de la FSU locale qui avait décidé d’appeler à la fois à Quimper et à Carhaix,
ainsi que la CGT des marins et d‘autres sections CGT, étaient là, FO ayant
formé un cortège initialement séparé à Penvillers. A 15h, un groupe organisé de
FNSEA est venu casser la sono de FO.
Rappelons encore une fois que cette
manifestation, appelée initialement par le Comité pour l’emploi en
centre-Bretagne - salariés de Marine Harvey exigeant l’interdiction des
licenciements ou la mise sous séquestre de l’entreprise, mairie de Carhaix, NPA
local, Alternatifs …- a été « prise en main » par la FNSEA seulement
à partir de l’émeute de Pont-de-Buis du samedi précédent, au départ pour « calmer
les troupes » le jour même. A partir de là une opération politique s’est
développée pour interdire le front commun du salariat et des agriculteurs,
marins et transporteurs contre les licenciements et les écotaxes, ou au moins
pour en brouiller le contenu et tenter d’empêcher le monde du travail, dans
toute la France, de se saisir de ce mouvement menaçant pour les patrons et le
gouvernement.
Il faut être clairs : la fuite à Carhaix,
appelée par les directions régionales (sur impulsion nationale) de la CGT, de
la FSU et de Solidaires, rejoints par le PCF et le Front de Gauche local avec
EELV et le MJS, soutenant explicitement les écotaxes et donc le gouvernement,
ne pouvait aboutir à aucune manifestation de masse à Carhaix, mais avait pour
fonction, de fait, d’isoler les militants syndicaux des salariés allant en
masse à Quimper. Cette réalité physique était éclatante à Carhaix, ou les
délégués CGT de plusieurs entreprises ont eu la parole … en l’absence de la
quasi-totalité de leurs collègues de travail, tous à Quimper ! Il est
pourtant probable qu’un plus grand nombre de syndiqués CGT, FSU et Solidaires
étaient à ce moment même à Quimper. Là, une présence organisée massive et tout
à fait possible aurait été nécessaire, par exemple pour mater le petit groupe FNSEA
venu agresser la sono de FO parce que celle-ci lançait des slogans
anti-patronaux, et plus généralement pour que les syndicats jouent leur rôle de
syndicats, avec les travailleurs et là où ils sont.
Mais tout au contraire, le milieu militant
« de gauche », à quelques exceptions notables près, s’est gargarisé
d’un discours de mépris et de stigmatisation des prolétaires bretons
« manifestant avec leurs patrons » ou, pire, « marchant avec les
fascistes ». Le pire du pire de l’aristocratie militante crachant sur
Bécassine en lutte pour son émancipation fut atteint, il faut le dire, par les
propos de J.L. Mélenchon, largement médiatisés, sur les « esclaves »
et les « nigauds ». Ces propos marquent une rupture : on ne
calomnie pas impunément la classe ouvrière. Ces propos marquent aussi un choix
politique : peut-être celui d’EELV contre les ouvriers, en tout cas celui
de la coalition avec le gouvernement au moment où celui-ci accentue sa
politique anti-ouvrière.
A tout cela, s’ajoute la campagne
gouvernementale et médiatique sur les « violences » qui allaient
survenir et la « conjonction des extrêmes », à laquelle J.L.
Mélenchon échappait donc, pour la première fois depuis longtemps, puisqu’ayant
lui-même dénoncé le bas peuple il n‘était plus « populiste ».
Affolement policier et affolement « de gauche » sur les réseaux
sociaux se renforçaient mutuellement : au moment où de jeunes ouvriers
lançaient des pots de chrysanthèmes sur la préfecture à Quimper et sur les CRS,
des bruits courraient sur « les Identitaires qui attaquent la
police ». Et pourquoi pas Aube dorée pendant qu‘on y est ?
Alors, certes, la manifestation de Quimper,
qui n’était pas « pure » puisqu’elle était une manifestation de
masse, et en raison de la fuite organisée à Carhaix d’une partie décisive des
syndicalistes (mettant en péril leurs propres organisations syndicales :
c’est la défense de la CGT notamment qui exige qu’on le dise ! ), apparut
largement comme dominée, au niveau des médias et de la tonalité générale des
sonos et des drapeaux, par la FNSEA, les régionalistes et la droite. Pour
autant, ce sont bien les masses prolétariennes qui étaient là et qui cherchent,
ni esclaves ni nigauds, la voie du combat et de l’émancipation.
Saluons à cette occasion le geste de Philippe
Poutou, dont nous n’avons pas soutenu en général la ligne politique. S’il est
venu à Quimper, c’est parce qu’il est un ouvrier et sait ce que c’est qu’un
ouvrier. Sa présence sauvait l’honneur et montrait ce qu’aurait dû faire le
mouvement ouvrier organisé : venir en masse, écouter les gens, généraliser
et centraliser leur colère, et alors, plus de problème avec « la
droite » et « les fachos ».
Le 2 novembre breton marque une cassure. Il y
a ceux qui cherchent leurs drapeaux, leurs fétiches et leurs grigris et
insultent le mouvement réel. Partir du réel pour aller à l’idéal, comme disait
Jaurès, c’est le contraire de partir de ses petites idées et petits plans pour
formater de force le réel et l’insulter quand il suit sa propre voie. Ceux qui
bavent sur le prolétariat breton en l’accusant de marcher avec « les
patrons » et « les fascistes » sont les meilleurs alliés des
patrons. La cause politique de cela, c’est le refus ou l’incapacité de rompre
avec le gouvernement, actuellement état-major central des attaques patronales.
Quand on soutient sa politique, écotaxes ou autres, on ne peut pas combattre le
patronat et on divise à l’avantage du patronat. Le syndiqués et militants CGT,
FSU et Solidaires évidemment présents en masse à Quimper montrent la seule voie
pour leurs organisations.
On ne peut pas demander à Bécassine, on ne
peut pas demander aux travailleurs, d’avoir le look du bon petit
révolutionnaire comme dans les livres. Le vrai révolutionnaire est celui qui
commence par se mettre à l’école du prolétariat, pas par humilité ni par
charité, mais pour exprimer le mouvement réel, le colérer, l’amplifier, le
généraliser, le centraliser.
La Bretagne, c’est la France. Ce qui vient de
se passer est la première manche d’une série d’affrontements où la trame des
combats sociaux se reconstituera à sa façon. L’explosion lycéenne à la veille
des vacances ressemble plus à ce que « le militant de gauche » a
l’habitude d’imaginer, au point que là non plus il n’a souvent pas vu ce qui se
passait réellement : un début rapide de centralisation spontanée de la
jeunesse contre le ministère de l’Intérieur. Une force révolutionnaire ferait
la liaison entre un tel mouvement et celui qui porte des travailleurs et des
petits producteurs désespérés à casser les portiques d’écotaxes, affrontant
directement l’Etat du capital. Et cela va continuer avec le mouvement de fond
contre la réforme dite des rythmes scolaires. Sur les réseaux sociaux, les
parents s’organisent pour refuser l’ « après-midi de rattrapage » du
mercredi 13 novembre et en faire une journée de grève scolaire contre l’attaque
portée à l’école : ils ont raison. Parallèlement, les professeurs se
demandent bien pourquoi cette demi-journée de travail en plus, et des réunions,
heures syndicales et autres se préparent pour ce jour là. Plusieurs petits
syndicats (CGT, FO, SUD, FAEN) appellent à une grève des écoles pour le retrait
de cette contre-réforme le lendemain jeudi 14. Le principal syndicat SNUIPP-FSU
appelle à des délégations au ministère le mercredi 20 pour demander sa
renégociation, mais sa principale section, celle de Paris, appelle à la grève
elle aussi le 14. Toute cette effervescence, en partie faite de manœuvres et de
contre-manœuvres pour ne pas affronter le gouvernement, est en train de nourrir
une vague qui monte d’en bas. Elle aussi se fera traiter de
« fasciste », puisque ce terme est revenu pour insulter ceux qui
entrent en mouvement.
Sans doute aurons nous à nouveau droit à « la grève
arme des trusts » ! Une chose est claire : le front unique du monde
du travail se construit contre son principal adversaire de classe : le
gouvernement. Parce qu’il fait le contraire de ce pour quoi Sarkozy a été
chassé, il n’est pas « notre gouvernement ». Telle est la conclusion
à laquelle la masse qui a voté Hollande en 2012 est en train de parvenir. A
partir de là, commence le présent.
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