L'actualité du samedi 16/11/2013
La UNE   Plaisirs
Le concept
est moins doux à l’oreille que la croûte d’une vraie bonne baguette rompue à la
main. Moins sensuel qu’une mie dense, dont l’odeur, la couleur, la texture et
les saveurs viennent réveiller tous les sens, suscitant sans doute, quelque
part dans une région du cerveau, une réaction en chaîne de plaisirs infiniment
simples et complexes. Comme le rappelle le grand historien américain du pain,
Steven Kaplan, c’est du monde de la boulangerie qu’est apparue l’idée
de «rétro-innovation», soit la conjugaison
du meilleur du passé - matières premières, savoir-faire, tradition, patrimoines
gustatifs - et d’une volonté de voir cette histoire continuer à s’écrire au
présent et au futur. Riche idée pour cet étrange pays qu’est la France, qui se
rêve encore en phare de la gastronomie mondiale mais sent sa position faiblir
au point d’avoir mené une intense bataille pour que le repas tel que nous le
connaissons, entrée-plat-dessert, convives assis ensemble, mangeant au même
rythme et conversant, soit inscrit au patrimoine de l’Unesco. Serions-nous
si menacés qu’il ait fallu mobiliser une organisation internationale pour
défendre, comme s’il était d’un autre temps, révolu, le fait de faire une bonne
bouffe entre amis ? Etrange pays qui, à la différence des émergents de la
gastronomie qui promeuvent leur excellence et n’ont aucun état d’âme à penser
la question en parts de marchés à conquérir, semble ne pas avoir compris que
ses produits, ses producteurs, ses vins, ses recettes sont autant d’armes culturelles
et économiques dans la grande bataille de la mondialisation. Et, chez nous,
pour nous, ici, dans une France en crise, la modalité la plus sensuelle de la
citoyenneté.
Par NICOLAS DEMORAND
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