Lu dans le DL du 11/10/2018
LE BILLET
PAR GILLES DEBERNARDI
Pour le remaniement,
magnez-vous !
On finira par draper Gérard Collomb dans la toge romaine d’un homme
« irremplaçable ». Le nom de son successeur à l’Intérieur, annonce garantie
« imminente » depuis dix jours, n’est toujours pas sorti du chapeau. Ni de la
cuisse du Jupiter.
« C’est pour aujourd’hui » clamait mardi Nicole Belloubet, l’imprudente
garde des Sceaux une fois encore démentie par les faits. L’affaire tourne au
gag, le remaniement ministériel se trouve sans cesse repoussé aux
calendes grecques. Devant les grilles de Matignon, les « envoyés spéciaux »
s’énervent et ne savent plus quoi raconter. La « péripétie » traîne en
longueur, le gouvernement II de l’ère Macron reste introuvable. Le Président,
pourtant, ne se départit pas d’un stoïcisme altier : « J’assume totalement de
prendre le temps ». Vieille tactique, que résumait ainsi un personnage de
Cocteau : « Ces événements nous échappent, feignons d’en être l’organisateur.
»
L’affaire fleure bon la pagaille, l’opposition enfonce le clou. La Macronie,
charme évanoui et troupes exsangues, se montrerait incapable de recruter
au plus haut niveau. Quel fiasco ! À moins que le statut de ministre ait cessé
de faire rêver. On s’étripait naguère pour l’obtenir, on se battrait maintenant
pour ne plus en être. Un poste précaire, harassant et soumis à d’embarrassants
contrôles de patrimoine…
Sinon, plus grave, quelques-uns suggèrent un vrai désaccord politique
entre le chef de l’État et Édouard Philippe. Le premier voudrait se réconcilier
-un peu- avec la gauche, alors que le second préférerait élargir sa droite.
Querelle d’étiquettes plus que de protocole. Quoi qu’il en soit, pour abréger
les méchantes rumeurs, mieux vaudrait quand même se magner à remanier
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