Lu dans le DL du 12.10.2018
LE BILLET
PAR GILLES DEBERNARDI
La Suisse,
nid d’espions ?
On connaît l’histoire de ce (faux) aveugle napolitain qui allait en
Vespa, chaque mois, toucher sa pension d’invalidité.
L’État, pendant
des années, l’avait nourri à l’œil.
L’Italie n’a pas l’exclusivité de ce
genre d’abus, ça arrive aussi en Suisse. Avec moins de fantaisie,
forcément, mais quand même.
À Berne, le Parlement vient donc de
voter une loi autorisant les assureurs sociaux à engager des détectives
pour surveiller les assurés.
Toute personne soupçonnée (sur quelle
base ?) de percevoir des aides indues sera discrètement suivie.
On
pourra écouter ses conversations et la filmer si elle se trouve dans un
lieu public… ou sur son balcon.
C’est la technique dite « du trou de
serrure » qui permet d’espionner quelqu’un chez lui depuis l’extérieur.
Un tel déploiement de moyens doit coûter cher, non ?
Moins que le
total des fraudes à « l’arrêt de travail », il faut croire. Reste un petit
problème de légalité.
Fin 2016, la Cour européenne a ainsi donné
raison à une Zurichoise de 62 ans, pensionnée après un accident, qui
se plaignait d’un « flicage » constant.
Le Conseil fédéral, menant campagne pour son texte musclé,
avançait un slogan presque humoristique : « Restons fair-play ! ».
Mais de nombreux citoyens, « mauvais joueurs », s’insurgent et
pointent l’irruption de Big Brother dans le paysage helvétique.
Pour les
protestataires, la chasse aux quelques margoulins qui profitent du
système ne justifie pas d’écorner la liberté de tous.
Ça se discute,
comme dirait l’autre. Les Suisses le feront à leur manière, le
25 novembre, aux bons soins d’un référendum populaire.
Avec un vote
à bulletin secret.
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