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vendredi 13 juillet 2018

L'usine GE d'éoliennes offshore s'impatiente

13 juillet 2018

L'usine GE d'éoliennes offshore s'impatiente

A Montoir-de-Bretagne, le site de production de General Electric attend toujours les commandes françaises

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Sur le quai du port, les monstres de 400 tonnes et 10  mètres de haut ressemblent aux véhicules blindés de L'Empire contre-attaque. Trois nacelles géantes – la partie supérieure d'une éolienne – sur lesquelles seront fixées les pales, attendent sagement face à l'usine General Electric de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), d'être déposées sur des navires pour être transportées en mer du Nord.
Dans l'usine, plus de 120 salariés et des centaines d'intérimaires s'activent pour la finition des dernières nacelles d'éoliennes offshore à livrer en Allemagne pour le parc Merkur, l'un des plus gros du pays, avec 66 éoliennes. De quoi fournir de l'électricité à l'équivalent de 500 000 foyers.
Mais l'usine flambant neuve, construite par Alstom en  2014, reprise depuis par GE, fait face à un paradoxe. Alors que les investissements dans l'éolien offshore ont bondi de 40  % en deux ans en Europe, que les prix sont en chute libre et que la concurrence entre les géants du secteur fait rage, le site de Montoir va devoir fonctionner au ralenti à cause du retard pris par la filière française.
Dans le gigantesque hangar, le générateur est assemblé et testé avant d'être fixé sur la nacelle, avec sa plate-forme rouge, sur laquelle viendront se poser les hélicoptères lors des opérations de maintenance. " On met une vingtaine de jours pour produire un générateur ", explique Jean-Baptiste Vilcoq, le responsable de la production, qui souligne que l'usine fait appel à des sous-traitants locaux pour son matériel et son outillage. L'assemblage entre le générateur, la nacelle et le nez de l'éolienne est un défi technique et se fait au dixième de millimètre près. " Ce sont de très gros assemblages, qui nécessitent énormément de précision ", souligne M. Vilcoq.
A l'origine, en  2011, Alstom s'était engagéaux côtés d'EDF sur trois parcs éoliens en Bretagne et en Pays de Loire. Mais les recours d'opposants et les lenteurs administratives ont fait traîner les dossiers. Ces derniers mois, la volonté du gouvernement de renégocier le soutien public à ces projets a fait de nouveau douter la filière. Finalement, Emmanuel Macron a annoncé, en juin, que les parcs éoliens en mer verraient bien le jour. Un soulagement pour les professionnels : la France n'a pas dressé le moindre mât de ce type, alors qu'on en compte 4 000 en Europe. " En Allemagne, un projet comme celui de Merkur prend de deux à trois ans entre la décision et la commande ferme ", décrypte Corinne de Bilbao, PDG de General Electric France, qui souligne, en comparaison, que les projets français ont été lancés il y a huit ans. " Dans les autres pays, les parcs attribués sont purgés de tout recours, ce qui donne une meilleure visibilité ", ajoute-t-elle.
Au mieux en  2021" Ces commandes conditionnent la charge de l'usine ", explique Erick Pelerin, directeur commercial de la branche renouvelables de GE. Au total, 238 nacelles d'éolienne devraient sortir de cette usine. Mais les commandes fermes ne devraient pas arriver avant début 2019. En attendant, cette usine dernier cri a dû trouver des commandes à l'export, aux Etats-Unis, pour le premier parc offshore installé dans le pays, au large de Rhode Island, sur la Côte est, puis en Allemagne. " Il y a eu un vrai travail pour remplir le carnet de commandes ", se félicite Mme de Bilbao.
Mais, après la production pour le parc Merkur, il faudra encore patienter avant l'arrivée des commandes françaises. Le premier parc qui doit voir le jour, au large de Saint-Nazaire, devrait être opérationnel, au mieux, en  2021. Les deux autres, Fécamp (Seine-Maritime) et Courseulles-sur-Mer (Calvados), pourraient sortir des eaux entre 2022 et 2023. Mais les recours ne sont pas clos, et EDF n'a pas encore formellement rendu ses décisions d'investissement.
Résultat : les intérimaires seront renvoyés à la maison en attendant, et les 120 salariés devront trouver d'autres occupations. GE va consacrer une partie de ces ressources à la réalisation du prototype d'une nouvelle éolienne, Haliade-X, laquelle, selon le groupe, devrait être la plus puissante du monde. L'usine aura besoin d'être adaptée au gigantisme du projet : ce dispositif devrait atteindre une puissance de 12  MW, contre 6  MW pour ceux produits actuellement à Montoir-de-Bretagne.
Mais ce nouveau projet ne va pas mobiliser l'ensemble des salariés. Le reste de l'équipe sera envoyé en formation, en attendant que la situation française se débloque et que les générateurs et les nacelles de Montoir puissent, enfin, équiper des éoliennes pour les parcs français.
Nabil Wakim
© Le Monde

13 juillet 2018

Une filière ralentie par un imbroglio juridique

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Déjà en retard sur ses voisins dans le développement de l'éolien, la France ajoute un imbroglio juridique aux difficultés de la filière. A la suite d'une décision du Conseil d'Etat, des dizaines de projets éoliens pourraient être annulés ou retardés. Avec un parc de 13 700 mégawatts de capacité installée, ces décisions pourraient menacer entre 2 000  et 5 000 mégawatts de projets en cours, selon les professionnels.
Le Conseil d'Etat a en effet annulé, en décembre  2017, un décret qui désigne le préfet de région comme autorité environnementale, avec pour compétence de valider les études de nombreux projets ayant un impact sur l'environnement. Ce qui concerne, entre autres, les projets éoliens.
Mais le Conseil n'a pas prévu de période de délai, le temps de désigner une nouvelle autorité apte à décider. Résultat : il n'y a plus d'autorité compétente, ce qui bloque des projets en cours, mais permet aussi aux opposants d'attaquer de manière rétroactive des projets déjà autorisés.
Cette situation ubuesque aurait pu prendre fin rapidement avec la publication d'un nouveau texte, mais celui-ci s'est perdu dans les limbes administratifs et ne devrait pas être en vigueur avant l'automne prochain. " Nous demandons au gouvernement de traiter ce dossier en urgence et qu'il mette en place une procédure de régularisation des projets bloqués ", s'alarme Olivier Perot, président de l'association France Energie Eolienne (FEE).
" Totalement à l'arrêt "Le paradoxe ne s'arrête pas là : ce ralentissement intervient alors que la France n'a jamais autant installé d'éoliennes sur son territoire. " La filière risque d'être totalement à l'arrêt au moment même où nous sommes en train d'atteindre les objectifs qu'a fixés le gouvernement, et tout ça pour des problèmes administratifs ", se désole Pauline Le Bertre, déléguée générale de FEE. L'éolien représente aujourd'hui 4  % de la consommation électrique française, mais doit atteindre entre 10  % et 12  % d'ici à 2023.
" On va voir les effets - de cette décision - d'ici à deux ans, à peu près, insiste Marion Lettry, du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Et on va se retrouver avec un creux de puissance installée, alors que la France s'apprête à adopter des objectifs ambitieux pour les années à venir. "
Mi-juillet, la commission de régulation de l'énergie doit rendre publics les résultats d'un appel d'offres pour une capacité éolienne de 500  mégawatts. Mais l'annulation du décret a visiblement empêché certains développeurs de se porter candidat, faute de pouvoir obtenir une autorisation environnementale… que personne ne peut aujourd'hui délivrer.
Na. W.
© Le Monde

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