Sur le quai du port, les monstres de 400 tonnes et 10 mètres de haut ressemblent aux véhicules blindés de L'Empire contre-attaque. Trois nacelles géantes – la partie supérieure d'une éolienne – sur lesquelles seront fixées les pales, attendent sagement face à l'usine General Electric de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), d'être déposées sur des navires pour être transportées en mer du Nord.
Dans l'usine, plus de 120 salariés et des centaines d'intérimaires s'activent pour la finition des dernières nacelles d'éoliennes offshore à livrer en Allemagne pour le parc Merkur, l'un des plus gros du pays, avec 66 éoliennes. De quoi fournir de l'électricité à l'équivalent de 500 000 foyers.
Mais l'usine flambant neuve, construite par Alstom en 2014, reprise depuis par GE, fait face à un paradoxe. Alors que les investissements dans l'éolien offshore ont bondi de 40 % en deux ans en Europe, que les prix sont en chute libre et que la concurrence entre les géants du secteur fait rage, le site de Montoir va devoir fonctionner au ralenti à cause du retard pris par la filière française.
Dans le gigantesque hangar, le générateur est assemblé et testé avant d'être fixé sur la nacelle, avec sa plate-forme rouge, sur laquelle viendront se poser les hélicoptères lors des opérations de maintenance.
" On met une vingtaine de jours pour produire un générateur ", explique Jean-Baptiste Vilcoq, le responsable de la production, qui souligne que l'usine fait appel à des sous-traitants locaux pour son matériel et son outillage. L'assemblage entre le générateur, la nacelle et le nez de l'éolienne est un défi technique et se fait au dixième de millimètre près.
" Ce sont de très gros assemblages, qui nécessitent énormément de précision ", souligne M. Vilcoq.
A l'origine, en 2011, Alstom s'était engagé
aux côtés d'EDF sur trois parcs éoliens en Bretagne et en Pays de Loire. Mais les recours d'opposants et les lenteurs administratives ont fait traîner les dossiers. Ces derniers mois, la volonté du gouvernement de renégocier le soutien public à ces projets a fait de nouveau douter la filière. Finalement, Emmanuel Macron a annoncé, en juin, que les parcs éoliens en mer verraient bien le jour. Un soulagement pour les professionnels : la France n'a pas dressé le moindre mât de ce type, alors qu'on en compte 4 000 en Europe.
" En Allemagne, un projet comme celui de Merkur prend de deux à trois ans entre la décision et la commande ferme ", décrypte Corinne de Bilbao, PDG de General Electric France, qui souligne, en comparaison, que les projets français ont été lancés il y a huit ans.
" Dans les autres pays, les parcs attribués sont purgés de tout recours, ce qui donne une meilleure visibilité ", ajoute-t-elle.
Au mieux en 2021
" Ces commandes conditionnent la charge de l'usine ", explique Erick Pelerin, directeur commercial de la branche renouvelables de GE. Au total, 238 nacelles d'éolienne devraient sortir de cette usine. Mais les commandes fermes ne devraient pas arriver avant début 2019. En attendant, cette usine dernier cri a dû trouver des commandes à l'export, aux Etats-Unis, pour le premier parc offshore installé dans le pays, au large de Rhode Island, sur la Côte est, puis en Allemagne.
" Il y a eu un vrai travail pour remplir le carnet de commandes ", se félicite Mme de Bilbao.
Mais, après la production pour le parc Merkur, il faudra encore patienter avant l'arrivée des commandes françaises. Le premier parc qui doit voir le jour, au large de Saint-Nazaire, devrait être opérationnel, au mieux, en 2021. Les deux autres, Fécamp (Seine-Maritime) et Courseulles-sur-Mer (Calvados), pourraient sortir des eaux entre 2022 et 2023. Mais les recours ne sont pas clos, et EDF n'a pas encore formellement rendu ses décisions d'investissement.
Résultat : les intérimaires seront renvoyés à la maison en attendant, et les 120 salariés devront trouver d'autres occupations. GE va consacrer une partie de ces ressources à la réalisation du prototype d'une nouvelle éolienne, Haliade-X, laquelle, selon le groupe, devrait être la plus puissante du monde. L'usine aura besoin d'être adaptée au gigantisme du projet : ce dispositif devrait atteindre une puissance de 12 MW, contre 6 MW pour ceux produits actuellement à Montoir-de-Bretagne.
Mais ce nouveau projet ne va pas mobiliser l'ensemble des salariés. Le reste de l'équipe sera envoyé en formation, en attendant que la situation française se débloque et que les générateurs et les nacelles de Montoir puissent, enfin, équiper des éoliennes pour les parcs français.
Nabil Wakim
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