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mercredi 4 avril 2018

Financement libyen : Djouhri et ses soutiens


4 avril 2018

Financement libyen : Djouhri et ses soutiens

L'homme d'affaires, homme-clé des relations franco-libyennes, se dit prêt à être entendu par la justice

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Pour la première fois depuis que son nom est cité dans l'affaire d'un possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en  2007, Alexandre Djouhri a décidé de sortir de son silence par la voix de ses avocats. Pas pour s'expliquer sur le fond – il n'a eu de cesse de répéter à ses proches que tout cela était un complot des " socialos " – mais pour signifier aux juges d'instruction chargés de l'enquête qu'il est prêt à répondre à leurs questions.
Selon le Journal du dimanche du 1er  avril, son avocat historique Pierre Cornut-Gentille a écrit aux magistrats pour indiquer que M. Djouhri était " disposé à être entendu ". Interpellé le 7  janvier à Londres, " Monsieur Alexandre " est toutefois hospitalisé dans la capitale anglaise après avoir été victime de plusieurs accidents cardiaques. Son avocat propose que son audition se déroule par visioconférence. Une suggestion qui intervient alors même que la justice britannique n'a pas encore statué sur sa possible remise aux autorités françaises, qui pourrait intervenir le 9  juillet.
Personnage clé des relations franco-libyennes dès le début des années 2000, à la fois proche du directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Bechir Saleh, et de l'ancien secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, Alexandre Djouhri vient par ailleurs de s'adjoindre les conseils de l'avocat Eric Dupond-Moretti. Dans le JDD, ce dernier assure que son client n'a " jamais été en fuite ", puisque, assure-t-il, il n'aurait jamais été convoqué dans les règles.
Depuis son interpellation par la police britannique, Alexandre Djouhri et ses proches se sont démenés pour lui éviter l'incarcération. Le premier d'entre eux, l'ancien premier ministre Dominique de Villepin, n'a pas hésité à prendre la plume, le 3  mars, à l'attention de la justice britannique, pour défendre un " garçon grandi en banlieue parisienne ", devenu " homme d'affaires " : Alexandre Djouhri. " Je l'ai toujours vu exprimer une fierté patriotique prononcée et un attachement envers la France, où il compte de nombreux amis ", écrit l'ancien chef du gouvernement dans sa lettre consultée par Le Monde. Il précise encore avoir fait connaissance de l'intermédiaire franco-algérien dans les années 1990 et le " rencontrer régulièrement lors de week-ends ou de vacances familiales ", depuis qu'il a quitté Matignon, en  2007.
Société domiciliée au PanamaAlors que la guerre faisait rage en Libye, tous deux s'étaient retrouvés sur l'île de Djerba, en Tunisie, pour s'entretenir avec leur ami commun, Bechir Saleh, le proche conseiller du Guide libyen un temps chargé du rapprochement avec la France. L'année suivante, en avril  2012, Dominique de Villepin avait rédigé une courte lettre pour défendre l'intégrité de ce personnage clé des relations troubles entre la France et la -Libye, qui bataillait alors pour la levée des sanctions européennes le visant. " On n'a pas honte de ses amis et on assume ses responsabilités ", avait encore déclaré, en janvier sur LCI, l'ancien chef de gouvernement, aujourd'hui à la tête du cabinet de conseil Villepin International.
Ce que M. de Villepin ne dit pas, c'est qu'il a hâte que son ami vienne s'expliquer – voire le dédouaner – sur un virement qui lui a valu d'être entendu par la justice française dans le cadre de l'enquête sur l'argent libyen. Reconverti dans les affaires, l'ancien premier ministre a reçu, le 1er  octobre 2009, la somme de 489 143  euros en provenance de la société Bedux Management Inc, domiciliée au Panama. Or, selon la police judiciaire, cette société est une coquille faisant partie du montage destiné à opacifier la vente, en  2008 par M. Djouhri, à un prix largement surestimé, d'une villa à Mougins (Alpes-Maritimes) à la filiale suisse du fonds souverain libyen, alors dirigé par Bechir Saleh.
Entendu le 6  septembre 2016, M.  de Villepin avait pourtant assuré n'entretenir aucune relation d'affaires avec M. Djouhri et dit tout ignorer de cette société Bedux, indiquant que ce virement correspondait à une prestation fournie à Khaled Bugshan, un richissime homme d'affaires saoudien. Ce même Bugshan, qualifié par les enquêteurs de " coffre-fort " de " l'organisation Djouhri ", dispose par ailleurs d'un compte qui avait reçu 600 000  euros de cette même société Bedux, -celui-là même qui avait servi pour envoyer, peu avant, via la Malaisie, 500 000  euros à Claude Guéant.
Quelques heures après avoir été interrogé par les enquêteurs, M.  de Villepin avait appelé M.  Djouhri pour lui demander de s'expliquer sur la société Bedux et ses relations avec les milliardaires saoudiens de la famille Bugshan. " Dans ces affaires-là, la meilleure façon, c'est encore de répondre aux points obscurs qui se posent ! Et là, il y a un point qui mérite d'être clarifié ", avait dit l'ancien premier ministre qui se savait sur écoute. Et d'insister, d'autant plus inquiet que son ami se montrait désinvolte : " Tu t'en fous parce que toi, personne ne sait qui t'es. Et que t'en as rien à foutre. "
En  2013, M.  de Villepin assurait au Monde qu'il " n' - avait - pas de contrat avec le groupe " Bugshan. Une affirmation démentie sans ambiguïtés par la police judiciaire. Selon les documents que l'ancien chef de gouvernement a été contraint de fournir aux enquêteurs, il a effectué quelques " prestations " pour eux entre 2008 et 2010, facturées pour plus de 2  millions d'euros. L'une -d'entre elles a surpris les policiers. Il s'agit d'une note -d'analyse datée de janvier  2009 et baptisée " Considérations sur les adaptations possibles au défi urbain asiatique à la lumière des évolutions et des prises de -conscience récentes ". Tout un programme. Sauf que les enquêteurs ont constaté qu'il s'agissait du copié-collé, au mot près, d'une intervention que M. de Villepin avait réalisée en novembre  2008 à Téhéran, au Forum des villes asiatiques.
" Bon père de famille "Outre M. de Villepin, de nombreux amis ont tenu à témoigner aux autorités britanniques de la probité de M. Djouhri, décrivant un " bon père de famille "amoureux de la France. C'est le cas notamment de l'ancien patron de Veolia (2000-2012), Henri Proglio. S'il précise prudemment " ne pas avoir d'information particulière sur ses affaires ", il tient, dans son courrier, à se porter garant du fait que M. Djouhri " ne tentera pas de s'enfuir du Royaume-Uni ". Il précise avoir fait sa connaissance " à travers un ami commun, Philippe Faure, qui était alors ambassadeur de France " et ajoute, contre l'évidence : " Notre relation est devenue strictement amicale. " En effet, les deux hommes, qui s'affichaient ensemble dans les palaces parisiens prisés par l'intermédiaire, ont entretenu d'étroites relations d'affaires. Au point de nourrir des rumeurs persistantes sur la détention d'actions Veolia par M. Djouhri.
Lors d'une perquisition au domicile de M. Djouhri à Chêne-Bougeries, près de Genève, les enquêteurs ont trouvé des documents confidentiels du Crédit agricole Suisse adressés à M.  Proglio, et datés de novembre  2005. Il y est question de la création d'une joint-venture entre Veolia Environnement et le groupe saoudien de la famille Bugshan. M.  Djouhri disposait même d'une copie du projet de protocole d'accord " révisé par Veolia ", mais aussi de bordereaux bancaires d'Ahmed Salem Bugshan et de son frère, Khalid.
Alexandre Djouhri peut donc encore compter sur de nombreux soutiens. Le 18  février, alors qu'il était sous contrôle judiciaire, plusieurs d'entre eux s'étaient rendus à Londres pour fêter son anniversaire, avait raconté L'Express ; là encore M. de Villepin, ou encore l'ancien ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres. Son ami Bernard Squarcini, ancien patron de la direction centrale du renseignement intérieur, avait, lui, dû rebrousser chemin en raison d'un problème de train. " Je les tiens tous par les couilles ", aime à répéter l'intermédiaire, dans le langage fleuri qu'il affectionne.
Simon Piel, et Joan Tilouine
© Le Monde

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