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mercredi 4 avril 2018

Disparition du comédien Christophe Salengro


4 avril 2018

Christophe Salengro

Comédien

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Il avançait "  sans balises  " sauf celles de ses rencontres avec les gens, dansait en parlant et inversement, écrivait des textes ourlés de fine fantaisie en faisant des croche-pieds à la poésie. Quoi qu'il entreprenne, Christophe Salengro libérait des intensités jamais vues, entre humour, pudeur, émotion sans jamais lâcher la barre d'un physique unique qui déployait sous la toise son presque double mètre. Le comédien, danseur et auteur est mort d'une crise cardiaque vendredi 30  mars, à Paris. Il avait 64 ans. Sa silhouette longue tige, son regard bleu suspendu entre ses grandes oreilles et son charme profond ont irradié dans tous les domaines.
La pub (Gerflor et son célèbre slogan "  Et hop  !  " au milieu des années 1980), le cinéma (il a joué pour Yves Boisset, Jonathan Demme, Benoît Delépine et Gustave Kervern), la télé avec Canal+ et son émission satirique "  Groland  " dont il était, depuis 1992, le président "  autoélu à vie et inmourable  ", selon la Constitution grolandaise, ont profité de son talent multi-outillé. "  Il restera président pour l'éternité  ", a annoncé Canal+ dans un communiqué, et une soirée spéciale pour les 25  ans de l'émission sera diffusée le 14  avril.
Compagnon de création, dès 1985 et pendant plus de trente ans, du chorégraphe Philippe Decouflé, Christophe Salengro a illuminé plus d'une dizaine de pièces et de films sur le fil de scènes fracassantes et inoubliables auréolées par sa grâce d'échassier dansant.
Chacune de ses apparitions – un abat-jour en guise de couvre-chef ou glissé dans une barboteuse –, dilatait le temps autour d'un choc gestuel et textuel frais, inédit, drôle et émouvant. "  Philippe m'a permis de développer toute une recherche sur les langues imaginaires auxquelles je suis très attaché, disait Salengro en  2004 à propos du chorégraphe. Et puis j'adore retrouver la bande de potes qui l'entoure. J'aime bien les gens.  " Le chorégrapheaimait, disait-il, qu'il "  mette le bordel  " dans ses spectacles. "  Il a été l'une des grandes rencontres de ma vie et un de mes meilleurs amis, confie auMonde Philippe Decouflé. Il arrivait sur le plateau avec ses forces et ses fragilités et il était pareil au quotidien, complètement incroyable et drôle, très cultivé. Il m'a appris énormément de choses.  "
Christophe Salengro est né le 9  août 1953 à Lens (Pas-de-Calais). En  2004, il évoquait son grand-père, chapelier à Valenciennes, qui lui avait donné le goût des déguisements. Il rappelait non sans gourmandise ses origines de gars du Nord. Il aimait les moules-frites avec de la mayo, vantait la braderie de Lille en parlant de la beauté des tas de moules qui "  ressemblent à des terrils et puent quand il fait chaud  ". En  1973, il intègre l'Ecole supérieure d'architecture (ESA) à Paris, puis bifurque vers le métier de comédien. En plus de Philippe Decouflé, il a collaboré avec le groupe Grand Magasin et les metteurs en scène Sophie Perez et Xavier Boussiron.
Converser avec lui ressemblait à un slalom hors piste où privé et public, confidences et commentaires s'intercalaient à la vitesse de la lumière. Il racontait franco son enfance, le temps où, dans la cour de récré, on l'appelait Simplet ou Mickey. Des quolibets qui lui avaient vite fait comprendre "  qu'il fallait qu'il attaque ailleurs, en faisant l'andouille pour faire rire et ne pas rester dans le fond de la classe  ".
Une " tronche un peu spéciale "Il racontait aussi sa première audition, à 18 ans, pour Maurice Pialat, qui ne l'embauche pas car " trop bourgeois et sans accent du Nord "… Il citait volontiers ses amis  : Yves, son copain de maternelle, avec lequel il inventait des sketchs lorsqu'ils étaient scouts, le Professeur Choron, avec qui il collabora à Hara-Kiri, Benoît Delepine et Jules-Edouard Moustic, les pionniers de "  Groland  ", ce pays imaginaire et loufoque.
Perle rare, Christophe Salengro, qui disait avoir développé sa "  séduction naturelle  "contre et en dépit d'une "  tronche un peu spéciale  ", avait aussi mis en scène, en  2002, un spectacle intitulé Repassage etsous-titré "  Sans vouloir vous froisser, y a un truc qui me chiffonne  ". Il se décrivait ainsi  : "  Comme je suis un discret au fond, je ne fonds pas sous la chaleur des projecteurs comme certainsQuant à ma façon de danser, c'est vrai que j'ai beau tenter d'imiter les autres, les vrais danseurs, je n'y arrive pas. Du coup, dansRepassage, ce sont les interprètes qui sont à leur tour obligés de bouger comme moi, et c'est plus difficile qu'on ne se  l'imagine  !  "
Rosita Boisseau
© Le Monde

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