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dimanche 9 juin 2013

Pierre Mauroy, victime d'une mauvaise farce de l' Histoire

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Pierre Mauroy, victime d'une mauvaise farce de l' Histoire


Rédigé par Elie Arié le Dimanche 9 Juin 2013 à 12:46 


L’ Histoire se montre souvent farceuse envers les grands hommes : elle les rend prisonniers, pour l'éternité,  d’une image qui est à peu près l’inverse de ce qu’ils furent en réalité, et c’est ce mauvais tour qu’elle a joué à Pierre Mauroy. 



Il suffisait, pour s’en rendre compte, d’écouter à la radio  le souvenir qu’il a laissé auprès des Lillois venus lui rendre hommage –et sans doute auprès de la majorité des  Français- pour qui il restera « l’homme de la retraite à 60 ans et de la cinquième semaine des congés payés », et de la comparer avec ce que fut la réalité de toute son action  et de sa pensée politiques, résumées par Michel Noblecourt  dans un article du « Monde » intitulé « Le double héritage de Pierre Mauroy». 



Car Pierre Mauroy fut, avant tout, au Parti Socialiste, à une époque où cela n’allait pas de soi, l’incarnation de la social-démocratie opposée au marxisme ; et, en tant que Premier Ministre, l’incarnation de la rigueur. 




Dès son engagement dans les Jeunesses Socialistes, il se pose en adversaire du «  verbalisme gauchiste et du terrorisme du dogme », et proclame « Changer de société, c’est refuser l’illusion de la révolution » : propos qui feraient bondir le Jean-Luc Mélenchon d’aujourd’hui...mais qui n’était pas celui de l’époque. 



C’est à lui que le PS doit, en 1974, son ouverture à « la deuxième gauche » tant détestée par Mitterrand : les chrétiens et les syndicalistes de la CFDT ; en 1979, au Congrès de Metz du PS, il s'allie avec Michel Rocard, le représentant de cette « deuxième gauche », contre François Mitterrand. 



Mais c’est surtout lui – on l’ignore trop souvent- qui, devenu chef du gouvernement, imposera, en 1983, avec Jacques Delors, la politique de la rigueur à un François Mitterrand tenté par « l’autre politique », celle qui aurait consisté à tourner le dos à l’ Europe en sortant le franc du système monétaire européen ; choix assumé lors de son discours du 1er mai 1983 : « La voie de la rigueur nous permettra de bâtir une société plus juste (...) La politique de la rigueur n’est ni une régression ni un renoncement, mais la condition même de la poursuite des réformes ». 



Au fond, ce qui distingue Pierre Mauroy de François Hollande, ce n’est qu’une différence de  chronologie: Pierre Mauroy aura commencé par les réformes avant d’en venir à la rigueur ; François  Hollande est condamné à  attendre que la rigueur ait produit ses effets escomptés avant de mettre en oeuvre des avancées sociales, et à suivre le chemin inverse de celui de Pierre Mauroy, à la fois par la pression de la conjoncture mondiale qui n’est plus la même,  et par le souvenir de l’échec des réformes de 1981, sans doute au-dessus des capacités de ce que pouvait supporter l’économie  française de l’époque (tout comme l'échec du Front Populaire fut essentiellement dû au fait que la productivité française ne permettait pas, en 1936, de passer d'emblée aux quarante heures de travail hebdomadaires). 



Mais peu importe à l' Histoire ce que furent réellement les hommes: c'est l'image qu'elle impose d'eux qui l'emporte sur la réalité et qui finit par avoir le dernier mot. 

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