Les syndicats accroissent la pression sur les retraites
Reuters/Reuters - Les syndicats font monter la pression sur le dossier des retraites à quatre jours de la remise d'un rapport qui devrait suggérer notamment un allongement de la durée de cotisation et un alignement
PARIS
(Reuters) - Les syndicats font monter la pression sur le dossier des retraites
à quatre jours de la remise d'un rapport qui devrait suggérer notamment un
allongement de la durée de cotisation et un alignement partiel du secteur
public sur le privé.
Le secrétaire général
de Force ouvrière (FO) a prédit lundi sur France 2 des "tensions"
avec le gouvernement sur ce dossier qui sera au menu de la conférence sociale
des 20 et 21 juin, avant un projet de loi attendu au tout début de l'automne.
"Ce sera fonction
de ce que décidera le gouvernement. Mais si le gouvernement prend des décisions
du même tonneau que le gouvernement précédent, il y aura mouvements sociaux et
peut-être grèves aussi", a déclaré Jean-Claude Mailly.
Le "M.
Retraites" de la CGT, Eric Aubin, a pour sa part prévenu sur RTL qu'il
faudrait sans doute une mobilisation des salariés pour faire pression sur les
pouvoirs publics.
"Si c'est
effectivement le rapport Moreau qui est repris, ça va poser un vrai
problème", a-t-il déclaré.
Interrogé par BFM
Business, le ministre du Travail, Michel Sapin a reconnu que les mesures de
court terme, pour répondre à l'urgence des déficits des régimes de retraites,
ne seraient pas les plus simples à prendre.
Pour le long terme, il
a estimé que l'idée d'un allongement de la durée de cotisation était une
"bonne hypothèse" répondant au problème d'équilibre des retraites à
10 ou 20 ans.
"LOGIQUE
D'AUSTÉRITÉ"
L'allongement de la
durée de cotisation est une des pistes envisagée par la commission de Yannick
Moreau, ex-présidente du Conseil supérieur des retraites (Cor), qui
envisagerait même d'aller jusqu'à 44 ans en 2020 - au lieu de 41 ans et trois
trimestres si l'on s'en tient à la réforme de 2003.
Une mesure qualifiée
d'inacceptable et d'hypocrite par Jean-Claude Mailly. "Pour une génération
née en 1989, qui entre sur le marché du travail en moyenne aujourd'hui à 24
ans, ça signifie qu'il faudra attendre 68 ans pour avoir une retraite à taux
plein quand l'espérance de vie en bonne santé est à 62 ans pour les hommes et
63 ans pour les femmes", a-t-il fait valoir.
Il a également jugé
inutile de modifier le mode de calcul des retraites des fonctionnaires sur les
trois à 10 meilleures années de la carrière au lieu des six derniers mois,
comme l'envisage la commission Moreau - une perspective qualifiée la semaine
dernière de "casus belli" par la CGT et rejetée par avance par l'Unsa
et la FSU, deux syndicats de fonctionnaires.
"Mme Moreau dit
elle-même qu'il n'y a pas de différence entre les fonctionnaires et les gens du
privé en termes de taux de remplacement (...) Alors pourquoi changer ?" a
souligné sur France 2 Jean-Claude Mailly.
Pour le dirigeant de
FO, qui dénonce une "logique d'austérité", une telle réforme du
calcul des retraites des fonctionnaires, qui votent majoritairement à gauche,
ne peut qu'alimenter leur défiance à l'égard du gouvernement.
FINANCEMENT
Eric Aubin admet la
nécessité d'une réforme.
"Nous ne nions pas
qu'il y a 21 milliards de déficits qui se profilent à l'horizon 2017
2020", a-t-il dit à RTL. Mais "la réforme qu'il nous faut (...) c'est
une réforme du financement. Et là, nous avons des propositions précises."
"Or (...) on va
encore avoir une réforme qui va porter sur des paramètres, qui va nous proposer
un allongement de la durée du travail, une sous-indexation des pensions et des
salaires portés au compte, ce qui va avoir comme première conséquence de
baisser le niveau des pensions", a-t-il ajouté.
Dans un communiqué
diffusé lundi, les fédérations fonction publique de la CGT, de FO, de
Solidaires, ainsi que la FSU, la CFTC et la CFE-CGC disent pour leur part
qu'elles n'accepteront "aucun nouveau recul", que ce soit en termes
de calcul des pensions, de durée de cotisation ou d'âge de la retraite.
Concernant ce dernier
point, Michel Sapin a de nouveau laissé entendre lundi que le gouvernement
n'envisageait pas un nouveau report de l'âge légal de départ à la retraite -
porté de 60 à 62 ans lors de la réforme de 2010.
Les six organisations
signataires prévoient de se revoir le 5 septembre pour décider des modalités
d'une éventuelle action.
Selon le Cor, si rien
n'est fait, le besoin de financement du régime atteindra une vingtaine de
milliards d'euros en 2020.
Réformer le système des
retraites pour le ramener à l'équilibre et assurer sa viabilité à long terme
est une des mesures recommandées à la France par la Commission européenne.
Emmanuel Jarry, édité
par Yves Clarisse
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