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jeudi 26 juillet 2018

Les Crises.fr - Index du déshonneur, par Craig Murray

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                                    Les Crises
25.juillet.2018 // Les Crises



Index du déshonneur, par Craig Murray


Source : Craig Murray, 22-04-2018
22 avril 2018
La deuxième moitié de ma vie a été un processus continu de désillusion sur les institutions que j’avais respectées. Je suppose que cela a commencé avec le FCO [Foreign and Commonwealth Office, ou bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth, NdT] où je suis passé du statut de plus jeune ambassadeur de Grande-Bretagne à celui de licencié pour m’être opposé à l’utilisation de renseignements provenant de la torture, tout en ayant un point de vue d’initié sur les mensonges au sujet des ADM (armes de destructions massives) irakiennes qui ont servi de prétexte à l’invasion et à l’accaparement des ressources.
J’avais encore un certain respect résiduel pour la BBC, qui a disparu lors du référendum sur l’indépendance écossaise où la propagande de la BBC et le mépris de la vérité étaient vraiment éhontés. Mon amour pour les universités a été mis à rude épreuve pendant ma période comme recteur de l’Université de Dundee, quand j’ai vu à quel point le modèle d’entreprise avait transformé des communautés universitaires qui développaient les gens et recherchaient le savoir, en d’impitoyables machines à produire en série des diplômés irréfléchis et de recherches financièrement rentables, ayant presque complètement perdu toute esprit de communauté. Mon respect pour les organisations caritatives a disparu lorsque j’ai découvert que Save the Children payait son directeur général 370 000 livres sterling et était devenu un havre pour les politiciens du Nouveau Parti travailliste avec des salaires énormes, ce qui explique pourquoi il était si impliqué dans la promotion d’un récit pro-guerre en Syrie. Lorsque Justin Forsyth et Brendan Cox – deux employés aux salaires colossaux qui sont entrés dans Save the Children depuis la porte tournante du bureau de Gordon Brown – ont été démasqués à cause de la prédation sexuelle, cela semblait être le résultat naturel d’organismes de « bienfaisance » dirigés par de riches politicards plutôt que par de simples personnes essayant de faire le bien. Quant au respect du Parlement, eh bien le scandale des frais exagérés et tous ces pédophiles protégés…
Il est devenu difficile de s’accrocher au respect de toute institution, ce qui est troublant.
Ce qui m’amène aux prix annuels de la semaine dernière de Index on Censorship. Les lauréats des prix – de Cuba, de la République démocratique du Congo, du Honduras et de l’Égypte – semblent tous assez dignes, et il y a même un certain écart par rapport à la narration néoconservatrice dans la reconnaissance d’un problème de droits de l’homme en Égypte.
Mais le président d’Index on Censorship est, incroyablement, Rupert Murdoch hack David Aaronovitch, et il a présidé les prix, la semaine même où le journal pour lequel il écrit a produit cette attaque épouvantable contre la liberté d’expression :
À l’intérieur, il y avait une autre attaque de deux pages contre des universitaires nommés qui ont la témérité de demander des preuves des allégations gouvernementales sur la Syrie, y compris les distingués professeurs Tim Hayward, Paul McKeigue et Piers Robinson. Le Times a également attaqué des journalistes et blogueurs nommés et, pour couronner le tout, a terminé avec une chronique alléguant une collusion entre les nationalistes écossais et l’État russe.
Il n’est malheureusement pas surprenant que le président de « Index on Censorship » soit associé à ce genre d’attaque contre la liberté d’expression, la liberté de pensée et la liberté de recherche. La liste des invités de la cérémonie de l’Index avait une teinte distincte de droite, y compris A.C. Grayling et Sara Khan, ainsi qu’un bonne poignée de gens de la BBC, qui était également représentée au sein du jury. L’ironie du fait que le radiodiffuseur d’État fasse partie d’un groupe d’experts sur la liberté d’expression est manifestement perdue.
J’ai réalisé que quelque chose n’allait pas du tout avec Index on Censorship lorsque je les ai contactés il y a plus d’une décennie, lorsque Jack Straw a tenté d’interdire la publication de mon livre Murder in Samarkand, après qu’il eut passé avec succès le processus exhaustif d’autorisation du FCO au cours d’une année longue et fastidieuse. J’ai essayé de les intéresser à nouveau lorsque mon deuxième livre The Catholic Orangemen of Togo a été abandonné par mon éditeur suite aux menaces de diffamation du commandant mercenaire Tim Spicer d’Aegis/Executive Outcomes/Sandline. Dans les deux cas, on m’a dit que John Kampfner, alors directeur général d’Index, ne considérait pas ces tentatives d’interdiction de livres comme des incidents de censure. Probablement parce qu’elles n’avaient pas lieu dans un endroit comme Cuba ou le Zimbabwe…
L’attaque vraiment épouvantable du Times contre les universitaires faisait partie d’une campagne coordonnée et dirigée par le gouvernement pour délégitimer quiconque doute du récit officiel de Salisbury et de la Syrie. La BBC a pesé dans la balance avec cet acte effroyable :
Le gouvernement a alors publié un communiqué de presse ridicule qualifiant les gens honnêtes de « bots russes » juste pour s’être opposés à la politique britannique en Syrie. Dans un épisode de maccarthysme si macabre que je ne peux croire que cela arrive vraiment, un homme apparemment sympathique et normal appelé Ian a été passé au grill en direct sur Sky News de Murdoch, après avoir été désigné par son propre gouvernement comme un robot russe.
Le Guardian a publié sans critique les accusations du gouvernement dans leur intégralité, et a semblé étonnamment fier de ne pas avoir tenté d’enquêter sur leur véracité, mais d’avoir simplement publié ce que le gouvernement souhaitait qu’ils publient :
Le Guardian était naturellement aussi fiable que la BBC pour faire passer le message que quiconque doutait de la parole du gouvernement sur la Syrie était un négationniste de la vérité :
M. Freedland est bien sûr une représentation parfaite d’un fait intéressant. Ceux qui nous disent le plus activement que nous devons attaquer la Syrie, et que quiconque remet en question les prétextes du gouvernement est fou ou mauvais, sont précisément les mêmes personnes qui ont soutenu la guerre en Irak et attaqué ceux qui doutaient de l’existence des ADM irakiennes. En effet, ces personnes – Jonathan Freedland, David Aaronovitch, Oliver Kamm, Alan Mendoza, Andrew Rawnsley, John Rentoul, Nick Cohen – sont les leaders du petit nombre insignifiant de personnes qui croient encore que l’invasion de l’Irak était à la fois justifiée et bénéfique dans ses résultats.
Pourtant, ces personnes qui ont prouvé leurs lamentables capacité de jugement, eux et d’autres de leur classe médiatique, sont les arbitres qui sont autorisés à dicter les termes de ce qui est et de ce qui n’est pas une déclaration publique acceptable sur la situation en Syrie.
Lorsque Jeremy Corbyn est devenu chef de l’opposition, il fallait que l’une des deux choses suivantes se produise. Soit la fenêtre d’Overton [La fenêtre d’Overton, aussi connue comme la fenêtre de discours, est la gamme d’idées que le public acceptera, NdT] devait être déplacée pour refléter les vues du chef de l’opposition officielle et de ses innombrables partisans, soit le chef de l’opposition devait être fustigé et humilié comme un fou déraisonnable. Le scepticisme rationnel de Corbyn à l’égard de la participation britannique au conflit en Syrie est un moment clé de ce processus. Malgré le fait que le scepticisme de Corbyn est soutenu par un large éventail d’opinions diplomatiques et militaires au Royaume-Uni, il doit être présenté comme marginal, extrême et irrationnel.
Nous avons donc le spectacle extraordinaire d’un gouvernement coordonné et d’une attaque médiatique contre quiconque doute de leurs récits entièrement détachés des faits. Ceux qui se sont manifestement trompés complètement sur l’Irak sont présentés comme infaillibles et ont le plein contrôle de toutes les plateformes médiatiques de l’État et des entreprises, où ils se moquent de ceux qui avaient raison sur l’Irak comme des fêlés et des robots russes.
Entre-temps, la confiance du public dans les médias d’État et les médias d’entreprise atteint de nouveaux creux, ce qui est la partie heureuse de cette histoire.
Source : Craig Murray, 22-04-2018
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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RGT // 25.07.2018 à 08h05
J’aimerais savoir ce que feront tous ces “grands-petits hommes” quand un retour de balancier mettra en évidences toutes les turpitudes auxquelles ils se sont livrées.
Pour sûr, leur première réaction sera d’accuser les “ennemis de la Démocratie” (au choix : Poutine, Kim Jong Hun, Marc Dutroux, … complétez la liste).
Ensuite ils invoqueront le “conspirationnisme” qui s’acharne sur la “Vérité toute nue”.
Mais heureusement, ne vous en faites pas, ça ne risque pas trop d’arriver, l’accès aux moyens de diffusion d’informations de masse reste quand-même très bien verrouillé et aucun “chien de garde” ne prendra le risque de mordre la main qui le nourrit.
Et il n’est pas nécessaire d’aller chercher la source du problème dans de quelconques “idéologies”, c’est juste pour chaque maillon de la chaîne le moyen de préserver ses moyens d’existence honteusement indus.
Imaginez seulement ces ploutocrates et leurs serviles “assistants” (médiatiques, politiques, etc…) aller pointer à Pôle Emploi et vivre dans un carton défoncé sous un pont.
Ils se serreront les coudes et se battront jusqu’à la mort pour éviter ça.

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