LA POLDEVIE Une origine incertaine et deux déclinaisons parmi tant d’autres. En mars 1929, les députés de gauche ne voulaient plus que des sous publics soient donnés aux congrégations missionnaires. Ils votèrent dans ce sens. Intervint alors un certain Alain Mellet, facétieux journaliste du brûlot d’extrême droite L’Action française. Il expédia une lettre à plusieurs députés de gauche. Cette missive leur demandait d’intervenir en faveur des Poldèves opprimés. La capitale de la Poldévie, pays imaginaire d’Europe centrale, s’appelait Cherchella. Cent mille habitants haletaient sous le joug de quelques propriétaires terriens, et tout et tout… La lettre était signée Lineczi Stantoff et Lamidaëf. Si vous lisez à haute voix, ça donne « l’inexistant » et « l’ami d’AF », comme Action française, bien sûr. Le canular entendait ridiculiser la représentation républicaine de gauche. Cependant, le mystificateur reconnut lui-même « la pêche eût été aussi poissonneuse dans les rangs de la droite républicaine ». Toujours est-il que quatre députés répondirent à ce premier courrier. Mellet et ses sbires récidivèrent en envoyant une missive plus débile encore. Cinq répondirent ; d’autres demandèrent de la documentation sur ce curieux pays. Mellet inventa une histoire invraisemblable et l’expédia. Sauf que si des députés persistèrent à tomber dans le panneau de cette farce grossière, leurs secrétaires étaient plus futés qu’eux. L’un dit à Mellet « Méchant, vous nous l’aviez envoyée à nous aussi ! », et d’ajouter « Si j’avais su que c’était vous, ce que j’aurais laissé le patron répondre ! » Les lettres paraîtront en volume durant les années 1930 sous le titre : Intelligence et parlement. Le Drame Poldève. A présent, les déclinaisons… En 1935, l’ami Hergé publie Le Lotus bleu, dans le cadre des Aventures de Tintin. Ainsi, le consul de Poldévie fréquente-t-il en douce la fumerie d’opium précitée. Son souci majeur est d’y entrer incognito. Page 54, image 02, il s’interroge « Comment faire pour y entrer ? Me déguiser ? ». Il semble que ce même consul visite aussi le Musée ethnographique. Voir L’Oreille cassée, page 01, image 01. Autre déclinaison… Nicolas Bourbaki est un mathématicien imaginaire, sous le nom duquel un groupe de mathématiciens francophones, formé en 1935 à Besse en Auvergne sous l'impulsion d'André Weil, a commencé à écrire et à éditer des textes mathématiques à la fin des années 1930. L'objectif premier était la rédaction d'un traité d'analyse. Le groupe s'est constitué en association, l'Association des Collaborateurs de Nicolas Bourbaki, le 30 août 1952. Sa composition a évolué avec un renouvellement constant de générations. Mais la Poldévie dans tout ça ? Eh bien, dans une lettre à Elie Cartan (mathématicien ayant effectué des travaux fondamentaux dans la théorie des groupes de Lie et leurs applications géométriques), Weil introduit Nicolas Bourbaki comme un professeur de Poldévie, toujours pays imaginaire d’Europe centrale. Ce nom est mentionné comme le lieu de travail du professeur dans la Notice sur la vie et l’œuvre de Nicolas Bourbaki. Par ailleurs, le groupe Bourbaki mérite une publication à lui tout seul. C’est du sérieux. Il existe même des séminaires Bourbaki de Poldévie. Ainsi, celui de juin 2001, n° 893, traite des « Limites hydrodynamiques de l’équation de Boltzmann ». Son compte-rendu a été réalisé par le mathématicien-député, au look un peu farfelu, Cédric Villani en personne. C’est dire… Maintenant, Mellet est-il vraiment l’inventeur de la Poldévie ? Il semble que non. En effet, vers 1910, à ce que dit l’histoire, des normaliens ramassèrent dans les cafés de Montparnasse des personnages d’origine variée dont ils firent, moyennant quelques apéritifs, des représentants de la nation poldève. On rédigea pour eux des lettres, adressées à des notabilités des mondes politique, littéraire, universitaire, qui commençaient par « Vous n’ignorez pas les malheurs de la nation poldève... ». Les témoignages de sympathise commencèrent à affluer… Ci-dessous : Le congrès Bourbaki de Poldévie de 1938. De gauche à droite : Simone Weil, Charles Pisot, André Weil, Jean Dieudonné, Claude Chabauty, Charles Ehresmann et Jean Delsarte. |
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En mars 1929, les déput...
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