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vendredi 27 juillet 2018

Emmanuel Macron espère tourner la page....L'opposition dénonce la " mascarade " de la commission d'enquête....

27 juillet 2018/

Emmanuel Macron espère tourner la page

Toujours sous le feu des critiques, le chef de l'Etat entend tirer les enseignements de l'affaire Benalla

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ISMAËL EMELIEN A EU LES VIDÉOS
Selon BFM-TV, Ismaël Emelien, le conseiller spécial d'Emmanuel Macron, aurait été en possession, jeudi 19 juillet, au lendemain des révélations du Monde sur Alexandre Benalla, des bandes-vidéo filmées le 1er mai sur la place de la Contrescarpe, à Paris. Dimanche, trois policiers ont été mis en examen pour avoir illégalement remis ces vidéos à Alexandre Benalla. L'Elysée confirme que le chargé de mission a remis ses bandes à Ismaël Emelien, le 19 juillet. Compte tenu de ses " doutes "sur la façon dont M. Benalla s'est procuré ces vidéos, ajoute-t-on, Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, a fait un signalement au procureur, vendredi 20 juillet, au titre de l'article 40 du code de procédure pénale. Et lui a remis les films. Invoquant le secret de l'instruction, l'Elysée se refuse à dire si Ismaël Emelien a visionné les bandes.
Une semaine après les révélations du Monde sur l'affaire Benalla, Emmanuel Macron est passé à l'offensive. En sortant de son mutisme, mardi soir devant les députés de la majorité, puis le lendemain en répondant aux questions de la presse qui le suivait dans un déplacement dans les Hautes-Pyrénées, le chef de l'Etat espère faire retomber la pression politico-médiatique.
" Ça doit faire une heure que je suis là, personne ne m'en a parlé (à part vous) ! " a-t-il crânement lancé au sujet de l'affaire devant les journalistes de BFM-TV et CNews, qui le suivaient à Bagnères-de-Bigorre, où il a dîné dans la soirée avec des élus. " A mon avis, la chaleur et la fatigue, c'est à Paris que ça monte la tête ! Arrêtez de vous exciter comme ça ", a-t-il poursuivi. " Je ne vais pas chercher des fusibles parce que vous avez envie de voir du sang et des larmes dans le tournant de l'été ", a-t-il conclu, réaffirmant, être " le seul responsable ", comme il l'avait fait la veille devant les élus de la majorité.
Mardi soir, le président avait également expliqué à ses troupes, réunies pour la fin de la session parlementaire, que le Parlement devait cesser de se prendre pour " un tribunal populaire ", alors que ses plus proches collaborateurs, dont son directeur de cabinet, Patrick Strzoda, et le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, sont auditionnés par les commissions d'enquêtes parlementaires dediées à l'affaire Benalla. Ragaillardis par la verve présidentielle, les députés de La République en marche (LRM) l'ont bien entendu. Mercredi, la présidente de la commission des lois de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a ainsi jugé " inutile d'auditionner d'autres membres du cabinet du président de la République et du ministre de l'intérieur ", suscitant l'ire de l'opposition.
Emmanuel Macron a profité de son intervention mardi soir pour appeler ses troupes à serrer les rangs, alors que ses ministres sont restés prudemment aux abris depuis le début de cette affaire qui paralyse la vie politique. " La République, elle tient quand chacun assume ses responsabilités. Mes collaborateurs (…), le premier ministre (…), les ministres (…) ", a-t-il affirmé mardi, " Quelle République serions-nous si au premier coup de vent, celui qui la préside disait “ce n'est pas moi, c'est ce collaborateur, sortons-le”. Si au premier coup de vent, il disait “je n'étais pas au courant, c'est ce troisième bureau, je ne l'ai pas vu”. " Un message subliminal adressé au ministre de l'intérieur, Gérard Collomb, qui s'était montré particulièrement prudent lors de son audition devant la commission des lois de l'assemblée, assurant notamment qu'il ignorait " la qualité de conseiller du président " d'Alexandre Benalla.
L'ambiance reste tenduePlus largement, M.  Macron a rappelé les parlementaires à la discipline de groupe, alors que certains d'entre eux ont pu, sur des textes comme le projet de loi asile immigration qui revenait à l'Assemblée nationale mercredi soir, se désolidariser du gouvernement. " Penser qu'on réussit parce qu'on se décale au moment où un texte est difficile est toujours une erreur (…) Les tireurs couchés d'un jour finissent abattus par les autres quand ils décident de tirer sur leurs camarades ", leur a-t-il lancé, sur un mode guerrier.
Le chef de l'Etat, qui espère pouvoir rapidement passer à autre chose, n'est toutefois pas redevenu pleinement " maître des horloges ". Mercredi, le bureau d'Alexandre Benalla a été perquisitionné à l'Elysée en présence de l'intéressé et l'ambiance, à l'Assemblée, où l'opposition n'a pas désarmé, reste très tendue. Jeudi sur RTL, le président Les Républicains du Sénat, Gérard Larcher, a estimé que les Français sont " préoccupés " par l'affaire Benalla et qu'" il appartient au président - de leur - répondre ". Alors que M. Macron, toujours en marge de son déplacement à Bagnères-de-Bigorre a accusé les médias de dire " beaucoup de bêtises " sur l'affaire Benalla, M.  Larcher a critiqué une " conception de l'exercice du pouvoir très solitaire ".
Selon un sondage Ipsos réalisé pour Le Point, et publié mardi, la popularité du chef de l'Etat est au plus bas, à 32  % d'opinions favorables, en baisse de quatre points. " Cette affaire va faire des dégâts mécaniques dans les sondages des prochains jours ", juge le directeur du département opinion de l'IFOP, Jérôme Fourquet, " mais à plus long terme, elle risque d'abîmer l'image du président, de le banaliser ". Elle met en effet à mal, estime le sondeur, " la promesse d'Emmanuel Macron de rompre avec l'ancien monde et de garantir une République exemplaire "" Que restera-t-il de cette affaire ? ", s'interroge à son tour Chloé Morin, directrice de projets internationaux chez Ipsos, " sans doute les privilèges, le comportement clanique, les passe-droits, le pouvoir enfermé dans sa tour d'ivoire ".
Toujours sous pression, le chef de l'Etat a indiqué qu'il tirerait les enseignements de cette crise, la plus grave depuis son élection. L'affaire Benalla a révélé des " dysfonctionnements " auxquels il convient de mettre fin, a rappelé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à la sortie du conseil des ministres. M.  Macron a demandé à son secrétaire général de travailler à la réorganisation de ses services. La sécurité du président, que se partagent le Groupe de sécurité de la présidence de la République pour ses déplacements et le commandement militaire pour ce qui relève du Palais, avec chacun son état-major, son matériel, a été identifiée comme l'un des chantiers à mener. D'autres services – comme celui de la communication – seront réorganisés, affirme-t-on aussi à l'Elysée.
Mais, a prévenu M. Griveaux, les changements, attendus " à la rentrée " ne s'arrêteront" pas aux portes de l'Elysée ". En réalité, cela fait plusieurs mois que l'exécutif réfléchit à une organisation du pouvoir plus efficace, bien au-delà des ratés qu'ont mis en lumière les révélations sur l'encombrant collaborateur de M. Macron. " Les institutions nous empêchent de mener nos transformations. Le Parlement craque, l'administration n'arrive pas à suivre et les cabinets ministériels sont au bord du burn-out ", confie une député influente de la majorité, qui évoque " une réflexion globale " sur le sujet au sommet de l'Etat.
Pour l'heure, Emmanuel Macron entend prendre un peu de hauteur. Jeudi, il devait monter sur le Pic du Midi pour en inaugurer les nouveaux équipements. Avant de se rendre en Espagne puis au Portugal pour travailler sur les -migrations, l'avenir de l'Europe et les interconnexions énergétiques. Le plus loin possible de l'affaire Benalla.
Virginie Malingre
© Le Monde



27 juillet 2018

L'opposition dénonce la " mascarade " de la commission d'enquête

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Deux salles, deux ambiances. Dans l'hémicycle, mercredi après-midi, les députés sont calmes et studieux. Après une semaine de paralysie des débats sur fond d'affaire Benalla, ils terminent l'examen du texte " pour la liberté de choisir son avenir professionnel ". Quelques passes d'armes habituelles, mais pas un mot – ou presque – sur l'affaire Benalla. Deux étages plus bas, au même moment, au sous-sol de l'Assemblée nationale, se tient la commission d'enquête parlementaire consacrée à l'affaire qui empoisonne l'exécutif. Cette fois, l'ambiance est électrique. L'intervention d'Emmanuel Macron, la veille devant les siens réunis à la maison de l'Amérique latine, à Paris, a remobilisé son camp, mais aussi l'opposition, qui dénonce – à l'instar du député de La France insoumise Alexis Corbière – " un bras d'honneur au Parlement ".
Les députés de l'opposition s'en prennent directement à la présidente de la commission des lois et co-rapporteuse de la commission d'enquête, Yaël Braun-Pivet, qui a décidé des prochaines auditions sans consulter l'opposition. Elle refuse notamment que plusieurs conseillers de l'Elysée soient auditionnés, comme le réclame le co-rapporteur (LR) Guillaume Larrivé, avec lequel la tension est encore montée d'un cran.
Même le MoDem, pourtant allié fidèle de la majorité, plaide pour entendre le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, " par souci de symétrie avec le Sénat ", où le bras droit du chef de l'Etat a finalement été entendu jeudi matin.
A la sortie de la commission d'enquête, Philippe Gosselin (LR), Danièle Obono (LFI) et Marine Le Pen (RN) se tiennent côte à côte devant les caméras. Ils s'applaudissent les uns les autres pour défendre " les droits du Parlement "." J'en viens, moi, trotskiste, à défendre les institutions bourgeoises de la Ve  République, mais on rêve, on rêve ! "soupire Mme Obono. Guillaume Larrivé prend des airs solennels : " Notre commission est entravée par la volonté d'un homme, Emmanuel Macron, et par ses relais à l'Assemblée aux ordres de l'Elysée ", dénonce le député de l'Yonne qui " donne vingt-quatre heures à la co-rapporteuse pour se ressaisir ". Et de menacer de quitter la commission s'il n'était pas entendu.
" Décision autoritaire "Une option qui, en coulisses, ne dérangerait pas LRM qui espère conclure rapidement ses travaux et remettre son rapport " début août ", quand M. Larrivé plaide pour septembre. Mme  Braun-Pivet dénonce " l'approche polémique et politique de l'opposition ", pendant que les députés LRM, interrogés par les journalistes, peinent à trouver des arguments pour expliquer les contradictions du directeur de cabinet de M. Macron, Patrick Strzoda, qui n'a pas donné la même version de certains faits à l'Assemblée et au Sénat.
Dans la soirée, les députés rejoignent l'hémicycle pour examiner le projet de loi " asile et immigration ", porté par le ministre de l'intérieur, en première ligne dans l'affaire Benalla. Depuis la tribune, Gérard Collomb assiste, impassible, aux quatre rappels au règlement lancés par André Chassaigne (PCF), Valérie Rabault (Nouvelle gauche), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Eric Ciotti (LR). Là encore, l'affaire Benalla s'invite dans les débats, les chefs de file de l'opposition revenant sur " la décision  autoritaire ", selon les mots de M. Chassaigne, de la présidente de la commission d'enquête.
A la tribune, l'intervention du ministre est couverte par les cris de l'opposition. " Menteur ! ", " République bananière ! ", entend-on à droite et à gauche. " Il n'y a pas d'affaire ! ", répondent les députés de la majorité, qui font claquer leurs pupitres. Fatiguée, la France insoumise finira par quitter l'hémicycle après l'échec de sa motion de rejet préalable. " Un pacte a été rompu ", commente Jean-Luc Mélenchon en sortant. " On a respecté l'accord qui voulait que le travail parlementaire continue tant que la commission d'enquête suit son cours, mais la présidente a tout défait ",explique-t-il. Restés dans l'hémicycle, les Républicains choisissent quant à eux d'examiner le fond du texte, conscients que leur électorat, sensible aux enjeux migratoires, pourrait finir par se lasser de ces jeux parlementaires.
Astrid de Villaines
© Le Monde

27 juillet 2018

Pourquoi le couple n'a pas été poursuivi pour violences ?

Le procureur de Paris a demandé à la police les raisons pour lesquelles les deux jeunes n'ont pas été mis en cause

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Pour moins que ça, des étudiants et des manifestants sont aussitôt présentés à la justice, puis jugés en comparution immédiate. Une carafe jetée sur des forces de l'ordre, deux autres objets – vraisemblablement un cendrier, peut-être un autre –, sans oublier le bras d'honneur pour elle, l'index menaçant pour lui : en général, ce genre de comportements n'est pas laissé impunis.
Ce mardi 1er  mai, pourtant, ni le jeune homme de 29  ans, ni la jeune femme de 30  ans, désormais connus comme le couple brutalisé par Alexandre Benalla place de la Contrescarpe, à Paris, n'ont été poursuivis par la justice, alors que 109 personnes étaient placées en garde à vue en fin de journée, sur les 283 personnes arrêtées à l'issue des manifestations. Et qu'au moins une quinzaine de personnes ont été déférées ce jour-là, notamment pour " violences volontaires sur personne dépositaire de l'autorité publique ". De quoi s'interroger.
" Bon esprit "Selon nos informations, le procureur de la République de Paris a d'ailleurs adressé un courrier au directeur de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, le DSPAP, mercredi 25  juillet. Il lui demande les raisons pour lesquelles les deux personnes n'ont pas été mises en cause pour des violences sur des forces de l'ordre. Et pourquoi ce jour-là aucune procédure judiciaire n'a été engagée contre eux.
Tous deux sont installés dans la banlieue sud de Paris. Ce soir-là, un peu avant 20  heures, ils se trouvent sur la place de la Contrescarpe, haut lieu touristique de la capitale, souvent bondé jusque tard dans la nuit. En ce jour férié, ils cherchent à s'attabler " pour une bière ou une crêpe ", afin de " fêter le sixième anniversaire de leur rencontre ", du moins selon leur avocat, Me Sahand Saber.
Le jeune homme, 29 ans, est grec, mais vit à Paris, où il travaille comme cuisinier. Elle, 30 ans, polyglotte, a vécu à Athènes où elle a passé son bac, et est devenue graphiste. Sont-ils militants ? " Ils ne sont ni manifestants, ni membres des black blocs ", répond seulement leur avocat, " ils n'étaient pas venus pour en découdre avec les forces de l'ordre ". Le couple n'a rien à voir, certifie-t-il, avec l'" apéro militant " organisé par la mouvance autonome, à 18  heures, sur la place, et relayé par le syndicat étudiant UNEF et par La France insoumise. Dans l'interview confiée jeudi 26  juillet au Monde, l'ancien chargé de la sécurité d'Emmanuel Macron Alexandre Benalla parle de deux " casseurs ", de " débiles ", d'" hystériques ". Les photos et vidéos prises par des riverains et des personnes présentes sur la place, ce jour-là, et recueillies par Le Monde, livrent en tout cas une version assez complète des événements qui permet de confronter les deux points de vue.
Il n'est pas tout à fait 20  heures lorsqu'on les aperçoit, tous deux, entre les terrasses du café la Petite et celui de la Contrescarpe, à proximité d'une petite camionnette blanche, face à la brasserie le Delmas de l'autre côté de la fontaine. Selon leur version, ils cherchent une table. Le rassemblement sur la place, " bon esprit ", assure un photographe, les retient. A quelques mètres, un petit groupe de CRS est posté au coin de la rue Lacépède qui débouche sur la Contrescarpe, face au groupe de manifestants. Lui, fine barbe et veste en jean doublée de peau de mouton, se tient derrière elle, longs cheveux châtains en parka, affiche un large sourire, quand tout à coup, le petit groupe de CRS charge en direction de la fontaine de la place. Le mouvement ne les vise pas, mais le garçon entraîne sa petite amie derrière la camionnette.
" Réaction sanguine "En colère, lui s'avance doigt tendu vers les CRS, qui se dirigent alors vers lui. Panique. Les deux trentenaires s'enfuient vers la rue Mouffetard, en bas de la place. Sur une vidéo diffusée par France 3, on retrouve le couple debout le long de la terrasse du café de la Contrescarpe qui fait l'angle avec " Mouffetard ". Chacun jette un projectile sur les policiers. Après un bras d'honneur, la graphiste lance un nouvel objet attrapé sur une table. " Une réaction sanguine, irréfléchie ", concède leur avocat, Sahand Saber. C'est à ce moment qu'Alexandre Benalla et Vincent Crase, un gendarme réserviste employé par LRM et ponctuellement par l'Elysée, entrent en scène. Le chargé de mission à l'Elysée, casqué, s'avance, récupère la jeune femme au coin de la rue Mouffetard, et l'entraîne de l'autre côté de la place. Les forces de l'ordre, auxquelles Vincent Crase vient prêter main-forte, s'occupent du jeune homme.
Les coups qui pleuvent sont désormais connus de tous. Après les coups, le jeune couple se retrouve, s'enlace et se réconforte, avant d'être conduit – au moins pour l'un d'eux – à " l'Evangile ", comme on appelle ces locaux de police proches de la gare du Nord utilisés pour accueillir les gardes à vue lorsqu'il n'y a plus de place dans les commissariats.
Ce soir-là, selon le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, " 280 interpellations, 153 présentations à officiers de police judiciaire et 109 gardes à vue " sont effectuées. Devant la commission des lois de l'Assemblée nationale, ajoute-t-il mercredi 25  juillet, les deux trentenaires " n'avaient pas de papiers sur eux " et le couple " déclare de fausses identités ", deux affirmations que ne confirme pas l'avocat. La confusion viendrait de la presque homonymie entre le nom du jeune homme et un ancien footballeur grec.
Ses deux clients font en tout cas partie des 44 personnes interpellées et relâchées sans poursuite judiciaire. Est-ce parce qu'ils n'ont rien commis de grave, comme l'explique le préfet de police ? " Sur ce que j'ai vu, il n'y avait pas beaucoup de choses à leur reprocher ", a expliqué M. Delpuech devant les députés. Puis, un peu plus tard dans son audition : " Je fais confiance à l'autorité judiciaire pour mener les investigations (…), ce qui leur est imputable ou pas. A mon avis pas grand-chose. "
Ce n'est pas l'avis d'Alexandre Benalla. Pour le chargé de la sécurité d'Emmanuel Macron, les deux personnes interpellées devant lui par des CRS ont commis " deux délits " de " violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique ", punis d'une " peine d'emprisonnement ", explique-t-il, jeudi 26  juillet, au Monde" Après avoir hésité ", selon son avocat, le couple, de son côté, ne porte pas plainte. Le 11  mai, dix jours après les faits, le garçon consulte un médecin proche de chez lui qui constate des " traces de coups sur la poitrine et une raideur cervicale ", état qui " nécessite un arrêt de travail de six jours ".
Une certitude : ce soir-là, le tabassage du couple par Alexandre Benalla arrive aux yeux de " deux opérateurs en civil " chargés de surveiller les réseaux sociaux. La vidéo a été mise en ligne et postée sur Twitter à 20 h 17, avant d'autres messages où il s'interroge – sans succès jusqu'aux révélations du Monde, le 18  juillet – sur l'identité d'un mystérieux policier casqué. M.  Benalla a aussitôt connaissance qu'il figure casqué sur les réseaux sociaux. Un peu plus tard, le jeune couple est relâché. " Si mes clients avaient été placés en garde à vue et jugés, l'enquête aurait contraint la police à entendre les CRS ainsi que les deux agresseurs pour confronter leur version avec celle du couple, suggère Me Taher. Deux hommes qui se sont révélés être M. Crase et M.  Benalla. " Le parquet, en tout cas, s'interroge, lui aussi.
Émeline Cazi, et Ariane Chemin
© Le Monde


27 juillet 2018

Pour Alexis Kohler, " la sanction peut apparaître insuffisante "

Le secrétaire général de l'Elysée était entendu par la commission d'enquête parlementaire du Sénat, jeudi matin

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MIS À PIED, M. BENALLA A TOUCHÉ SON SALAIRE
Auditionné par le Sénat, mercredi 25 juillet, Patrick Strzoda,
directeur de cabinet du président de la République, a indiqué qu'Alexandre Benalla avait touché son salaire intégral au mois de mai en dépit de sa mise à pied de quinze jours. M. Strzoda a spécifié que cette durée serait retranchée des congés que M. Benalla était en droit de réclamer. L'Elysée a précisé à l'AFP que l'ancien chargé de mission d'Emmanuel Macron, recruté en qualité d'agent contractuel, ne pouvait, selon un décret de 1986, faire légalement l'objet d'une suspension de traitement. L'article 43 de ce texte souligne qu'" en cas de faute grave commise par un agent non titulaire (…) l'auteur de cette faute peut être suspendu " mais qu'il " conserve sa rémunération et les prestations familiales obligatoires ". – (AFP.)
On ne connaît principalement de lui que son allure roide et sa voix neutre annonçant à deux reprises la composition du gouvernement sur les marches de l'Elysée le 15  mai et le 19  juin 2017. Une " notoriété furtive ", selon sa propre formule, rompue jeudi 26  juillet lorsque le secrétaire général de l'Elysée a été entendu par la commission d'enquête parlementaire du Sénat. Dans son propos liminaire, le président de la commission, Philippe Bas, a souligné que cette commission " n'est pas un tribunal, l'objectif de nos travaux n'est pas de prononcer des condamnations et des sanctions ". En écho, le co-rapporteur, Jean-Pierre Sueur (PS), a indiqué qu'il n'avait jamais eu l'intention de convoquer le président de la République devant la commission.
Devant les sénateurs, le secrétaire général a d'abord confirmé les propos du directeur de cabinet du président de la République, Patrick Strzoda, sur les événements du 1er  mai et la date à laquelle il avait été informé des actes reprochés à Alexandre Benalla. " Il ne fait aucun doute que ces actes étaient inappropriés, choquants, et constituaient une faute. Il était évident pour tout le monde que le comportement d'Alexandre Be-nalla devait être sanctionné et que cette sanction devait intervenir rapidement. Elle a été appréciée à la lumière des faits et des éléments dont nous disposions à l'époque ", a déclaré Alexis Kohler.
" La sanction a été très rapide, mais son exécution est très lente ! ", a répliqué Philippe Bas, en rappelant que la retenue sur salaire décidée à l'encontre d'Alexandre Benalla n'avait pas été effectuée en mai, mais serait appliquée sur le solde de ses congés payés.
Sous l'insistance du président Philippe Bas, qui évoquait " la gravité du trouble apporté au fonctionnement de l'Etat par l'intrusion d'un collaborateur du président de la République dans une opération de maintien de l'ordre " et qui lui demandait s'il " mesurait rétrospectivement le problème que pose la présence d'Alexandre Benalla dans l'entourage du chef de l'Etat ", M.  Kohler a répondu : " Ce qui aurait été grave serait qu'il n'y ait pas eu de sanction. Je conçois qu'aujourd'hui, à la lumière des faits, la sanction puisse apparaître insuffisante. Mais à l'époque, elle était proportionnée. " Alexis Kohler a eu plus de mal à justifier le port d'arme accordé à Alexandre Ben alla alors qu'il venait d'assurer que celui-ci n'était pas chargé de la sécurité du président de la République. Après avoir tergiversé et renvoyé les sénateurs aux réponses apportées par le directeur de cabinet et le préfet de police de Paris sur ce sujet, il a fini par concéder : " Je suppose que le dispositif de sécurité est adapté à l'intensité des menaces. Il a pu être jugé utile que d'autres apportent leur concours. Mais j'insiste, c'est toujours le GSPR - groupe de sécurité du président de la République - qui est chargé de la sécurité. " En écho aux propos du président de la République, qui a défendu, devant les députés de sa majorité, mardi 24  juillet et à l'occasion de son déplacement dans les Pyrénées mercredi, le recrutement d'Alexandre Benalla, le secrétaire général a indiqué : " A aucun moment, je n'ai été informé d'un comportement inadapté d'Alexandre Benalla, au contraire, je n'ai eu que des retours positifs sur son engagement et son dévouement. Et je crois pouvoir vous dire qu'il était très apprécié de ses collègues. " " On dit qu'il aurait “terrorisé “des services de la présidence, ce n'est pas le cas ", a-t-il ajouté en référence aux déclarations de certains représentants de syndicats de policiers devant la commission d'enquête. A l'heure où nous bouclions cette édition, jeudi 26  juillet, l'audition de M. Kohler se poursuivait.
Pascale Robert-Diard
© Le Monde

27 juillet 2018

Affaire Benalla : tour de passe-passe

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Emmanuel Macron assume. En s'exprimant pour la première fois, mardi 24  juillet, sur les faits de violence du 1er-Mai pour lesquels son collaborateur Alexandre Benalla a été mis en examen, il a proclamé, devant des députés de sa majorité  : "  Le seul responsable de cetteaffaire, c'est moi et moi seul.  ""  S'ils veulent un responsable, a-t-il poursuivi, il estdevant vous, qu'ils viennent le chercher.  " Le chef de l'Etat s'est abstenu d'identifier ces "  ils  ". Les médias  ? Les juges  ? Les parlementaires  ? Les Français  ?
Le président assume donc sa responsabilité personnelle et il récuse la "  République desfusibles  ". Cette responsabilité tient essentiellement à la confiance qu'il a naguère prodiguée à M. Benalla. Il a marqué sa "  déception  " et dénoncé sa "  trahison  ". Mais, en même temps, applaudi par ses fidèles, il a fait l'éloge de son collaborateur, saluant son "  courage  ", son "  talent  ", son "  engagement  " (à quatre reprises) et même sa "  dignité  ". Alors que des enquêtes, judiciaires, parlementaires, sont toujours en cours, il a plaidé responsable, mais pas coupable, des fautes et des erreurs qui ont émaillé cette affaire. Une posture que M.  Macron peut afficher d'autant plus facilement qu'il est protégé par la Constitution.
Plus jupitérien que jamais, M.  Macron a assumé son exercice très vertical du pouvoir et sa méfiance vis-à-vis de tous les contre-pouvoirs. Il voit dans cette affaire "  un spectacle où la tentation pour presque tous les pouvoirs est de sortir de son lit  ". Ses accusations sont graves. La presse  ? Elle "  ne cherche plus la vérité  " et "  veut devenir un pouvoir judiciaire qui a décidéqu'il n'y avait plus de présomption d'innocence  ". La justice  ? Il se dit attaché à ce qu'elle fasse son travail. Mais il relève un "  problème de fonctionnement  ", avec des auditions et des recherches qui sortent "  à la seconde même dans la presse  ". Le pouvoir législatif  ? Il est tenté, énonce-t-il en visant plus particulièrement la "  coalition baroque  " des oppositions, "  de se substituer à la justice et de devenir un tribunal populaire  ".
M.  Macron s'est ainsi livré à un habile tour de passe-passe. Tout en se défendant de sacrifier des collaborateurs sur "  l'autel de l'émotion populaire  ", il a reconnu la gravité des faits reprochés à M. Benalla et entend corriger les dysfonctionnements observés. Mais, en même temps, il a cherché à faire disparaître la crise que l'affaire a générée. Paradoxalement, en tentant de faire baisser la pression, il a admis en creux l'importance de la crise que traverse l'exécutif.
En malmenant les contre-pouvoirs, en laissant planer des zones d'ombre, des imprécisions, des omissions, voire des contradictions, le président de la République fait un pari osé. Le résultat de sa contre-attaque pourrait aboutir à l'inverse de l'objectif recherché et mettre de l'huile sur le feu en galvanisant ses oppositions. M.  Macron espère sans doute que l'été apaisera la fièvre et que le Parlement reprendra à la rentrée le chemin de la réforme constitutionnelle. Mais il n'est pas sûr qu'il ait rempli son rôle de gardien des institutions.
© Le Monde

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