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jeudi 28 juin 2018

Marie-George Buffet " Il faut réguler le football "


26 juin 2018

Marie-George Buffet " Il faut réguler le football "

" La marchandisation à l'extrême du football met en danger son existence ", alerte l'ancienne ministre de la jeunesse et des sports

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Jeudi 14  juin a commencé la Coupe du monde de football. Des millions de personnes vibreront à travers le monde. Tous les quatre ans, c'est le même refrain et les mêmes chants. Des joies simples, de beaux gestes sportifs, le football éternel.
La veille du premier coup de sifflet de cette Coupe du monde, c'est pourtant un autre volet du football qui intéressait les médias. En effet, l'instance de contrôle financier des clubs de l'UEFA rendait sa décision et choisissait de blanchir le PSG après un an de procédure -concernant son respect, ou non, du fair-play financier. Cette décision, très commentée, illustre la difficulté des autorités footballistiques européennes à faire respecter les règles qu'elles fixent et, surtout, la complexité des structures financières utilisées par les clubs pour brouiller la lecture de leur budget.
Tout le contraste du football peut se résumer à travers ces deux événements concomitants : un sport populaire joué dans le monde entier, vecteur des émotions les plus folles, et, en même temps, le symbole du sport business, aux sommes astronomiques et aux montages financiers complexes. La marchandisation à l'extrême du football met en danger son existence. Les trop grands écarts de budget tuent le suspense et certains achats de joueurs paraissent plus marketing que sportifs.
De plus en plus de gens ne se reconnaissent plus dans ce football et c'est pourquoi il faut impérativement le réguler, tout simplement pour qu'il puisse continuer de vivre. Les années 1980 et surtout 1990 ont vu le football changer de modèle. Les clubs sont passés d'une structure de financement reposant majoritairement sur la billetterie, les supporteurs et les sponsors locaux à un modèle reposant sur les droits télévisuels et des sponsors internationaux. L'ancrage régional est moins présent, les grands clubs sont totalement mondialisés. L'arrêt Bosman de 1995 a libéré les transferts des joueurs, dont les montants ont explosé. Des multimilliardaires, des fonds de pension ou des Etats sont propriétaires des plus grands clubs européens. Le caractère -associatif a souvent disparu, à l'exception de quelques clubs comme le FC Barcelone. Ainsi, la régulation financière du football doit se faire à travers deux axes : rationalisation des sommes et redistribution des revenus.
Il faut, dans un premier temps, limiter l'inflation des masses financières, en particulier -celles des transferts, qui deviennent de plus en plus irrationnels. J'ai proposé à ce titre à l'Assemblée nationale plusieurs mesures : limitation de la rémunération des agents à 6 % du montant total du transfert ou encore plafonnement des indemnités de mutation des joueurs à 70  % du salaire total du joueur sur la durée de son contrat. Cette dernière mesure ne peut être efficace qu'au niveau européen, comme toutes les autres actions de régulation. Mais il manque l'impulsion politique suffisante pour concrétiser par des actes la volonté partagée de mettre fin à cette bulle inflationniste. Je plaide pour que la France soit à l'initiative et devienne le moteur de la régulation sportive au niveau européen, comme notre pays a pu l'être dans la lutte antidopage.
bataille marketingRéguler le football doit aussi passer par une meilleure redistribution des revenus qu'il génère. En finance, on parle de péréquation, mais je préfère le terme de solidarité. Déjà, l'UEFA met en place des mécanismes de redistribution pour les clubs formateurs, qui bénéficientdes transferts de joueurs qu'ils ont formés quelques années plus tôt. Il faut approfondir les mécanismes de redistribution dans ce sens, au niveau de notre pays et à l'échelle européenne. L'une des pistes devra être le déplafonnement de la taxe dite " Buffet " sur les droits de retransmission qui bénéficierait au Centre national pour le développement du sport.
La régulation du football, c'est aussi la régulation des comportements et la promotion d'un sport éthique, libre de toutes les instrumentalisations, notamment politiques. Le football, comme le sport professionnel en général, est accompagné de son cortège d'affaires de matchs truqués, de corruption, de dopage. Les conditions d'attribution des dernières Coupes du monde ont une nouvelle fois montré les collusions entre politique, argent et football. Cependant, la surexposition du football et la bataille marketing autour de l'image des grands clubs permettent une certaine autorégulation mais qui n'est pas suffisante si elle n'est pas accompagnée d'une transparence -accrue et de mécanismes de contrôle efficaces.
Enfin, il y a une éthique personnelle à respecter lorsqu'on est joueur mais aussi supporteur. La violence doit être bannie des stades, les insultes racistes et homophobes durement sanctionnées. Les agressions contre les arbitres au niveau amateur sont inacceptables : près de 5 000 cas ont été constatés en  2017. Le changement de comportement ne se fera qu'à travers l'exemplarité des joueurs professionnels.
Le football est notre vieil ami et, comme à cet ami trop euphorique les soirs de match, surtout après la victoire, nous devons lui dire : " Calme-toi, maintenant, sinon, demain, le réveil sera très dur, je me souviens de 1998. "
Marie-George Buffet
© Le Monde

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