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jeudi 28 juin 2018

Madagascar plongée dans la crise


26 juin 2018

Madagascar plongée dans la crise

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Deux mois après le début de la crise provoquée par l'adoption de lois électorales non conformes à la Constitution et la répression des manifestations qui ont suivi, le feu couve toujours à Madagascar. Le président de la République, Hery Rajaonarimampianina, a échappé à la destitution réclamée par ses opposants pour sanctionner l'achat de votes des parlementaires ; un premier ministre et un gouvernement " de consensus " ont été désignés, avec pour mission de conduire à son terme le processus électoral. Pour autant, les affrontements ouverts et les tractations -secrètes entre les principaux partis et leurs candidats supposés continuent d'alimenter l'instabilité et donnent une nouvelle fois le spectacle d'un personnel politique davantage préoccupé par la défense de ses propres intérêts que par l'avenir du pays.
Les trois grands prétendants – dont aucun n'a annoncé officiellement sa candidature – sont bien connus. Il s'agit de Marc Ravalomanana, président chassé du pouvoir en  2009 par le maire d'Antananarivo, Andry Rajœlina, avec le soutien de l'armée. Le président déchu et le putschiste rebaptisé président d'une transition qui dura cinq ans n'avaient pas été autorisés à se présenter à l'élection de 2013. C'est alors M.  Rajaonarimampianina, ministre des finances de M. Rajœlina, qui avait été choisi par son mentor pour affronter les urnes. La loyauté -attendue en retour ne fut pas au rendez-vous. Mais cette " trahison " n'a pas modifié les mœurs politiques qui minent l'île. Détournements de fonds publics, corruption, trafic de matières premières ont rapidement refait surface, malgré les promesses de jours nouveaux.
Habitués à ces jeux de pouvoir dont ils n'ont jusqu'à présent rien retiré, les Malgaches – plus pauvres qu'ils ne l'étaient à l'indépendance, dont ils fêtent le 58e  anniversaire le 26  juin – semblent patienter avec une sorte de fatalité. La contestation se limite à la capitale, où l'occupation de la place du 13-Mai se poursuit, tout comme les grèves dans plusieurs ministères. La société civile peine à s'organiser. Toutefois, aucun des prétendants ne semble prêt à sortir du cadre légal. " Tous veulent que les élections aient lieu. L'isolement qui a suivi le coup d'Etat de 2009 a plongé le pays dans d'immenses difficultés, car les bailleurs internationaux se sont retirés ", indique un observateur.
Les chancelleries étrangères, tout en jurant de leur non-ingérence, suivent de près le déroulement de la crise. Fin 2016, à Paris, les créanciers étrangers se sont engagés à apporter plus de 6  milliards de dollars pour financer le plan de développement de Madagascar, signant ainsi le grand retour de l'aide internationale dans un des pays les plus démunis au monde. " Nous n'avions pas mesuré l'impact qu'aurait notre retrait ",reconnaît aujourd'hui l'un d'entre eux.
Le compromis imposé par la Haute Cour constitutionnelle (HCC), le 25  mai, sur la -demande de déchéance du chef de l'Etat est -cependant loin de baliser le chemin jusqu'aux élections. La détermination des dates du -scrutin demeure un point important de crispation entre les partis. Initialement prévu fin novembre et fin décembre pour le second tour, le vote doit désormais avoir lieu " durant la saison sèche, au cours de cette année 2018, mais sous réserve des possibilités techniques, matérielles et financières réelles assurant des élections libres, honnêtes et transparentes ", -selon le texte de la HCC.
Point d'équilibreMardi 19  juin, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a transmis au gouvernement sa proposition de calendrier électoral. Elle prévoit un premier tour début novembre, juste avant la saison des pluies. Cette date a le mérite d'être le point d'équilibre entre ceux qui souhaitent une élection très anticipée, comme le Mapar de M.  Rajœlina, et ceux qui voudraient conserver le rendez-vous initial, comme le parti présidentiel HVM. " Nous avons voulu montrer notre neutralité. Ce que nous proposons est raisonnable ", explique le président de la CENI, Yves Rakotomanana.
Les grands partis, qui ont déjà commencé à déployer leurs machines de guerre, ont tout intérêt à avancer le scrutin, tandis que le président, totalement décrédibilisé, peut espérer améliorer son image s'il gagne du temps. Les sondages réalisés en mars-avril et qui ont circulé sous le manteau ne laissaient aucune chance à M.  Rajaonarimampianina, arrivé loin derrière l'ancien président de la transition. Cette option a aussi la préférence de ceux qui espèrent voir émerger un quatrième homme, pouvant incarner un véritable renouveau.
A supposer que le gouvernement retienne la proposition de la CENI, le problème ne serait qu'à moitié réglé. Il faut environ un mois entre le vote et la promulgation des résultats, le temps que les originaux des procès-verbaux de chaque bureau parviennent au siège de la CENI, à Antananarivo. Puis un délai de quinze jours pour la tenue du second tour. Tout cela conduirait en pleine saison des pluies, avec des conditions d'accès aux bureaux de vote qui pourraient aisément être jugées inégales entre les 9,9  millions d'électeurs inscrits.
Le manque de financement pour déployer les 5 000  bureaux supplémentaires sur le territoire inquiète également la CENI. Un peu plus de la moitié seulement des 13  millions de dollars promis par les bailleurs étrangers pour le processus électoral ont été versés. " Madagascar traverse une crise préélectorale que nous faisons tout pour maîtriser. Mais nous avons aussi le devoir de veiller à ce que le résultat du scrutin soit incontestable, afin d'écarter tout risque de crise postélectorale. Seule une totale transparence peut nous en prémunir ", rappelle M. Rakotomanana. Les conditions sont encore loin d'être réunies pour cela.
Laurence Caramel
© Le Monde

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