Les choses étaient claires dès le départ. Interrogé en février 2017 dans Les Echos sur le fait de savoir si le niveau de la dette tricolore était un problème, le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron répondait : " La clé (…) est de pouvoir démontrer une baisse de nos dépenses courantes et une croissance dynamique. C'est (…) notre plan d'investissement (…) qui améliorera la soutenabilité de notre dette. "
Un an après l'entrée en fonctions d'Emmanuel Macron, le constat demeure : la réduction structurelle (hors conjoncture) de l'endettement du pays ne semble toujours pas constituer une priorité. Depuis un an, le président de la République s'est lancé dans les réformes censées dynamiser le marché du travail sans vraiment s'attaquer à la réduction des dépenses.
" Macron, les économies, ce n'est pas son sujet d'intérêt principal. Il est conscient du problème de la dette, mais il a d'autres équilibres à gérer. Il n'est pas “bercyen” là-dessus ", glisse un habitué des couloirs de Bruxelles, en référence à l'orthodoxie budgétaire du Trésor, la puissante administration gardienne du temple en la matière.
La baisse de la dépense publique a beau être le sujet brûlant du moment, le rapport des experts du Comité action publique 2022, censé donner les pistes de réforme de l'Etat, ne cesse d'être repoussé – il est désormais attendu pour la mi-juin. Pourtant, alors que la croissance reste modérée et l'inflation contenue, baisser la dépense constitue l'une des seules voies pour réduire durablement la dette française. Et jusqu'à présent, malgré les coupes claires dans plusieurs secteurs (logement, emplois aidés…), la dépense globale ne ralentit pas : en volume (hors inflation), elle a bondi de 1,5 % l'an dernier et devrait croître de 0,7 % cette année, alors que le chef de l'Etat s'était engagé à la stabiliser.
Sans indication claire du chef de l'Etat, les polémiques se multiplient à quelques semaines de l'envoi des lettres de cadrage budgétaire aux ministères pour la préparation du projet de loi de finances. Ces derniers jours, la question des aides sociales a contraint le premier ministre, Edouard Philippe, à s'exprimer, alors que la cacophonie enflait entre le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, et celui du budget, Gérald Darmanin, sur les économies à trouver. Le second
" a indiqué à juste titre que le foisonnement, la complexité des aides sociales pouvaient devenir un problème ", a réagi le premier ministre, mercredi 30 mai, à l'issue d'un séminaire gouvernemental où l'exigence de
" cohérence " au sein de l'exécutif a été rappelée.
Le flou sur le financement de la suppression de la taxe d'habitation pour 100 % des foyers, sortie du chapeau 2017, et plus récemment, les questions sur la prise en compte de la dette de la SNCF – même si l'Insee a confirmé, mercredi, qu'elle devrait peser sur la dette, mais pas sur le déficit – amplifient cette impression de confusion.
" Je ne sais pas comment ils vont boucler le budget 2019 ", lâche Valérie Rabault, présidente du groupe Nouvelle Gauche à l'Assemblée nationale.
La croissance, alliée versatileDurant la campagne présidentielle comme depuis un an, le chef de l'Etat s'est surtout focalisé sur la baisse du déficit public sous les 3 % du produit intérieur brut (PIB). A ses yeux, passer ce seuil symbolique constituait la condition sine qua non pour restaurer la crédibilité de la France vis-à-vis de ses voisins, Allemagne en tête, et être en position de négocier une intégration plus poussée de la zone euro. C'est chose faite : le déficit public a atteint 2,6 % du PIB et devrait atteindre 2,3 % cette année, permettant à la France de sortir de la procédure de déficit excessif.
Une victoire dont le gouvernement se félicite, mais qu'il doit en grande partie à une alliée aussi précieuse que versatile : la croissance. Le PIB a progressé de 2,2 % l'an dernier, près de deux fois plus vite qu'en 2016 (+ 1,2 %). De quoi gonfler les recettes fiscales, et permettre au président de se prévaloir de ses réussites sans aller beaucoup plus loin, alors qu'il est largement occupé à dérouler ses réformes économiques et sociales (assurance-chômage, formation, logement, ferroviaire…). Ainsi, le dynamisme de la croissance permet désormais de viser quatre points de baisse de la dépense publique (contre trois auparavant). Soit des économies de 100 milliards d'euros plutôt que de 80 milliards. De même, la dette publique s'est finalement élevée à 96,8 % du PIB en 2017, moins que les 97 % prévus par Bercy dans la feuille de route envoyée fin avril à Bruxelles. Et elle devrait fondre de huit points de PIB d'ici 2022, à 89,2 % du PIB, selon les mêmes projections de l'exécutif.
" Le gouvernement surfe sur la croissance. Mais il n'y a ni volonté ni programme de réduction des dépenses publiques, estime Eric Wœrth, ancien ministre du budget et président (LR) de la commission des finances de l'Assemblée.
Il serait indispensable de s'attaquer aux dépenses sociales et à la masse salariale - des fonctionnaires. -
C'est une énorme faille pour le jour où le cycle économique s'inversera. Abaisser la dépense publique, c'est être moins dépendant de la conjoncture, plus agile. " Un constat qui sonne comme un avertissement, alors que la crise italienne a fait grimper les taux d'intérêt et que la croissance économique tricolore s'est tassée au premier trimestre.
Pour autant, il n'y a pas nécessairement péril en la demeure.
" Pour le gouvernement, la réduction rapide de la dette n'est pas un totem. Réduire la dépense en 2020 seulement peut être efficace si l'économie va mieux à ce moment (chômage bas, retour de l'inflation) ", explique Mathieu Plane, économiste à l'OFCE.
La majorité, elle, est divisée.
" Il y a un sujet sur la dette. Et Macron ne suinte pas cette obsession ",s'agace un député LRM.
" La réduction de la dette tricolore doit être une priorité, pas une obsession ", rétorque Joël Giraud, le rapporteur de la commission des finances. Selon Philippe Martin, le patron du Conseil d'analyse économique, un think tank rattaché à Matignon qui faisait partie de l'équipe de campagne du chef de l'Etat,
" l'essentiel pour Emmanuel Macron a toujours été la réforme de l'économie française, à travers celles du marché du travail, de l'enseignement ou de la formation. Il pense que ce sont ces réformes, ainsi que celle de l'Etat, qui peuvent à terme doper la croissance et, donc, permettre de faire moins de dépense publique. Cela reste un pari ".
Audrey Tonnelier
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