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dimanche 3 juin 2018

La dette, ce fardeau qui pèse sur la suite du quinquennat


2 juin 2018

La dette, ce fardeau qui pèse sur la suite du quinquennat

Emmanuel Macron parie sur la croissance sans préciser où il veut faire des économies. Ce flou commence à créer de la cacophonie et des tensions entre les ministres

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Les choses étaient claires dès le départ. Interrogé en février  2017 dans Les Echos sur le fait de savoir si le niveau de la dette tricolore était un problème, le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron répondait : " La clé (…) est de pouvoir démontrer une baisse de nos dépenses courantes et une croissance dynamique. C'est (…) notre plan d'investissement (…) qui améliorera la soutenabilité de notre dette. "
Un an après l'entrée en fonctions d'Emmanuel Macron, le constat demeure : la réduction structurelle (hors conjoncture) de l'endettement du pays ne semble toujours pas constituer une priorité. Depuis un an, le président de la République s'est lancé dans les réformes censées dynamiser le marché du travail sans vraiment s'attaquer à la réduction des dépenses. " Macron, les économies, ce n'est pas son sujet d'intérêt principal. Il est conscient du problème de la dette, mais il a d'autres équilibres à gérer. Il n'est pas “bercyen” là-dessus ", glisse un habitué des couloirs de Bruxelles, en référence à l'orthodoxie budgétaire du Trésor, la puissante administration gardienne du temple en la matière.
La baisse de la dépense publique a beau être le sujet brûlant du moment, le rapport des experts du Comité action publique 2022, censé donner les pistes de réforme de l'Etat, ne cesse d'être repoussé – il est désormais attendu pour la mi-juin. Pourtant, alors que la croissance reste modérée et l'inflation contenue, baisser la dépense constitue l'une des seules voies pour réduire durablement la dette française. Et jusqu'à présent, malgré les coupes claires dans plusieurs secteurs (logement, emplois aidés…), la dépense globale ne ralentit pas : en volume (hors inflation), elle a bondi de 1,5  % l'an dernier et devrait croître de 0,7  % cette année, alors que le chef de l'Etat s'était engagé à la stabiliser.
Sans indication claire du chef de l'Etat, les polémiques se multiplient à quelques semaines de l'envoi des lettres de cadrage budgétaire aux ministères pour la préparation du projet de loi de finances. Ces derniers jours, la question des aides sociales a contraint le premier ministre, Edouard Philippe, à s'exprimer, alors que la cacophonie enflait entre le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, et celui du budget, Gérald Darmanin, sur les économies à trouver. Le second " a indiqué à juste titre que le foisonnement, la complexité des aides sociales pouvaient devenir un problème ", a réagi le premier ministre, mercredi 30  mai, à l'issue d'un séminaire gouvernemental où l'exigence de " cohérence " au sein de l'exécutif a été rappelée.
Le flou sur le financement de la suppression de la taxe d'habitation pour 100  % des foyers, sortie du chapeau 2017, et plus récemment, les questions sur la prise en compte de la dette de la SNCF – même si l'Insee a confirmé, mercredi, qu'elle devrait peser sur la dette, mais pas sur le déficit – amplifient cette impression de confusion. " Je ne sais pas comment ils vont boucler le budget 2019 ", lâche Valérie Rabault, présidente du groupe Nouvelle Gauche à l'Assemblée nationale.
La croissance, alliée versatileDurant la campagne présidentielle comme depuis un an, le chef de l'Etat s'est surtout focalisé sur la baisse du déficit public sous les 3  % du produit intérieur brut (PIB). A ses yeux, passer ce seuil symbolique constituait la condition sine qua non pour restaurer la crédibilité de la France vis-à-vis de ses voisins, Allemagne en tête, et être en position de négocier une intégration plus poussée de la zone euro. C'est chose faite : le déficit public a atteint 2,6  % du PIB et devrait atteindre 2,3  % cette année, permettant à la France de sortir de la procédure de déficit excessif.
Une victoire dont le gouvernement se félicite, mais qu'il doit en grande partie à une alliée aussi précieuse que versatile : la croissance. Le PIB a progressé de 2,2  % l'an dernier, près de deux fois plus vite qu'en  2016 (+ 1,2  %). De quoi gonfler les recettes fiscales, et permettre au président de se prévaloir de ses réussites sans aller beaucoup plus loin, alors qu'il est largement occupé à dérouler ses réformes économiques et sociales (assurance-chômage, formation, logement, ferroviaire…). Ainsi, le dynamisme de la croissance permet désormais de viser quatre points de baisse de la dépense publique (contre trois auparavant). Soit des économies de 100  milliards d'euros plutôt que de 80  milliards. De même, la dette publique s'est finalement élevée à 96,8  % du PIB en  2017, moins que les 97  % prévus par Bercy dans la feuille de route envoyée fin avril à Bruxelles. Et elle devrait fondre de huit points de PIB d'ici 2022, à 89,2  % du PIB, selon les mêmes projections de l'exécutif.
" Le gouvernement surfe sur la croissance. Mais il n'y a ni volonté ni programme de réduction des dépenses publiques, estime Eric Wœrth, ancien ministre du budget et président (LR) de la commission des finances de l'Assemblée. Il serait indispensable de s'attaquer aux dépenses sociales et à la masse salariale - des fonctionnaires. - C'est une énorme faille pour le jour où le cycle économique s'inversera. Abaisser la dépense publique, c'est être moins dépendant de la conjoncture, plus agile. " Un constat qui sonne comme un avertissement, alors que la crise italienne a fait grimper les taux d'intérêt et que la croissance économique tricolore s'est tassée au premier trimestre.
Pour autant, il n'y a pas nécessairement péril en la demeure. " Pour le gouvernement, la réduction rapide de la dette n'est pas un totem.  Réduire la dépense en  2020 seulement peut être efficace si l'économie va mieux à ce moment (chômage bas, retour de l'inflation) ", explique Mathieu Plane, économiste à l'OFCE.
La majorité, elle, est divisée. " Il y a un sujet sur la dette. Et Macron ne suinte pas cette obsession ",s'agace un député LRM. " La réduction de la dette tricolore doit être une priorité, pas une obsession ", rétorque Joël Giraud, le rapporteur de la commission des finances. Selon Philippe Martin, le patron du Conseil d'analyse économique, un think tank rattaché à Matignon qui faisait partie de l'équipe de campagne du chef de l'Etat, " l'essentiel pour Emmanuel Macron a toujours été la réforme de l'économie française, à travers celles du marché du travail, de l'enseignement ou de la formation. Il pense que ce sont ces réformes, ainsi que celle de l'Etat, qui peuvent à terme doper la croissance et, donc, permettre de faire moins de dépense publique. Cela reste un pari ".
Audrey Tonnelier
© Le Monde

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2 juin 2018

" Si vous voulez qu'on vous prête de l'argent, il faut inspirer confiance "

Jean-Yves Grenier, directeur d'études à l'EHESS, explique que la faible inflation et le chômage de masse créent un cercle vicieux

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Jean-Yves Grenier, directeur d'études au Centre de recherches historiques à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et professeur à l'Ecole polytechnique, revient sur les origines de l'endettement des pays occidentaux depuis la fin du Moyen Age.


Les Etats ont-ils toujours été endettés ?

Oui, historiquement, les Etats ont toujours été endettés. La spécificité de la dette publique, c'est qu'elle est reconnue par le successeur de celui qui l'a créée : elle est donc pérenne. Sous cette forme, elle apparaît à la fin du Moyen Age, dans les cités-Etat italiennes. Puis elle s'est développée, particulièrement en Europe.
Pour qu'il y ait dette publique, il faut un Etat suffisamment structuré. Mais il faut également un motif d'endettement. Et c'est la guerre qui, le plus souvent, produit la dette. Du XVIe au XVIIIe  siècle, les Etats européens, tous de taille et de force moyennes, sont en guerre permanente. Prenons l'exemple de Louis XIV. Son rêve, Montesquieu l'a bien montré dans ses Réflexions sur la monarchie universelle en Europe, c'est de reconstituer une monarchie dominant l'Europe, sur le modèle de l'Empire romain. Mais pour cela, il faut se battre. La vraie passion de Louis XIV, c'est la guerre. Et pour la financer, il doit s'endetter et une bonne partie de l'Europe avec lui.
L'Europe est un cas particulier. A la même époque, la Chine, par exemple, dispose également d'un Etat développé, mais elle évite de s'endetter. L'une des raisons, c'est qu'elle est un empire et que ses ennemis sont des nomades peu équipés. Les combattre ne nécessite donc pas de gros investissements. A l'exception notable de la Muraille de Chine. Mais il n'y a qu'une Muraille de Chine. En Europe, il y a alors des fortifications partout.
Autre exemple, l'Empire romain était peu endetté. Car son système fiscal était efficace, et il faisait en outre payer les vaincus. Au XIXe  siècle, les Etats-Unis recourent peu à la dette : jusqu'à la guerre de Sécession, les Etats fédérés sont très rétifs à l'idée que l'Etat central puisse emprunter.


Les Etats remboursent-ils toujours leurs dettes ?

Oui, dans la plupart des cas. Pour une raison simple : si vous voulez qu'on vous prête de l'argent, il faut inspirer confiance et donc rembourser ce que l'on doit. Les rois de France remboursaient leurs dettes, même s'ils trouvaient des aménagements, comme les banqueroutes partielles.


Mais il y a des exemples inverses. En  1917, les bolcheviques ont refusé de payer les dettes du tsar…

En effet, lors d'un changement de régime, il arrive que le nouveau pouvoir n'assume pas les responsabilités prises par son prédécesseur. Mais ce n'est pas toujours le cas. Pendant la Révolution française, les révolutionnaires ont repris les dettes de la monarchie. Ils ont cependant organisé une banqueroute partielle en  1797 en annulant les deux tiers de la dette publique.
La Révolution française est un bon exemple : l'endettement excessif peut provoquer des crises majeures. En  1788, plus de 50  % du budget de l'Etat était consacré au service de la dette, et 25  % à la guerre et aux colonies. Le roi n'a plus aucune marge de manœuvre. La critique autour de la dette, l'important débat sur la fiscalité, l'obligation pour la monarchie d'en appeler aux Etats généraux pour régler ce problème, tout cela a contribué au déclenchement de la Révolution. Au final, c'est surtout l'inflation, alimenté par la création massive d'assignats, qui viendra à bout de la dette de l'Ancien Régime.


L'inflation est-elle un bon moyen d'éliminer sa dette ?

Oui, en effet. Les guerres provoquent de l'endettement. Pour les financer, comme pendant la première guerre mondiale, les Etats vendent leur or et vivent à crédit. Mais la guerre produit également beaucoup d'inflation du fait de l'accumulation des déficits. Et l'inflation permet de se désendetter rapidement. C'est ce qui s'est passé en France et aux Etats-Unis après 1945  : la dette a fondu en quelques années. Et pendant les " trente glorieuses ", grâce à l'inflation et à la croissance forte, le problème a disparu.
Cela a tenu jusqu'à la fin des années 1970. Le point de bascule, c'est octobre  1979, quand Paul Volcker, patron de la Banque fédérale américaine, décide, en relevant fortement les taux d'intérêt, d'en finir avec l'inflation pour favoriser la financiarisation de l'économie et des marchés. C'est un remède de cheval qui produit des effets : on entre alors dans un monde sans inflation.


Dès lors, comment fait-on pour rembourser une dette qui, elle, ne cesse d'enfler ?

C'est tout le problème, car la disparition de l'inflation s'accompagne d'un affaiblissement de la croissance et d'un chômage de masse. Un cercle vicieux s'installe : on augmente les impôts pour rembourser la dette et, comme on augmente les impôts, on pèse sur la croissance. Il est aujourd'hui très difficile de savoir comment nous allons sortir de cette crise des dettes, car la croissance reste faible et l'inflation n'est plus là pour diminuer mécaniquement la dette publique.
propos recueillis par Benoît Floc'h
© Le Monde

2 juin 2018

Un endettement pas dangereux tant qu'il reste sous contrôle

La dette publique française pose de nombreuses questions

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La dette publique de la France est de 2 200  milliards d'euros, soit 97  % du produit intérieur brut (PIB), quasiment ce que le pays produit de richesses en un an. Un record inégalé depuis la seconde guerre mondiale.
Pourquoi avons-nous une dette aussi élevée ?C'est dans les années 1970 que la situation a commencé à se dégrader. La dette du pays représente alors moins de 20  % du PIB. Mais, dès 1975, la France est en déficit : l'Etat dépense davantage qu'il ne perçoit. Dès lors, l'effet est mécanique : pour faire face, il faut emprunter. La dette publique actuelle est en grande partie le fruit de l'accumulation de ces déficits depuis quarante ans. " Nous avons toujours eu un fort déficit public, note François Ecalle, ex-conseiller à la Cour des comptes, président de l'association Finances publiques et économie. Parce que nous avons laissé ce déficit augmenter dans les périodes de mauvaise conjoncture, ce qui est normal, sans le réduire suffisamment dans les périodes où la conjoncture était meilleure, ce qui est critiquable. "
A qui appartient la dette française ?Cela peut paraître étrange, mais l'Etat ne le sait pas avec précision. Les titres qu'il vend sont en effet revendus sur un " marché secondaire ", sans qu'il sache toujours qui en sont les bénéficiaires. Selon les estimations officielles, 55  % des obligations sont détenus par des investisseurs ne résidant pas en France, dont la moitié sont européens. Les 45  % restants constituent " un socle domestique solide ", estime Bercy. Il s'agit de compagnies d'assurances, de banques françaises et de la Banque de France, pour l'essentiel.
Est-ce grave d'être endetté ?En soi, non. Une dette publique maîtrisée peut être bénéfique, à la condition que les dépenses ainsi financées créent des richesses pour l'avenir. " La dette, c'est bien ", assurait le Nobel d'économie Paul Krugman en  2015, rappelant que " le gouvernement britannique est endetté depuis au moins trois siècles, une ère qui englobe la révolution industrielle, la victoire contre Napoléon et plus encore ". Pourquoi ? Notamment parce qu'" être endetté, c'est une façon de payer pour des choses utiles ", précise M.  Krugman.
Il n'est pas aussi dangereux d'être endetté pour un Etat que pour une famille ou une entreprise. Lui est éternel et il peut renouveler sa dette indéfiniment. Il est en outre difficile de déterminer à partir de quel moment cela devient problématique, car cela dépend de la santé économique du pays, de la bonne rentrée des impôts ou du poids des intérêts (" la charge de la dette ").
Un pays peut être très endetté, mais être considéré comme solvable. C'est le cas du Japon (dont la dette publique atteignait 250  % du PIB en  2016), des Etats-Unis (107  %) ou de l'Allemagne (68  %). Ce qui est dangereux, c'est quand la dette échappe au contrôle de l'Etat et que les créanciers n'ont plus confiance. C'est ce qui est arrivé à la Grèce en  2010. Dès lors, les taux d'intérêt flambent, la charge de la dette augmente, le déficit suit et la dette gonfle. " Les économistes parlent d'un “effet de boule de neige”, qui se transforme alors en “avalanche” ", précise M.  Ecalle.
Peut-on laisser filer sa dette ?Lors de l'adoption de l'euro, en  1992, l'endettement maximal autorisé par l'Union européenne a été fixé à 60  % du PIB. En France, la droite plaide qu'un Etat endetté n'a plus de marge de manœuvre et presse le gouvernement de réduire la dette en baissant les dépenses. A gauche, le ton est différent. " La dette, c'est de la rigolade ", avait déclaré Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle. Dénonçant " le chantage à la dette ", le président du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale rappelle qu'elle est peu de chose par rapport à la richesse du pays. Jean-Luc Mélenchon demande que la Banque centrale européenne rachète la dette des Etats dès leur émission, ce qu'elle ne peut juridiquement pas faire, quitte à ce que l'inflation apparaisse. Un certain nombre d'économistes de gauche conseillent, eux, de taxer le patrimoine.
La France pourrait-elle être en faillite ?Un Etat qui ne peut, ou ne veut, plus rembourser, cela arrive. L'Argentine, en  2001, la Grèce, en  2010… C'est, de fait, un bon moyen de se débarrasser du boulet. Mais c'est risqué : échaudés, les investisseurs désertent et l'Etat doit se débrouiller seul en réduisant ses dépenses ou en augmentant les impôts.
A Bercy, on estime que " faire défaut sur sa dette présente un -ensemble de conséquences négatives qui -dépassent le bénéfice -financier de court terme ". Pays où l'impôt rentre très bien, la France a la confiance des investisseurs et continue d'emprunter à des taux bas. " La France n'est certainement pas au bord de la faillite, confirme ainsi François  Ecalle. Mais cela pourrait arriver un jour. Il faut donc appliquer une sorte de principe de précaution en réduisant maintenant la dette publique. "
B. F.
© Le Monde

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