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samedi 2 juin 2018

HISTOIRE et MEMOIRE - Tandis qu'Hugo Chavez agonise


HISTOIRE et MEMOIRE

1er juin 2018

Tandis qu'Hugo Chavez agonise


Hugo Chavez à son retour de Cuba, le 14 août 2011, après avoir annoncé son cancer,
HO/AFP
Le Vénézuélien Alberto Barrera Tyszka a écrit " Les Derniers Jours du Commandant " alors même que la santé du " présidente ", et avec elle celle de son pays, déclinaient

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En annonçant à la télévision, le 30 juin 2011, depuis La  Havane, à Cuba, qu'il venait d'être opéré d'un cancer, le président vénézuélien Hugo Chavez (1954-2013) plongeait nombre de ses compatriotes dans le désarroi. Parmi eux se trouvait le romancier, journaliste et scénariste Alberto Barrera Tyszka. " Il y avait déjà des rumeurs, une certaine attente. L'image n'était pas très claire. Je me souviens avoir été surpris par sa maigreur. Il a fait quelque chose qu'il n'avait jamais fait : il a lu un premier message. Il ne s'est même pas offert le luxe d'improviser. C'était le premier signe de gravité. Le second : les mots “cellules cancérigènes” ", raconte-t-il au " Monde des livres ".
Si l'écrivain a été passablement perturbé, ce n'est pas par sympathie particulière envers le leader de son pays, auquel il avait consacré en  2005 une importante biographie (non traduite) ; issu d'une gauche profondément antimi-litariste, il confie ne s'être jamais identifié à cet homme et n'avoir jamais voté pour lui. Mais ce coup de théâtre dans la vie jusqu'ici parfaitement orchestrée du chef d'Etat allait finir par entrer en collision avec l'" agenda " littéraire d'Alberto Barrera Tyszka. A l'époque, ce dernier, déjà auteur d'une dizaine de livres, était à la moitié de son nouveau roman : une histoire sur la montée de la violence à Caracas, où une mère décidait d'enfermer sa fille de 10 ans pour la protéger du monde extérieur. L'état du Venezuela, vivant, totalement désemparé, au rythme de la publication des bulletins de santé de son dirigeant depuis 1999, allait profondément peser sur son travail, au point de complètement transformer ce récit initial – dont il a cependant gardé quelques éléments.
" A mesure que le temps passait, je me rendais compte qu'il y avait dans ces événements la possibilité de raconter la confusion dans laquelle vivait le pays. " En  2012, il lit dans le journal quelques lignes où un garde du corps de Chavez -confie que celui-ci souffre pendant ses séances de chimiothérapie : " La nouvelle la plus subversive de cette époque !, commente l'écrivain.  Le leader qui se présentait comme un mythe, qui se comparait à Bolivar et qui parlait depuis l'éternité, avait un corps. Et ce corps était malade. Et il le faisait souffrir. A partir de ce moment, mon écriture a commencé à s'ordonner d'une façon nouvelle. "
Alors qu'il s'était juré de ne plus s'étendre sur Chavez, dont il pensait ses concitoyens " intoxiqués ", le voici contraint de l'intégrer à son roman. Son principal souci : parler de la maladie – et de la mort  – du président avec le plus de respect possible, à la fois pour l'homme souffrant et pour ses partisans. Déjà très sensibilisé à ce thème, depuis que, dans une première vie, des études au séminaire jésuite l'ont mené à accompagner des malades du cancer, Alberto Barrera Tyszka avait consacré à la question un livre d'une remarquable subtilité (La Maladie, Gallimard, 2010).
C'est avec la même distance, et une grande rigueur factuelle dans la consignation des informations transmises par les médias de l'époque, qu'il évoque ici la santé du leader et sa détérioration. Ce  qui l'intéressait, précise-t-il, n'était pas tant l'affaiblissement de ce corps que les effets de celui-ci sur la population. Pour cela, le romancier a choisi de bâtir un roman choral, mettant en scène une poignée de personnages concernés à des degrés divers par la progression du mal : un oncologue, fraîchement retraité ; le neveu de celui-ci, un médecin lui aussi, faisant partie de la garde rapprochée de Chavez ; ou encore une jeune journaliste américaine, fascinée par la figure du presidente… Chacun à sa façon permet d'embrasser un aspect de ce que fut le -chavisme et la " pré-apocalypse " dans laquelle, selon l'auteur, cette politique a plongé le pays. La figure de Fredy, un journaliste au chômage, qui part à La  Havane pour trouver des informations sur la santé de Chavez, " était un moyen de parler des liens étroits entre le Venezuela et Cuba. L'île a envoyé 100 000 fonction-naires dans notre pays, qui sont les victimes d'un véritable esclavage -moderne, car ils sont payés une -misère ", souligne Tyszka, à titre d'exemple. Un autre personnage, la propriétaire d'un appartement qui, pour récupérer son bien loué à une famille, doit recruter des squatteuses chargées de faire partir les locataires, permettait d'illustrer les absurdités de la politique chavézienne en matière de propriété privée.
Scénariste de telenovelas, -Alberto Barrera Tyszka n'a pas hésité à recourir aux " trucs " de ce type de feuilletons : écriture rythmée, chapitres courts, épisodes à la fin ouverte sur un rebondissement ou une intrigue non résolue… Loin d'alourdir le propos, ceux-ci permettent de maintenir l'attention du lecteur et de faire comprendre les mécanismes par lesquels le charisme d'une figure comme celle de -Chavez a pu s'exercer sur ses partisans comme sur ses opposants : tant au Venezuela, où le livre, " bien accueilli ", n'a suscité " aucune réaction officielle ", qu'à l'étranger, où l'auteur peine à comprendre la fascination aveugle éprouvée par certains pour son ancien leader. Loin de tout manifeste politique, Les Derniers Jours du Commandant se lit plutôt comme le portrait convaincant d'un peuple que personne –  et surtout pas son maître – n'avait préparé à être orphelin.
Ariane Singer
© Le Monde



1er juin 2018

Dans le Venezuela transformé en salle d'attente

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A l'été 2012, tout juste revenu de Cuba, où le président vénézuélien Hugo Chavez (1954-2013) soigne son cancer, Vladimir, l'un de ses médecins, rend visite à son oncle Miguel Sanabria, un oncologue de Caracas qui vient de prendre sa retraite. Le jeune homme veut lui remettre une boîte au contenu ultra-confidentiel. Au même moment, Fredy Lecuna, journaliste au chômage, tente d'ignorer l'appel de sa propriétaire, une Vénézuélienne revenue de Miami, qui cherche à réintégrer son appartement. Tandis que la jeune -Maria se voit retirée de l'école par sa mère, angoissée par la violence qui a envahi les rues de la capitale, la reporter Madeleine Butler quitte les Etats-Unis pour aller enquêter sur Chavez, son idole.
C'est autour de ces personnages que s'articule Les Derniers Jours du Commandant : un palpitant roman choral qui met en parallèle la déliquescence du corps d'Hugo Chavez et la déchéance d'un pays en voie d'appauvrissement, le Venezuela.
Tissant des fils entre ces protagonistes, dont la vie est ébranlée par le -silence puis la mort de leur chef charismatique, Alberto Barrera Tyszka rend compte avec beaucoup de conviction du flottement d'un Etat transformé en immense " salle d'attente ". Entre chronique sur le vif d'une mort annoncée et récits de vies individuelles à la merci de chefs politiques pourtant librement choisis, ce roman à la construction brillante décrit avec panache les risques de glissement d'une société entière vers le chaos.
Ar. S.
© Le Monde

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