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samedi 2 juin 2018

L'autoconsommation électrique, un rêve accessible, mais risqué


1er juin 2018

L'autoconsommation électrique, un rêve accessible, mais risqué

20 000 Français produisent et consomment leur propre électricité à l'aide de panneaux solaires. Une révolution qui peine à décoller

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Quand on parle aux gens d'autoconsommation, la moitié pense qu'on leur parle des légumes de leur jardin ", plaisante Hervé-Matthieu Ricour, directeur de la branche commerciale d'Engie (ex-GDF Suez) en France. Alors que l'Allemagne compte 500 000  autoconsommateurs d'électricité, la France n'en dénombre qu'un peu plus de 20 000. Il faut ici faire une distinction : 350 000 particuliers disposent en France de panneaux solaires, mais la quasi-totalité ne consomme pas l'électricité produite. Elle est revendue au réseau, et ils sont ensuite rémunérés à un tarif décidé à l'avance.
C'est le cas de Frédéric Laudet, développeur informatique, qui a fait installer des panneaux photovoltaïques, il y a neuf ans, sur sa maison sise au sud de Montpellier. La production de la maison couvre environ 70  % à 75  % des dépenses d'électricité de la famille. Chaque année, en juin, Enedis (ex-ERDF) reverse 2 000  euros à M. Laudet, qui a rentabilisé son installation. " C'est l'équivalent d'un treizième mois, explique-t-il.Mais l'aspect financier n'était pas ma motivation. Mon rêve serait d'avoir une maison à énergie positive. "
C'est là que réside la différence : les autoconsommateurs produisent, mais consomment l'essentiel de leur production, avant de reverser le surplus d'électricité produite sur le réseau. La différence paraît mince, mais elle est fondamentale. " Cette électricité ne passe plus sur le réseau électrique. Je produis pour consommer, pas pour revendre ", détaille Nicolas Couderc, directeur France d'EDF énergies nouvelles.
La motivation principale de ces producteurs d'électricité d'un nouveau genre ? " Comme je ne suis pas convaincu par le nucléaire sur le long terme, il me paraît logique d'assumer les conséquences ", explique Thibaud L., de Nantes. Il en va de même pour Elisabeth G., d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) : " C'est notre petite participation au pot commun pour sortir du nucléaire. " " La principale motivation de nos clients n'est pas la rentabilité financière, ils le font avant tout pour devenir acteurs de la transition énergétique ", résume M. Couderc.
Concrètement, les offres chez les principaux fournisseurs oscillent entre 5 000  et 12 000 euros, selon la puissance installée, pour des panneaux garantis vingt ans.
Mais l'autoconsommation n'est pas simplement un chemin ensoleillé. Elle oblige à modifier ses pratiques, et ce, pour une raison évidente : l'essentiel de la production photovoltaïque a lieu pendant la journée, lorsque le soleil brille. Or la demande d'électricité pour la quasi-totalité des ménages se situe plutôt en fin de journée, après la tombée du jour. C'est d'autant plus vrai en hiver, où la demande de chauffage électrique est importante le soir.
Plus difficile encore : les autoconsommateurs injectent de l'électricité dans le réseau électrique alors qu'il n'y a pas nécessairement de besoin, et font, à l'inverse, appel à lui pendant les pics de demande, en même temps que les consommateurs traditionnels. Ce qui peut déstabiliser un réseau électrique qui n'a pas historiquement été conçu ainsi.
EconomiesComment faire face à ces limites ? Pour beaucoup, la clé consiste d'abord à réduire sa consommation d'énergie, puis à la déplacer dans la journée. " Il s'agit d'une réflexion globale sur notre maison d'habitation, dit Fabrice Blaizot, qui habite une vieille bâtisse en pierre du XIXe  siècle, dans l'Orne. Nous avons décidé de diminuer notre consommation énergétique, en l'isolant mieux, et nous avons optimisé les systèmes de chauffage. "
Le taux d'autoconsommation – la part de la production qui est consommée sur place instantanément – diffère forcément selon les usages. " Sans modification de comportement, on a des taux de 40 % à 60 % d'autoconsommation, évalue Nicolas Couderc, mais si le client adapte ses usages avec un boîtier intelligent, notamment les horaires de son ballon d'eau chaude ou de son lave-linge, on arrive à des taux de 70  % à 90  %. "
Dans ces conditions, quelle est la rentabilité de telles installations ? Une étude du cabinet SIA Partners, réalisée pour le compte de la filière, estime que la diminution des coûts du solaire et la hausse future du prix de l'électricité vont permettre un développement important de l'autoconsommation. Selon ce rapport, une installation de ce type pourrait permettre d'obtenir des économies dès la 13e année et de faire des économies de près de 20 % sur sa facture d'électricité, sur une période de vingt-cinq ans.
" Il y a beaucoup de critères, reconnaît Hervé-Matthieu Ricour, il faut être propriétaire d'une maison individuelle, avoir des toits propices, idéalement inclinés de 30 degrés…, on doit toujours effectuer un devis spécifique. " Selon les estimations, entre 500 000 et 1,5  million de maisons individuelles pourraient être concernées dans les prochaines années. Le réseau de transport d'électricité RTE estime même que 3,8  millions de foyers pourraient trouver un intérêt à l'autoconsommation d'ici à 2030.
Un optimisme mis en doute par les associations de consommateurs. Echaudée par l'essor des années 2000, où des installateurs peu scrupuleux promettaient des gains importants avant de disparaître dans la nature, l'UFC-Que choisir déconseille aux particuliers de se lancer dans l'autoconsommation. " Pour que ces offres soient rentables, le calcul doit être fait vraiment au plus juste ", détaille Nicolas Mouchnino, chargé de mission énergie chez UFC-Que choisir. " Il y a aussi un gros “warning” - attention ! - pour nous sur les pratiques des installateurs, les litiges sont nombreux. "
Un avis de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, paru en février, encourage le principe de l'autoconsommation, et insiste sur les bénéfices pour les entreprises et les collectivités. Il alerte également sur " le juste dimensionnement de l'installation " pour les particuliers.
Nabil Wakim
© Le Monde



1er juin 2018

Dans l'Aude, une centrale photovoltaïque financée et gérée par les habitants

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À Luc-sur-Aude(Aude), dans la garrigue d'Occitanie, le soleil brille pour tout le monde, mais, surtout, il appartient à chacun. Depuis décembre  2017, une centrale photovoltaïque, financée et gérée par les habitants, fonctionne. Sis dans un sous-bois de pins, à 800 mètres de ce village de 220 habitants, 1,2,3 Soleil est le premier parc solaire citoyen français construit grâce au financement participatif : 286  particuliers, résidents du village ou des alentours, ont investi dans la centrale qui produira 320 000  kilowattheures par an, soit la consommation (hors chauffage) des Lucois.
" Le parc a été conçu pour nos besoins, explique le maire (sans étiquette), Jean-Claude Pons. L'objectif n'est pas de produire de l'énergie pour la vendre à d'autres, mais d'assurer notre autonomie énergétique, de manière propre et locale. " Le courant produit par les panneaux solaires du parc est revendu à Enercoop, un fournisseur coopératif spécialisé dans les énergies renouvelables. Mais le village étant le premier sur la ligne de distribution, l'essentiel de l'électricité fournie par la centrale solaire est consommé sur place.
Avant de se faire une place au soleil, le projet a nécessité de la patience : huit ans de travail pour le maire, agriculteur bio dans le civil. Une fois les panneaux, ondulateurs, transformateurs et autres câbles installés grâce à l'expertise technique de l'entreprise partenaire Soleil du Midi, l'installation doit être raccordée au réseau d'Enedis, ex-ERDF. Un casse-tête qui a bien failli faire échouer le projet, en raison du monopole de l'entreprise, seule habilitée à réaliser toutes les interventions techniques (raccordement, dépannage, relevé des compteurs…).
" Nous avions évalué notre budget sur la base d'un devis fait par un sous-traitant trois fois moins cher que celui d'Enedis. Cela a été la douche froide ", se rappelle Georges Mounier, consultant dans la filière bio, qui, avec sa compagne, a été l'un des premiers habitants du département à croire et à investir dans le projet. Pendant un an, la municipalité essaie de trouver une solution pour faire baisser le prix, en proposant de creuser les tranchées. " La seule réponse d'Enedis, c'était : “impossible” ", raconte Jean-Claude Pons. Le rachat par la municipalité d'un terrain plus proche du futur parc, qui permet de diminuer la distance de raccordement et, donc, la facture, débloque la situation.
275 000  euros récoltésDu côté des citoyens, l'adhésion s'est faite facilement, grâce à un travail d'animation et de sensibilisation. A la demande de la mairie, une sociologue a été mandatée pour recueillir les attentes et les réticences de la population. " Nous avons pris conscience d'appréhensions auxquelles nous n'aurions pas pensé, se rappelle l'édile. Certains s'inquiétaient de l'incidence du parc sur les zones de captage des eaux de pluie et craignaient que les panneaux nuisent à l'irrigation. " Brochures, réunions publiques, porte-à-porte contribuent à l'implication des Lucois. En moins de trois semaines, 275 000  euros sont récoltés par le biais de la plate-forme de financement participatif Enerfip, consacrée à la transition énergétique. L'apport de 100 000  euros par la région Occitanie achève de boucler le budget.
Un quart des habitants du village sont actionnaires. Le reste habite dans les communes environnantes. Agriculteurs, retraités, artisans, salariés… La plupart des souscripteurs ont investi entre 100 et 500  euros pour " leur électricité ". Quelques gros contributeurs sont allés au-delà de quelques milliers d'euros.
" La motivation principale est d'agir concrètement pour l'environnement, explique Georges Mounier, président bénévole de la société d'exploitation citoyenne 1,2,3 Soleil. C'est aussi l'occasion d'investir dans une épargne éthique, avec un taux de rendement - autour de 5  %, selon les projections - supérieur à celui d'un compte d'épargne. " Ces nouveaux producteurs citoyens ne sont pas les seuls à avoir envie de se réapproprier leur électricité. Les projets fleurissent, comme à Aubais, dans le Gard, ou Marmagne, dans le Cher. Sous le soleil exactement.
Catherine Rollot
© Le Monde

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