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vendredi 30 janvier 2026

Marianne - La « génération 21 avril 2002 », un théâtre antifasciste menacé de faillite par Hadrien Mathoux - Vendredi 30 janvier 2026

 

 
Hadrien Mathoux
 
 

Hadrien Mathoux

Directeur adjoint de la rédaction

 

 
La « génération 21 avril 2002 », un


 théâtre antifasciste menacé de



 faillite 

Pourquoi décide-t-on de s'engager en politique ? Souvent parce qu'on y est incité par le fracas de l'histoire. Les républicains de la fin du XIXe siècle étaient des traumatisés du coup d'Etat de Napoléon III. Les pacifistes des années 30, du carnage de la Grande Guerre. Les stalinistes, trotskistes et autres maoïstes furent mus par le rêve d'une grande révolution prolétarienne. Les événements de Mai 68 ont accouché de profils très divers, de l'extrême-gauche tendance anar' au libéral-libertaire le plus échevelé… 

Quid de nos politiques d'aujourd'hui ? Une date qui s'impose incontestablement comme le déclencheur ultime d'engagement pour la majeure partie des politiques nés entre la fin des années 1970 et le début des années 1990 : le 21 avril 2002, qui a vu Jean-Marie Le Pen se qualifier pour le second tour de la présidentielle à la surprise générale. Combien de fois n'a-t-on pas entendu une tête d'affiche déclarer doctement qu'il avait décidé d'entrer en politique dans le sillage des cortèges du « no pasaran », jurant de tout faire pour que le pire n'advienne plus jamais ? 

Avec le recul, la posture a de quoi faire sourire. Battu avec seulement 17,79% des voix, Jean-Marie Le Pen n'avait pas vraiment les moyens de ressusciter le régime de Vichy. Les manifestants d'avril 2002 aimaient à se voir comme des Jean Moulin du XXIe siècle, se dressant contre la « bête immonde » avec le courage de leurs glorieux ancêtres. C'était oublier qu'ils combattaient des fantômes, l'hydre fasciste ayant été pulvérisée depuis plusieurs décennies. Nul n'a été plus lucide que Lionel Jospin, principale victime du 21 avril, qui a déclaré 5 ans après son retrait de la vie politique que « tout antifascisme était du théâtre, [qu'il] n'y a jamais eu de menace fasciste ». 

Surtout, il convient de dresser le bilan calamiteux de cette « génération 21 avril 2002 ». Elle s'est engagée pour détruire le Front national : en vingt ans, son héritier, le Rassemblement national, est devenu le premier parti de France, ses représentants se qualifient systématiquement pour le second tour de la présidentielle et semblent proches de prendre le pouvoir. Beau résultat ! 

En présentant le combat politique comme une lutte entre les gentils et les méchants, les cadres de la gauche et du centre se sont tenus bien au chaud, persuadés de leur propre supériorité morale. Ce faisant, ils ont oublié de traiter les maux profonds de la société française : ravages de la mondialisation, emprise du néolibéralisme, désagrégation des principes républicains… et montée des tensions identitaires, soigneusement rangées sous le tapis et qualifiées de « paniques morales » forcément suspectes. Pourtant, l'inquiétude de voir la culture de son pays s'effacer, qui n'est pas à confondre avec la haine raciste, est tout à fait légitime. En l'assimilant au retour du fascisme, la « génération 21 avril 2002 » a préparé le triomphe de ses pires ennemis
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Twitter @hadrienmathoux
 
 
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