Le feu du trumpisme
Nous aurions bien tort de nous accoutumer aux facéties et aux médiocres soliloques de l’autoproclamé shérif du monde.
Après avoir transformé le forum économique de Davos en oasis trumpienne, le matamore de la Maison Blanche y est venu jouer - après la publication du document de sécurité nationale des États-Unis - un inquiétant monologue dans la suite du rapt du président du Venezuela, des chasses aux migrants et des crimes de sa police de l’immigration à Minneapolis, des expulsions illégales, de la répression des militants de gauche et progressistes, et de son combat contre la science et tous les contres pouvoirs.
Aucun compte ne lui a été demandé sur ces turpitudes qui constituent pourtant -rien de moins -que la violation de la charte de l’ONU, de la déclaration des droits de l’homme de 1948 et de la convention internationale sur la protection des travailleurs migrants et de leurs familles.
Davos : un cran de plus. En annexant le forum de Davos, présidé par son ami Larry Fink, grand patron du fonds financier BlackRock, Trump a fait franchir, devant ce cénacle des cotisants du capitalisme mondial, une nouvelle étape à la tempête ultra-réactionnaire qu’il souffle sur le monde. Ses tissus de mensonges sur les États-Unis qu’ils considèrent comme sa propriété privée, sur les travailleurs et citoyens américains qu’il traitent comme ses employés, et sur lui-même qui se perçoit comme le roi soleil du monde doivent être déchirés avec plus de pugnacité et de force. C’est ce que commence à faire un mouvement social et populaire aux Etats-Unis. Nous devons nous donner la force de le soutenir.
Il n’est pas ici question de nier les petits cailloux et les barrages de palabres mis devant lui depuis quelques semaines. L’attitude des chefs d’État et de gouvernement - dont E. Macron et le premier ministre Canadien M Carney - qui ont tenté de tenir tête au discours trumpien doivent être plutôt soutenus et encouragés.
A qui parlent-ils à Davos. Cependant, Davos n’est pas l'ONU. S’exprimer à Davos n’est pas s’adresser aux peuples. C’est parler bien au chaud à une caste de 1700 dirigeants et propriétaires d’entreprises. Autrement dit, la fine fleur du capital international gavée aux taux de profit et droguée aux dividendes contre les travailleurs.
On ne saurait donc confondre les intérêts de classe de ce petit club des grandes fortunes et possédants avec ceux des peuples. Cependant, le début de crise ouverte survenue entre les représentants du capital européen et du Canada avec l’administration américaine lors du rassemblement de l’élite du capitalisme mondial n’est pas anodin. Il met en lumière la profonde crise qui secoue l’ensemble de cet ordre international. Il avive les plaies que portent les guerres intra-capitalistes.
Trump chamboule tout en affirmant la suprématie du capitalisme nord-américain et son stade suprême l’impérialisme sur le capital européen. Il s’est déplacé dans la station de ski des Alpes suisses avec la moitié de son gouvernement, des fonds financiers, les seigneurs de la Tech dont E. Musk pour bien faire comprendre le sens de la profonde mutation génétique qu’il impose au monde capitaliste dans son ensemble.. Les travailleuses et les travailleurs, les peuples ne peuvent rester spectateur ou juge de ce violent combat au sein du capitalisme lui-même.
Là est la limite des discours de Macron et de Carney : Il continue d’approuver le double standards dans les relations internationales et au nom de la défense de leur « capitalisme national » applique les mêmes politiques austéritaires, militarisée et favorable au capital sous formes de réductions des prélèvements sur les profits, attaquent les systèmes de protection sociale et les services publics.
Le choix n’est donc pas entre la poursuite de l’actuelle chemin avec ses politique ultra-libérale en échec ou - au nom de la colère contre ce système - se ranger derrière les apôtres de Trump.
Ceux-ci appellent à accepter le « gouvernement propriétaire » et des « cités-états hyper rentables » au Groenland, à Gaza ou dans la partition de la Syrie et de l’Iran. Ils imaginent aussi la « république des technologies » qui veut que définitivement les entreprises privées deviennent les outils de gestion des sociétés humaine au nom d’une « légitimité démocratique » secondaire lorsque la sécurité et le leadership technologique mondial sont en jeu. Autrement dit, la marche en avant vers la dictature fascisante. A celles et ceux qui disent qu’on n’a pas essayé, nous ne pouvons que conseiller d’écarquiller les yeux : nous y entrons ! Ce n’est pas la défense du néolibéralisme en échec qui permettra de l’éviter mais la recherche d’un processus communiste de transformation structurel faisant des êtres humains, de leurs droits, de leur liberté, de l’égalité et de leur environnement la seule priorité.
Trump a décrit le sens de la rupture définitive entre l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale au profit d’une pratique toujours plus brutale du nouvel impérialisme étasunien : la révocation de la diplomatie au profit de l’imposition de sa volonté nationaliste et du principe de la force.
Jusque-là, dans ces enceintes policées, les grands hommes en costume trois pièces et chaussures vernis louaient les mots « démocratie », « multilatéralisme réglementé », « concurrence libre » « économie de marché » pour habiller l’exploitation et la domination des possédants.
La politique de la soumission permanente. Au nom de l’impérium Trump, jette tout ceci par-dessus bord pour leur demander de se soumettre - eux aussi - au grand capital nord-américain. Les droits de douane deviennent des armes de soumission politique, la politique monétaire est décidée par lui avec l’organisation de la chute de la valeur du dollar pour pouvoir nous exporter les marchandises américaines et mettre à genoux notre tissus productif et il compte régenter les relations internationales dans un ubuesque « conseil de la paix ».
Une nouvelle fois, les nations européennes ont été dépeintes comme « méconnaissables », parce que le mouvement des peuples y a contraint leurs pouvoirs à la décolonisation et à l’acceptation de conquis sociaux et démocratiques qu’il faut détruire plus vite, et parce qu’elle achèterait « des éoliennes » à la Chine.
Ajouté à ses besoins de « sécurité nationale, » cela donnerait à Trump le droit tout à la fois de déverser sur l’Europe ses productions militaires, pharmaceutiques et numériques, d’acquérir le Groenland, de pousser à la direction des pays européens ses amis d’extrême droite, tout en reléguant le Vieux continent au rang de province d’un empire revendiquant désormais son caractère exceptionnel.
Le projet est d’autant plus facilité que la nature même de l’actuelle construction européenne vassalisée, insérée dans l’alliance militaire de l’OTAN ; dépouillée de ses atouts industriels ; dont l’épargne populaire est aspirée pour financer les conglomérats nord-américains ; l’interdépendance dans les secteurs du numérique, de la pharmacie, du transport maritime, du militaire organisé par le capital européen touchant jusque-là quelques dividendes en saccageant nos territoires et en jetant les travailleuses et les travailleurs hors du salariat et du travail. Ces mêmes dirigeants des plus grandes firmes capitalistes ne perdent jamais une occasion de vanter le modèle trumpien qui finira par les engloutir.
De l’Arctique au Proche-Orient, de l’Amérique Latine jusqu’aux espaces canadiens, la Maison Blanche nourrit la possibilité concrète de redessiner les frontières, non pas par des négociations diplomatiques, mais en brandissant la menace de la contrainte économique et de la force militaire. Les nouveaux besoins du capitalisme financier, numérique et militaire, des secteurs de l’automobile et de l’énergie, s’ajoutent à leur obsédant projet de « contenir la Chine ». C’est le sens de l’antidémocratique « conseil de la paix »
S’appuyer sur le droit et l’ONU. À l’Organisation des Nations Unies, tous les pays du monde sont représentés et chaque nation, qu’elle soit riche ou pauvre, dispose d’une voix, le secrétaire général est élu par l’assemblée générale. Au « conseil de la paix, » c’est un directoire restreint du monde réunissant une soixantaine de pays, non réputés pour être des modèles de démocratie qui font la nouvelle loi : celle du plus fort. Les gouvernements qui verseront 1 milliard de dollars auront droit à un siège permanent dans une assemblée dont Trump serait le président à vie. L’objectif fondamental est de faire fonctionner les relations internationales à partir de la loi du plus fort, et non plus selon les règles du droit international. Laisser faire revient à se condamner à glisser vers un système mondial dictatorial, militarisé et guerrier.
Pour une assemblée générale extraordinaire de l’ONU. Face au danger, « Nous les peuples… » devrions demander à nos gouvernements de convoquer de manière expresse une Assemblée générale extraordinaire des Nations unies. Celle-ci devrait être retransmise sur les chaînes de télévision du monde avec pour ordre du jour une discussion approfondie sur la situation du monde, sur les moyens de mettre fin aux guerres et aux conflits, sur l’examen de projets de construction de sécurité commune, sur le respect des droits humains, de la démocratie et de la Charte de l’ONU. Les associations, organisations non gouvernementales, syndicats devraient pouvoir y être entendus. Il s’agirait d’une initiative démocratique visant à mobiliser les peuples contre les terribles bascules fascisantes qui pointent. C’est dans ce lieu que les chefs d’État et de gouvernement doivent parler devant les citoyens du monde et non au Forum de Davos où l’on ne discute que des intérêts de la petite caste des possédants qui pille les richesses produites par le travail et la nature. Il y a urgence à militer pour que l’ONU, avec ses limites et imperfections, reste le cadre interétatique des discussions où se jouent l’avenir de milliards d’êtres humains, celui du climat comme de la biodiversité et de la paix à conquérir.
Attention : le brun s’étale. L’urgence humaine est d’autant plus pressante que Trump n’est pas un soliste égaré. Il est à la tête d’une armada de laboratoires expérimentant des politiques nationalistes, des économistes, des juristes spécialisés dans la sécurité, des militaires dévoués, des ingénieurs en infrastructures nouvelles, des nouveaux seigneurs du numérique formant l'avant-garde opérationnelle de la reconfiguration impériale. Ceux-ci ont leurs succursales sur le territoire européen et sont très actifs. Pour eux, la coopération, la politique, la diplomatie, la démocratie, la science, la culture, l’altérité ne sont que des mots, mais surtout des maux.
Les infrastructures du capitalisme tel qu’il se déployait jusque-là ne leur sont plus suffisantes : les algorithmes qui optimisent les chaînes de valeur mondiales ont vocation à se transformer en logiciels pour le renseignement, la surveillance de masse, la manipulation, la désinformation et la guerre cybernétique, les crypto monnaies deviennent une arme géopolitique, l’automatisation, un accélérateur des déshumanisations et de délocalisations ou de relocalisations égoïstes.
Les entrepreneurs du numérique qui ont fait croire à la mise en réseau d’amitiés sur la planète sont la nouvelle aristocratie de ce nouveau cycle impérial où, en amont, ils pillent le travail et les minerais rares de nouvelles colonies, au milieu ils développent un nouveau prolétariat du clic et, en aval, mènent la guerre de captage des données pour leurs réseaux, pour l’intelligence artificielle ou pour contrôler des satellites dans le ciel de la Terre. Jusque-là, l’hégémonie impériale se couvrait en associant pouvoir économique, pouvoir politique, pouvoir militaire. Le nouvel empire despotique en construction concentre d’incommensurables efforts sur l’armement et appelle à passer à une « économie de guerre » dirigée par le pouvoir politique et militaire.
Le rejet de « l’État constitutionnel » et de la pluralité de pouvoirs et de contre-pouvoirs est à l’œuvre comme on le voit avec les attaques contre les médias, les agences administratives, la justice et diverses institutions au service d’un État impartial.
Les gesticulations, les discours confus, dépourvus de vocabulaire du président des États-Unis ne peuvent être traités comme on l’entend trop, à partir de sa santé mentale. Il s’agit d’un projet politique qui porte en lui le fascisme. Il a des implications sur nos vies, sur l’information, sur la délibération publique. Il est urgent de réagir en construisant un front démocratique et progressiste et une unité populaire pour jeter les bases d’un anticapitalisme et d’un anti-impérialisme conséquents. Version du 29 janvier 2026. |
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