Estimant que la propension des femmes à se marier et à avoir des enfants constituait un préjudice pour le bon fonctionnement des hôpitaux, l'université de médecine de Tokyo (TMU) a discrètement fixé un numerus clausus à leur admission dans ses amphithéâtres. Depuis 2011, l'établissement privé fait tout pour éviter d'avoir plus de 30 % d'étudiantes reçues à son examen d'entrée. En 2018, le taux de réussite fut de 8,8 % pour les garçons et de 2,9 % pour les filles.
Révélée jeudi 2 août par le quotidien
Yomiuri,
l'affaire a incité une centaine de femmes à se rassembler, vendredi, devant la TMU pour appeler à la fin des discriminations.
" Des portes se ferment devant nous simplement parce que nous sommes des femmes. Nous ne devrions pas laisser les jeunes générations vivre une expérience aussi traumatisante ", a tweeté Minori Kitahara, écrivaine et militante féministe présente au rassemblement.
Le choix du numerus clausus de la TMU serait lié au fait que
" de nombreuses étudiantes qui obtiennent leur diplôme finissent par quitter les services médicaux pour se marier, accoucher et élever leurs enfants, ce qui pose des problèmes dans les hôpitaux ", a expliqué au
Yomiuri une source de l'université. La décision d'imposer un quota aurait été prise après les examens de 2010. Cette année-là, 40 % des admis étaient des admises.
" En général, les candidates sont meilleures que les candidats. Si les examens étaient menés normalement, les filles seraient plus nombreuses à le réussir ", a ajouté la source.
Une affaire du plus mauvais effetSeuls 20,3 % des médecins sont des femmes au Japon, une proportion qui classe le pays dernier de l'OCDE où la moyenne de doctoresses est de 46,1 %. Dans un Tweet le 2 août, l'ambassade de France a rappelé qu'en France,
" les femmes représentaient en 2016 64,1 % des étudiantes dans les filières médicales contre 57,7 % en 2000. La parité chez les médecins devrait être atteinte en 2021 ". Et de lancer cette invitation :
" N'hésitez pas à choisir la France pour vos études. "
L'affaire est du plus mauvais effet alors que le premier ministre, Shinzo Abe, dit vouloir que
" les femmes brillent " dans les entreprises comme dans les administrations. Le ministre de l'éducation, Yoshimasa Hayashi, a qualifié la politique de la TMU de
" tout simplement inacceptable ", mais son ministère rappelle que les universités ont le droit de fixer des quotas d'admission à condition que la mesure soit clairement stipulée avant les examens.
Et les discriminations envers les femmes restent élevées dans le monde du travail. En avril, une employée de crèche de Nagoya (centre) avait dû s'excuser pour être tombée enceinte sans
" attendre son tour ". La direction avait imposé un ordre pour les grossesses de ses salariées, justifiant cette politique par la difficulté de recruter du personnel compétent pour compenser les absences. Citée en mai par le quotidien
Mainichi, une employée de 26 ans du secteur des cosmétiques expliquait avoir reçu un document détaillant les calendriers pour les grossesses et les congés maternité, assorti d'un avertissement :
" Tout comportement égoïste sera passible de sanctions. "
Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)
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