Translate

lundi 6 août 2018

Le sulfureux bitcoin fête ses dix ans

 
5 août 2018

Le sulfureux bitcoin fête ses dix ans

Outil de trafic pour les uns, révolution pour les autres, la cryptodevise suscite des opinions contrastées

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
A première vue, la proposition a tout de l'affaire du siècle. Sur sa page d'accueil, le site HoweyCoins.com, spécialisé dans le tourisme, propose un rendement juteux à ceux qui investissent dans sa monnaie virtuelle. Le business plan est détaillé ; l'équipe de direction présente bien. Quelques célébrités -témoignent de leur enthousiasme pour le projet.
Cependant, lorsqu'il clique sur le bouton " acheter ", le chaland ainsi appâté est redirigé vers… le site de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, où s'affiche ce message : " Si vous répondez à une offre comme celle-ci, vous pourriez vous faire escroquer. HoweyCoins n'existe pas ! " Afin de sensibiliser le public aux fausses promesses de certaines cryptomonnaies, la SEC a monté sa propre arnaque. Depuis quelque temps, prévient-elle, " la fraude est devenue si facile "
Outil de trafics en tout genre pour les uns, révolution technologique pour les autres, le bitcoin, reine des cryptomonnaies, s'apprête à souffler ses dix bougies. Le 19  août 2008, son créateur, dissimulé derrière le pseudonyme Satoshi Nakamoto, réservait le nom de domaine -bitcoin.org, avant de développer son invention sur la Toile. " D'abord prisé par quelques cercles d'initiés, il a peu à peu fait son entrée dans la finance et auprès du grand public, avant de connaître un emballement fin 2017 ", rappelle le journaliste Stéphane Loignon, auteur de l'essai Big Bang Blockchain, la seconde révolution d'Internet (Tallandier, 2017).
" Innombrables possibilités "" Un écosystème de start-up s'est développé autour, mais pas seulement. Il existe aujourd'hui plus de 1 000 autres cryptodevises ", précisent Martin Della Chiesa, François Hiault et Clément Tequi, du cabinet de conseil Accuracy. En juin, la capitalisation du bitcoin atteignait les 109  milliards d'euros et celle de l'ether, la deuxième plus grosse cryptomonnaie, 50  milliards d'euros. Et, consécration, vendredi 3 août, la maison mère du New York Stock Exchange (NYSE) a annoncé le lancement d'une plate-forme spécialisée dans les cryptodevises.
Tenter de comprendre le fonctionnement de ces technologies offre la garantie d'une bonne migraine. L'émission du bitcoin n'est contrôlée par personne – ni Etat ni banque centrale –, mais dépend d'un algorithme informatique reposant sur la blockchain, une chaîne de transactions cryptées et décentralisées recensant tous les échanges de bitcoin réalisés depuis sa création. Les nouveaux bitcoins sont émis pour récompenser les passionnés d'informatique – les " mineurs " – mettant leur ordinateur au service du réseau pour effectuer les calculs (très gourmands en électricité) constituant la blockchain.
Celle-ci est inviolable, puisqu'il faudrait intervenir sur tous les ordinateurs simultanément pour la modifier. Les bitcoins, eux, peuvent être stockés sur l'équivalent d'une clé USB, ou sur une plate-forme spécifique en ligne – où ils ne sont pas à l'abri des vols.
Jusqu'ici, le bitcoin affiche un cours trop volatil – il a culminé à plus de 15 000  euros mi-décembre avant de replonger brutalement – pour être utilisé comme une véritable monnaie. " Mais la blockchain sur laquelle il repose est un outil prometteur, offrant d'innombrables possibilités d'application ", relève M.  Loignon.
Grâce à elle, il est possible de crypter, d'échanger et de valider des données sans intermédiaire. Certaines blockchains inspirées de celles de Satoshi Nakamoto permettent de tracer des denrées alimentaires du producteur au consommateur. D'autres, d'effectuer des transferts d'argent plus rapidement que par le système financier classique, ou de certifier des contrats sans l'aide d'un notaire.
Manque de maturitéAmazon, Microsoft, IBM et Google développent ainsi la blockchain pour certains de leurs services. Le canton de Genève l'expérimente pour piloter son registre de commerce. La Banque de France teste le système avec quelques établissements pour gérer les numéros utilisés par les entreprises prélevant directement leurs clients (les " identifiants créancier SEPA "). Moins frileuse que d'autres banques d'investissement, Goldman Sachs va se lancer dans le courtage de produits financiers liés au bitcoin. Et l'on ne compte plus les start-up levant des millions de dollars par le biais des cryptomonnaies (les " ICO ", pour " Initial Coin Offering ")…
Difficile, dans cette profusion un peu chaotique, de distinguer les innovations réellement prometteuses de celles qui feront un flop, ruinant au passage une myriade d'investisseurs. " Cela rappelle un peu la bulle des valeurs technologiques, en  2001, lorsque des start-up Internet pas toujours solides levaient des sommes folles ", remarque Ludovic Desmedt, économiste à l'université de Bourgogne. De l'aveu même des personnes concernées, le secteur manque de maturité. " On voit encore des arnaques. C'est le début, mais le marché s'autorégule à mesure que de grands acteurs y entrent ", note Claire Balva, de Blockchain Partner, une start-up qui accompagne les entreprises souhaitant expérimenter la blockchain.
Pour l'instant, aucune de ces applications n'est assez simple pour se diffuser largement parmi le grand public. L'une d'entre elles bouleversera peut-être un jour notre quotidien. Mais un autre scénario est possible. Celui où des acteurs – des nouveaux venus ou les banques traditionnelles – concentreraient progressivement la technologie et ses usages, un peu comme les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) avec Internet. On serait alors bien loin de l'esprit libertarien et décentralisé dont rêvait Satoshi Nakamoto.
En attendant, les régulateurs financiers se penchent sur le sujet. Cryptoactifs, monnaie privée, placement ou nouvelle technologie : ils sont encore désarmés face à la nature hybride du bitcoin et de ses petits frères. " Une réglementation directe n'est pas souhaitable, car elle obligerait à définir, classer et donc rigidifier des objets essentiellement mouvants et encore non identifiés ", soulignait début juillet un rapport commandé par Bercy à Jean-Pierre Landau, un ancien sous-gouverneur de la Banque de France.
Celui-ci incite néanmoins l'Etat à agir pour protéger l'épargne et limiter les risques de contagion. Par exemple, en bâtissant un agrément européen pour les plates-formes en ligne permettant d'échanger des cryptomonnaies. Et en resserrant la prévention, afin d'éviter des escroqueries à la HoweyCoins…
Marie Charrel
© Le Monde

5 août 2018

Près de Nantes, des ordinateurs spécialisés " minent " du bitcoin

Dans une ancienne usine Alcatel, des centaines de machines réalisent les calculs indispensables au fonctionnement de la monnaie électronique

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Des centaines de machines noires et blanches, grandes comme des boîtes à chaussures, s'alignent sur des étagères en acier encombrées de fils. Des voyants clignotent sur les coffrets où vrombissent de petits ventilateurs. D'un côté, ils aspirent l'air frais acheminé par d'imposantes colonnes. De l'autre, ils recrachent une brise brûlante (45 0C), évacuée vers une trappe au plafond grâce à un système de bâches et de panneaux.
" C'est essentiel pour éviter la surchauffe des puces ", précise Sébastien Gouspillou, cofondateur de la société Bigblock Datacenter, située à Orvault (Loire-Atlantique), près de Nantes. Le vacarme des ventilateurs est tel que ses paroles sont à peine audibles. " Là-bas, près de l'onduleur, nous avons aussi des armoires de climatisation ", ajoute-t-il en désignant un immense placard gris. Et ce n'est rien à côté de la salle suivante, où tournent des dizaines d'autres machines, truffées de processeurs et de cartes graphiques.
Ces ordinateurs spécialisés  ont une fonction très précise : ils " minent " des cryptomonnaies, en particulier du bitcoin. Dans le détail, ils effectuent les calculs permettant de valider les transactions en bitcoin effectuées partout dans le monde, et de les inscrire dans la " blockchain ", l'équivalent d'un immense livre de comptes crypté et décentralisé. Chaque calcul accompli est récompensé par l'émission de nouveaux bitcoins, dont la valeur unitaire évolue, ces jours-ci, autour de 6 500  euros.
Il y a quelques années, Sébastien Gouspillou dirigeait le développement européen d'Asia Plantation Capital, un investisseur spécialisé dans la gestion durable de forêts. Il a changé de vie après avoir découvert le bitcoin. " Cette technologie permet d'échanger de la valeur sans passer par le système financier classique. A terme, elle va transformer le monde, assure le quinquagénaire. Grâce à elle, les populations pauvres ou exclues pourront développer une activité sans avoir de compte bancaire, par exemple. "
" Marché majeur "En octobre 2017, avec deux associés et un salarié féru de cryptomonnaies, il a ouvert sa " ferme " à bitcoin dans les anciens locaux de l'usine Alcatel d'Orvault. L'une des premières du genre en France. Les machines appartiennent à des clients et investisseurs. Bigblock Datacenter les a achetées pour eux et en gère la maintenance. En échange, l'entreprise touche un pourcentage des bitcoins générés. Fin 2017, lorsque le cours dépassait les 15 000  euros, la ferme était obligée de refuser de nouveaux clients, et les machines s'arrachaient à prix d'or sur Internet.
Depuis, la folie est retombée. Le minage exige une telle consommation électrique que l'activité est parfois difficile à rentabiliser. " Du coup, nous chassons les kilowatt-heures - kWh - moins chers, explique M. Gouspillou. Nous venons d'envoyer une partie de nos machines en Sibérie, où le kWh est à 5 centimes d'euros TTC, contre 11 centimes hors TVA en France. D'autres sont en Ukraine. Et nous venons d'acheter un terrain au Kazakhstan. " Il sort son téléphone portable et fait défiler les photos du site en question, entouré de sable. Il est situé près d'un barrage qui alimentera directement la ferme en électricité. La veille, 140 machines installées dans un conteneur ventilé sont arrivées sur place.
A présent, la plupart des grandes fermes à bitcoin – jusqu'à 7 000 machines – se trouvent en Chine, au Canada ou en Islande, à proximité des sources d'énergie à bas coûts. Mais cela n'empêche pas Bigblock Datacenter de nourrir des projets pour la France. " Il serait dramatique que notre pays passe à côté de cette technologie. Ce serait nous priver d'un marché majeur ", estime M. Gouspillou.
Il envisage de lancer un incubateur de start-up consacré à la blockchain sur son site de Loire-Atlantique. Dans le secret de ses 3 000  mètres carrés, il développe un système de chaudière numérique avec Dalkia, la filiale d'EDF spécialisée dans les services énergétiques. Elle permettra de récupérer les calories émises par les machines pour chauffer un circuit d'eau.
D'ici peu, il installera également l'un de ses conteneurs à machine sur une centrale hydroélectrique de l'Ariège, comme au Kazakhstan. " Certains propriétaires privés français de barrage sont à la peine, observe M. Gouspillou. En achetant directement leur production, nous pouvons leur assurer un revenu régulier et leur permettre d'éviter les pertes dans le moment de surproduction ". Le même système est envisageable avec les éoliennes. Preuve selon lui que le bitcoin, souvent montré du doigt pour sa gloutonnerie énergétique, peut aussi devenir écologique…
M. C.
© Le Monde
 
5 août 2018

Jœ Lubin, pionnier de la " révolution blockchain "

De Wall Street à ConsenSys, l'entrepreneur canadien a fait fortune grâce à la cryptodevise ether et milite en faveur d'un Web décentralisé

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Oubliés les golden boys, bienvenue chez les " tokenboys ", ces génies de l'informatique qui font fortune dans les bitcoins et autres cryptodevises, ainsi que dans la technologie dite de la " blockchain ". Ils ne s'affichent plus, comme leurs aînés, sur les terrasses des gratte-ciel de Wall Street, cocaïnés, flambeurs, la chemise déboutonnée.
Pour les rencontrer, il faut prendre le métro, direction Brooklyn, puis passer par unBiergarten délabré, une fabrique de chocolat " bobo " et une échoppe qui vend du jus de noix de coco bio avant, enfin, de pénétrer dans un building tapissé de street art. Un bâtiment en brique d'habitations et de bureaux, où travaillent en silence de jeunes geeks en tee-shirt, affalés dans des canapés, les pieds sur la table.
C'est là que Jœ Lubin, un Canadien de 53 ans, a installé en  2014 son entreprise, ConsenSys. Avec ses 900 salariés répartis dans 14 bureaux dans le monde, dont Paris, cet ingénieur diplômé de Princeton cherche à exploiter les possibilités d'Ethereum, une plate-forme d'échanged'une cryptodevise baptisée " ether "dont il est le cofondateur.
L'ether est le rival du bitcoin, mais en plus prometteur. Les premiers jetons ont été vendus en  2014 pour un prix compris entre 20 et 30 cents. En juin, ils valaient environ 500 dollars (près de 430 euros), soit deux mille fois plus. Jœ Lubin refuse de révéler combien il en possède, mais, l'hiver 2017, le magazine Forbes estimait sa fortune entre 1 et 5 milliards de dollars. Car, en dépit des apparences, l'argent coule à flots dans ce milieu.
" Un monde plus collaboratif "Le Wall Street Journal a évoqué une pénurie de ces cryptogénies, déjà trop riches parce qu'ils ont fait fortune en vendant les jetons liés à leurs innovations par le biais des ICO (pour initial coin offering), l'équivalent des introductions en Bourse (initial public offering). Plus de 900 opérations – dont quelques dizaines se sont révélées être des escroqueries – ont permis de lever 17,3  milliards de dollars en deux ans. Cinq des pépites de la galaxie ConsenSys ont procédé à une ICO, mais M. Lubin balaie l'argument : " La plupart des gens qui rejoignent ConsenSys ne le font pas pour l'argent, mais pour la vision de transformer le monde en un monde plus collaboratif, équitable et de confiance. Ils sont passionnés par le Web décentralisé 3.0. "
Jœ Lubin est un passeur, " repenti " du monde d'hier, dont il a conservé les codes, même s'il nous reçoit en tee-shirt, bermuda et tongs. Longtemps, il a évolué dans l'univers de la finance, en étant tour à tour concepteur de modèle de trading, gestionnaire de hedge fund (fonds spéculatif) et vice-président gestion de fortune chez Goldman Sachs. Puis sont venus le choc des attentats du 11  septembre 2001, auquel il a assisté au pied des tours du World Trade Center, et celui de la débâcle financière de 2008, qui l'ont fait douter.
" Durant des millénaires, les règles du jeu ont été définies et mises en œuvre par des monarques, parfois bien, parfois de manière capricieuse. Dans nos sociétés, nous avons remplacé les rois par des élus, mais c'est toujours un petit groupe qui définit les règles ", déplore-t-il. Gouvernements, banques centrales et chambres de compensation restent le centre névralgique des échanges. Et ils ont failli, d'où le rêve de la blockchain, où les transactions sont vérifiées et certifiées par chacun, grâce à un système d'équations et d'ordinateurs décentralisés. Un monde où les transactions sont transparentes, sûres, automatiques et ne dépendent pas du pouvoir central.
Lors de la crise financière, un brin dépité, Jœ Lubin part quelques années à la Jamaïque, pour tenter, sans grand succès, de devenir manageur de musiciens. Rentré à Toronto chez ses parents pour les fêtes de Noël 2013, il rencontre un certain Vitalik Buterin. Le jeune programmateur canadien, immigré russe, n'a pas encore 20 ans, mais c'est un mathématicien hors pair et il a mis au point ce qui deviendra Ethereum. Un petit groupe s'enferme pendant une semaine dans une maison de Miami (Floride) pour affiner le projet. L'aventure est lancée avec une levée de fonds mi-2014 et la présentation de la première plate-forme opérationnelle, un an plus tard.
L'ether, c'est un peu comme Internet avant Google, à savoir un monde complexe, mal structuré. Très vite, Jœ Lubin lance ConsenSys pour créer un écosystème autour de l'ether, sans lequel la blockchain n'est rien : conseil pour les gouvernements et les organisations désireux d'en comprendre les implications, formation de programmateurs de talent à travers la planète et lancement d'applications utilisant les fameux jetons. Son objectif ? Transformer l'invention de Vitalik Buterin en réalité économique.
Le grand public s'intéresse de près aux cryptomonnaies, accusées d'être des billets de Monopoly, des véhicules de blanchiment d'argent et des objets de bulle spéculative. Mais l'ether a bien d'autres applications. Jœ Lubin cite entre autres Ujo Music, un système qui permet aux artistes d'attacher un jeton à leurs chansons et de créer une plate-forme d'accès et de facturation directe de droits d'auteur ; Open Law, qui permet de signer et d'identifier des contrats opposables ; ou encore une application qui permet de tracer le thon, de la prise en mer à l'assiette du consommateur.
Imposer la transparenceLes enjeux sont immenses. En effet, en imposant la transparence et en garantissant les transactions, la blockchain permettra à terme de lutter contre la surpêche, de garantir l'origine, le respect de la chaîne du froid et d'empêcher les trafics en tout genre voire le recours à de la main-d'œuvre asservie. Bref, un jeton est attaché à tout objet : demain, ce sera l'ordonnance médicale, l'indemnisation chômage, le bulletin de vote, la police d'assurance, le permis de conduire.
Après l'" ubérisation " de la société, la " tokenisation " est en marche. Mais, au fond, quelle différence ? Très simple, explique Jœ Lubin : " L'ubérisation de l'économie, c'est l'agrégation de services par un intermédiaire qui se fait de l'argent. " La blockchain offrira en plus " un accès direct au consommateur " et réduira sensiblement le prélèvement opéré par les intermédiaires.
Par sa transparence et sa décentralisation, elle va créer mécaniquement de la confiance entre gens qui, à la base, ne se faisaient pas confiance. Inutile de passer par sa banque, Booking ou des sites dûment authentifiés pour réaliser une transaction sans risque. Cette révolution va favoriser l'émergence de nouveaux acteurs. Et bousculer ce monde moderne, qui, selon M. Lubin, " a permis à une élite technologique d'accumuler du pouvoir et de la valeur plus que jamais dans l'histoire ".
Jœ Lubin ressemble pourtant aux génies fortunés de la Silicon Valley (Californie). Chez ConsenSys, il a toutefois adopté des règles plutôt décentralisées. Une centaine des 900 salariés de l'entreprise, qui pousse comme un champignon, détiennent déjà des actions ConsenSys et, lorsqu'ils développent une application, ils se voient attribuer des droits. Au total, plus de cinquante projets sont liés à la société.
Toutefois, les cryptodevises, au centre d'une folle spéculation en  2017, soulèvent des doutes. D'abord parce qu'elles représentent une plaie environnementale du fait de la consommation d'énergie des ordinateurs qui font tourner le système. En réalité, elles le seraient moins que les bâtiments des banques de la planète et, surtout, une modification dans le logiciel d'Ethereumva permettre de consommer beaucoup moins d'énergie, en réduisant les calculs nécessaires pour valider les échanges d'ethers. Ensuite parce qu'elles induisent des risques, des vols de jetons ayant lieu régulièrement.
Certes, souligne M. Lubin, ce n'est pas le système lui-même de la blockchain qui est en cause, mais l'interface, lorsque sont échangés les jetons selon les modalités de l'ancien monde. Quant aux réticences des autorités de régulation, comme la SEC, le gendarme boursier américain, elles se font un peu moins fortes, en tout cas aux Etats-Unis. Dans son quartier de Brooklyn, Jœ Lubin étend son empire à cinq bâtiments. Pas de tour qui puisse toiser Wall Street. Du moins pour le moment.
Arnaud Leparmentier
© Le Monde

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire