ABuenos Aires, c'est un scandale de très grande ampleur. Depuis le 1er août, l'Argentine connaît une spectaculaire vague d'arrestations de plus d'une dizaine d'ex-fonctionnaires des gouvernements Kirchner, au pouvoir entre 2003 et 2015, mais aussi, pour la première fois, de plusieurs chefs d'entreprise, mis en cause dans une vaste affaire présumée de pots-de-vin. L'ancienne présidente péroniste, Cristina Kirchner (2007-2015), est convoquée, le 13 août, par le juge Claudio -Bonadio, qui la considère comme " chef d'une association de malfaiteurs ". Il pourrait demander au Sénat la levée de l'immunité parlementaire de celle qui est aujourd'hui sénatrice.
Mais le scandale ne se limite pas à l'entourage de Mme Kirchner. Parmi les hommes d'affaires placés en détention figure le patron d'une société de BTP du Groupe Macri, fondé par Franco Macri, le père de l'actuel président argentin, Mauricio Macri, au pouvoir depuis décembre 2015.
A l'origine du scandale, huit simples cahiers d'écoliers rédigés par Oscar Centeno, le chauffeur de Roberto Baratta, homme de confiance de l'ex-ministre de la planification, Julio de Vido. MM. Baratta et Centeno ont été arrêtés. Et le chauffeur a opté pour le statut de témoin protégé et a décidé de collaborer avec la justice, lors de son audition devant le juge, jeudi 2 août.
Pendant dix ans, entre 2005 et 2015, M. Centeno a noté minutieusement les remises de valises de millions de dollars, qu'il aurait effectuées en voiture, précisant de façon détaillée les parcours empruntés et les noms des personnes impliquées. Il s'agissait, selon lui, d'amener l'argent jusqu'à la Casa Rosada, le palais présidentiel, ou encore la résidence présidentielle d'Olivos, dans la banlieue de Buenos Aires, mais aussi au domicile des Kirchner, dans un quartier résidentiel de la capitale. D'après le parquet, quelque 160 millions de dollars en liquide, provenant de pots-de-vin, auraient été versés au ministre de la planification par des entreprises en échange de marchés publics.
Ces cahiers ont été mystérieusement confiés, en janvier, à un journaliste du quotidien conservateur
La Nacion. Ce journaliste, Diego Cabot, a mené son enquête, pendant six mois, avant de finalement décider de remettre le dossier à la justice
. La Nacion n'a jamais rien publié sur cette affaire dans ses colonnes.
" Le système de corruption Kirchner a déjà été mis en évidence, cette affaire vient confirmer la matrice de corruption. Et que les hautes sphères du pouvoir avaient établi des mécanismes, un engrenage pour une corruption gigantesque ", a déclaré Leandro Despouy, ex-président de la Cour des comptes. Il estime
" que ce grand scandale " pourrait être
" le début d'un Lava Jato " (" lavage express "), en référence à la plus grande affaire de corruption de l'histoire du Brésil, car
" il implique un grand nombre de chefs d'entreprise et pas seulement des fonctionnaires ".
Nouvelle crise économiquePlusieurs anciens collaborateurs des Kirchner sont déjà en prison. Outre Julio de Vido, le plus célèbre est Julio Lopez, vice-ministre de la planification de 2003 à 2015, pris en flagrant délit, en juin 2016, alors qu'il tentait de façon rocambolesque de dissimuler 9 millions de dollars en liquide dans un couvent près de Buenos Aires. Autre personnage-clé du kirchnérisme, Lazaro Baez, le roi du BTP de la province de Santa Cruz, fief des Kirchner en Patagonie, est soupçonné d'avoir bénéficié de contrats publics en échange de dessous de table. Il est en prison, en compagnie de Ricardo Jaime, ancien ministre des transports de Nestor Kirchner.
L'ancienne présidente argentine qui a succédé à son mari, l'ex-président Nestor Kirchner (2003-2007), mort en 2010, est déjà impliquée dans plusieurs affaires de corruption, sans jamais avoir été condamnée. En dépit des scandales, elle bénéficie toujours, selon les sondages, de la sympathie de nombreux militants. Si elle représente une figure polémique au sein du mouvement péroniste, elle reste l'une des principales opposantes au président Macri.
L'Argentine connaît depuis plusieurs mois une nouvelle crise économique qui ébranle le gouvernement de centre-droit, dont les mesures d'austérité sont de plus en plus impopulaires, entraînant de grands mouvements de protestation. Les partisans de Mme Kirchner souhaitent la voir briguer la présidence en 2019, alors que M. Macri veut se représenter. La Constitution n'avait pas permis à Mme Kirchner de se présenter à la présidence en 2015, après deux mandats consécutifs.
Christine Legrand
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