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vendredi 29 juin 2018

Planète - La mangrove de Madagascar, vitale et fragile......Hécatombe des koalas d'Australie, icônes nationales

Planète



27 juin 2018

La mangrove de Madagascar, vitale et fragile

Rempart contre les cyclones, les forêts de palétuviers servent de nurserie aux poissons et crevettes

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Al'aube, dans la mangrove, seul le vol des grands hérons blancs vient troubler le calme absolu. Sur la côte ouest de Madagascar, les premiers rayons du soleil percent le ciel quand Olivier Fiadana finit de préparer ses belaroa, ses " balances à crabes ". Dans chacune d'elles, le Vezo (une ethnie de pêcheurs qui peuple la côte occidentale) accroche des morceaux de poisson qui serviront d'appât pour les crustacés.
Dans ce labyrinthe de palétuviers qui forment la mangrove autour de Masoarivo, une commune située dans la région Melaky, à environ 150 kilomètres de la ville de Morondava, Olivier Fiadana connaît les recoins de tous les canaux. Depuis toujours, cevezo-potaka (" ceux qui affrontent la vase ")sillonne le delta formé à l'embouchure du Manambolo, un fleuve aux eaux limoneuses qui se jette dans le canal du Mozambique. " La mangrove joue un rôle important parce que nous vivons grâce à l'océan, affirme le pêcheur en remontant sa belaroaLa protéger, c'est assurer notre avenir et celui de nos enfants. "
Mais qu'elle soit fluviale ou littorale, la mangrove malgache, qui couvre environ 320 000 hectares – pour l'essentiel sur la côte ouest de l'île –, est en danger. En quarante ans, cet écosystème précieux, rempart naturel et efficace contre les cyclones qui balaient le pays entre les mois de décembre et avril, a perdu 10  % de sa superficie. Madagascar, qui abrite 2  % des mangroves du monde, est loin d'être la seule dans ce cas : 3,6  millions d'hectares de cette forêt si particulière ont disparu depuis 1980, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), soit 20  % du total. Mais, dans un pays considéré comme l'un des plus pauvres de la planète et classé parmi les plus exposés aux risques climatiques extrêmes, ce déclin est particulièrement lourd de conséquences.
La montée du niveau des océans due au réchauffement climatique ainsi que la déforestation menacent l'équilibre de la région, qui compte environ 50 000 hectares de mangrove. Trait d'union entre la mer et le sol vaseux, dont le développement ne peut se faire que grâce à un subtil mélange d'eau douce et d'eau salée, c'est un écosystème particulièrement riche qui prospère notamment pendant la saison des pluies, de novembre à mars dans la Melaky.
Trait d'union entre la mer et le solSi ces entrelacs d'apparence inhospitalière, composés de racines inextricables et de buissons épais, ont longtemps été perçus comme une zone marécageuse infestée de moustiques ou un repaire de flibustiers, on sait que cette forêt aquatique non seulement sert de nurserie à de nombreuses espèces, mais purifie aussi l'eau autant que l'air (elle stocke plus de dioxyde de carbone que n'importe quelle autre), et que sa biomasse retient le phosphore et l'azote.
" Elle a une fonction écologique majeure car elle produit des feuilles qui vont se décomposer et être consommées par des espèces aquatiques : poissons, crevettes ou crabes, mais aussi terrestres, comme les oiseaux, assure Judicael Rakotondrazafy, responsable technique, à Morondava, du WWF – le Fonds mondial de la nature, qui invitait des journalistes à Madagascar. La mangrove joue aussi une fonction sociale importante car les communautés locales utilisent ses feuilles comme remède contre le paludisme ou les maux d'estomac. "
Or,le taux annuel de déforestation, qui était de 2,5  % avant 2000, se situe autour de 4  %. " Le palétuvier est utilisé pour la construction des cases, des clôtures, des bateaux ou en tant que bois de chauffe, explique Judicael Rakotondrazafy. On remplace aussi des surfaces entières de mangrove par des rizières. "
La région Melaky, où vivent près de 260 000 personnes, ne compte encore que 6 habitants au kilomètre carré, mais elle connaît une forte augmentation de sa population. De nouvelles familles, originaires de l'intérieur de l'île, migrent vers la zone côtière, riche en ressources halieutiques, pour des questions de survie. Sur la Grande Ile, 90  % de la population vit avec moins de 1,70 euro, et un enfant sur cinq souffre de malnutrition chronique.
Cette pression démographique a un impact important sur l'écosystème de cette région enclavée. En  2011, des campagnes de restauration de la mangrove ont été lancées grâce à l'appui du WWF, et les Vezo y ont trouvé leur compte. S'ils sont aujourd'hui nombreux à replanter des palétuviers,ils ont aussi été incités à se regrouper en coopératives ou COBA (communautés locales de base) afin de défendre leurs intérêts et vendre leur pêche plus cher à des intermédiaires.
" Veuillez éloigner les zébus "" La stratégie consiste à rapprocher les communautés du marché, qu'elles en tirent rapidement des bénéfices pour qu'elles s'impliquent davantage ", explique Tiana Ramahaleo, responsable de la conservation au sein de WWF Madagascar. Des campagnes de sensibilisation ont aussi été menées pour inciter les Vezo à pratiquer une pêche responsable, avec des filets comprenant des mailles larges d'un ou deux doigts. Il y a quelques mois encore, certains utilisaient des moustiquaires en guise de filet, prélevant à l'océan et à la mangrove des poissons trop petits, voire des alevins.
" Lieu de protection de la mangrove. Veuillez éloigner les chèvres et les zébus ", peut-on lire sur un panneau d'Amboanio, un hameau situé à quelques encablures de la ville de Benjavilo, qui compte une soixantaine d'habitants. Hommes, femmes, adolescents, ils sont aujourd'hui près d'une vingtaine de bénévoles à s'aligner puis, à reculons, à enfoncer dans la vase une propagule issue du palétuvier Ceriops tagal. Près de 25 000 plants sur une surface de 19  hectares ont déjà été disposés dans le sol (plus de 900 000 propagules de palétuvier dans tout le delta du Manambolo). " Avant, il y avait beaucoup plus de poissons, déplore Emmanuel Rasaona, un pêcheur de crabes de 37 ans. Je replante de la mangrove aujourd'hui pour les générations futures. " A cette restauration active de l'écosystème s'ajoute une restauration passive, qui consiste à préserver certaines zones.
A contempler les Rhizophora mangle (ou palétuviers rouges) qui poussent à l'embouchure du fleuve, les efforts de restauration semblent déjà porter leurs fruits. Au milieu des hautes vagues qui se forment dans une eau boueuse, un pêcheur regarde les arbres avec un sourire. Dans sa petite pirogue creusée dans un tronc d'arbre, il paraît serein. Il l'est forcément. Les vezo-ndriaka (" ceux qui affrontent la mer ")ne s'aventurent jamais vers le large s'ils sont contrariés ou quand ils ont le cœur lourd.
Pierre Lepidi
© Le Monde

27 juin 2018

Hécatombe des koalas d'Australie, icônes nationales

Les marsupiaux sont victimes des canicules et de la destruction de leur habitat naturel, les forêts d'eucalyptus

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C'est l'un des emblèmes de l'Australie, qui se tient, les yeux fermés, le crâne abîmé, entre deux branches d'eucalyptus dans un enclos de l'organisation caritative Port Stephens Koalas. Nommée SES Maree, cette femelle koala de 2 ans et demi, a été percutée par une voiture, victime comme tant d'autres de l'urbanisation. En moins de vingt ans, la destruction de l'habitat naturel de cette espèce endémique de l'île-continent a causé une hécatombe : 53  % des marsupiaux ont disparu dans le Queensland et 26  % en Nouvelle-Galles du Sud, les deux Etats de la côte est où vivent les principales populations.
Parce que ce serait tellement dommage que l'avenir de cette icône nationale ne soit pas assuré ", la première ministre de Nouvelle-Galles du Sud, Gladys Berejiklian, a présenté, le 7  mai, un programme d'aide de 45  millions de dollars australiens (28,4  millions d'euros) destiné, entre autres, à sanctuariser des milliers d'hectares de forêts, à soutenir la recherche, à introduire davantage de vaccins et à construire un hôpital dans les prochains mois.
Les travaux devraient commencer ici avant la fin de l'année ", se félicite Kate King, coordinatrice hospitalière pour l'organisation Port Stephens Koalas, en désignant un lopin de terre sur le site du parc de loisirs de One Mile, à 200 kilomètres au nord de Sydney. Le nouveau bâtiment fera face aux cinq enclos déjà bâtis par l'organisation pour héberger animaux blessés et malades en cours de traitement. Depuis plus de trente ans, sa petite armée de volontaires prend en charge, grâce aux dons, les marsupiaux signalés en détresse dans la région de la Port Stephens.
Série de maux en cascadeEn  2017, elle en a recueilli 58 et sauvé plus de la moitié. Mais à défaut d'une structure adaptée, les koalas nécessitant des soins intensifs étaient d'abord accueillis à domicile par des bénévoles qui multipliaient les allers-retours chez des vétérinaires des environs. Cet hôpital va nous permettre d'être plus efficaces, nous disposerons enfin d'un lieu doté des équipements médicaux nécessaires et d'un vétérinaire spécialisé à résidence ", explique Kate King. Des scientifiques devraient également y séjourner régulièrement. En parallèle, un espace sera ouvert aux touristes afin de collecter des fonds et d'informer le public.
Mais tous ces efforts seront vains si rien n'est fait pour arrêter la déforestation ",insiste Carmel Northwood, présidente de Port Stephens Koalas. La destruction de l'habitat du marsupial provoque une série de maux en cascade. Chassés de leurs eucalyptus, les koalas errent au sol à la recherche de nouveaux arbres et se retrouvent à la merci des véhicules comme des prédateurs. Une simple morsure de chien peut provoquer, en quelques heures, une septicémie mortelle.
Dans les situations de stress, ces mammifères sont davantage susceptibles de développer les symptômes de la chlamydia, une -maladie sexuellement transmissible causant cécité, stérilité et mort et qui s'est propagée à la faveur de la multiplication des contacts entre animaux, confinés dans des espaces toujours plus restreints. Aujourd'hui, près de la moitié d'entre eux en seraient porteurs.
Dans le cadre de son programme de préservation, la première ministre de Nouvelle-Galles du Sud s'est engagée à protéger les forêts d'eucalyptus en transformant 25 000 hectares de terre en réserves naturelles. Mais les écologistes estiment que la plupart des zones choisies ne correspondent ni à des habitats de grande qualité " ni aux principales régions de peuplement.
" Une mascarade "La sélection de ces zones est le résultat d'un exercice politique cynique ", a notamment dénoncé Dailan Pugh, membre de la North East Forest Alliance. Le seul critère apparent de sélection est de ne pas avoir d'impact sur l'industrie du bois. ""Unemascarade ", a renchéri Penny Sharpe, porte-parole du Parti travailliste sur les questions environnementales.
L'Australian Koala Foundation, selon laquelle il ne resterait plus qu'entre 46 000  et 90 000 spécimens à l'état sauvage dans l'ensemble du pays contre dix millions à l'arrivée des premiers colons britanniques, au XVIIIe  siècle, regrette des " solutions de fortune" et plus encore l'inaction du gouvernement fédéral.
En  2012, Canberra avait classé l'espèce comme vulnérable dans la majorité des Etats australiens et promis un plan national de secours. Six ans plus tard, il est toujours à l'étude. Nous n'avons pas besoin de recherches supplémentaires pour comprendre qu'il faut arrêter de privilégier systématiquement les intérêts miniers, agricoles et industriels en défrichant toujours davantage ", s'agace Deborah Tabart, présidente de l'Australian Koala Foundation.
Pour les scientifiques, la situation est d'autant plus préoccupante que l'animal qui ne boit pas ", selon l'origine aborigène du terme, est particulièrement sensible au réchauffement climatique. Durant les étés caniculaires, de plus en plus fréquents en Australie, les feuilles d'eucalyptus asséchées ne contiennent plus suffisamment d'eau pour hydrater l'animal, et les incendies dévorent encore davantage son habitat naturel.
Isabelle Dellerba
© Le Monde

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