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jeudi 28 juin 2018

La menace d'un été en sous-effectif aux urgences


26 juin 2018

La menace d'un été en sous-effectif aux urgences

Les hôpitaux sont confrontés aux démissions ; les postes vacants et les heures d'intérim explosent

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DES MÉDECINS ALERTENT SUR " UNE MISE EN DANGER DE LA VIE D'AUTRUI "
Dans une lettre ouverte au premier ministre, Edouard Philippe, rendue publique dimanche 24 juin, 175 médecins hospitaliers ou libéraux de différentes régions de France affirment ne plus pouvoir remplir leur " mission de service public " par manque de moyens, et alertent sur " une mise en danger de la vie d'autrui ", rapporte l'Agence France-Presse. " Les décès médiatisés survenus récemment " ne sont pas des " faits isolés ", mais des " signes patents de la dégradation nationale des services hospitaliers ", estiment-ils, appelant à " réinjecter au plus vite dans le système de santé les moyens indispensables ".
Après la surchauffe hivernale, le sous-effectif estival. Confrontés à une pénurie de médecins urgentistes et aux congés annuels des titulaires, de nombreux services d'accueil des urgences en France craignent de voir leur fonctionnement perturbé cet été. En plein bras de fer avec les médecins intérimaires, qui s'opposent au plafonnement de leur rémunération, les autorités n'écartent aucune piste pour répondre aux situations les plus critiques.
En région parisienne, quinze sites – hors Paris – sont jugés " en difficulté " par l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-FranceUne " enquête flash " menée par cette préfecture sanitaire auprès des hôpitaux – et queLeMonde s'est procurée – révèle l'ampleur du problème : au 19  juin, 531 plages de douze heures n'étaient toujours pas pourvues pour juillet, et 711 pour août parmi les quelque 76  % d'établissements ayant répondu. Ce qui représente lors des deux mois d'été près de 600 journées de vingt-quatre heures où il manquera un médecin dans un service d'urgence.
" Ça risque de coincer beaucoup plus que les étés précédents ", alerte Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF), qui se dit " inquiet " d'un " allongement des délais d'intervention " et d'une " multiplication des incidents "
A l'origine du problème : des services d'urgences de moins en moins attractifs. Parmi les hôpitaux franciliens qui ont répondu à l'enquête de l'ARS, 73 médecins urgentistes ont démissionné en  2017 contre 43 en  2015. Le nombre de postes vacants est passé de 103  en  2016 à 148 au 1er  janvier 2018. Les heures d'intérim, elles, ont doublé, passant de 15 429  heures à 33 780  heures entre 2015 et 2017.
" Il y a de plus en plus de démissions car de nombreux médecins n'en peuvent plus de faire de l'abattage et préfèrent prendre des postes mieux payés avec moins de contraintes ", témoigne Mathias Wargon, le chef des urgences de l'hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Et moins il y a de titulaires, plus la charge de travail est importante pour ceux qui restent.
Conséquence : " On n'arrive plus à recruter de médecins, raconte M.  Wargon. Je n'ai pas eu une seule candidature française en six mois, j'embauche des médecins étrangers par Skype. " A  Meaux (Seine-et-Marne), l'urgentiste Thierry Teillet -regrette qu'il soit nécessaire de " faire du bricolage, en remplissant les lignes de garde avec des gens qui manquent d'expérience ".
Recourir à la réserve sanitaireLe phénomène touche tout le pays. " Il y a une centaine de services en danger cet été ",évalue François Braun, le président de SAMU-Urgences de France. " Alors qu'avant cela ne concernait que les petits établissements, des gros se signalent désormais en difficulté, ce qui nous interroge… ", ajoute-t-il.
A l'hôpital Jacques-Cœur de Bourges, la direction a jugé il y a quelques semaines les urgences dans une " situation très préoccupante ", avec seulement huit postes occupés sur les vingt-six nécessaires. A l'hôpital de Troyes, " on est vingt-trois là où on devrait être trente-cinq ", a récemment déclaré à l'AFP la médecin urgentiste Valéry Flipon, disant redouter un été " absolument catastrophique " avec " des dizaines de trous dans le planning ".
Pour corser une situation déjà compliquée les précédents étés, des médecins intérimaires ont lancé un appel à boycotter tous les hôpitaux appliquant un décret plafonnant à 1 404,05  euros brut la garde de vingt-quatre  heures. Estimant avoir été confronté au " mépris " des autorités, qui ont refusé d'entamer des discussions, le syndicat national des médecins remplaçants en hôpitaux (SNMRH) a appelé au début du mois à " durcir le mouvement " à partir du 15  juin. Ses effets se feraient surtout sentir en Auvergne-Rhônes-Alpes et dans le Grand Est.
Pour maintenir leur service, certains directeurs choisissent de ne pas appliquer le décret et continuent de rémunérer leurs intérimaires au-dessus du tarif autorisé, notamment en payant le repos compensateur.
D'autres pourraient choisir de demander aux médecins de reporter leurs congés. Certains, enfin, sont obligés de faire des choix. A Bourges, entre le 10 et le 17  mai, l'hôpital a par exemple dû fermer à quatre reprises sa ligne de service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR), faute de médecins urgentistes pour monter dans ce véhicule destiné à traiter les urgences vitales, renvoyant les demandes vers les hôpitaux voisins. Un type de suspension qui pourrait avoir lieu dans plusieurs autres villes au cours de l'été.
L'hôpital de Bourges avait aussi été tenté de recourir à la réserve sanitaire, c'est-à-dire à des médecins retraités volontaires, appelés en cas de " situation sanitaire exceptionnelle ".
Dans une instruction " relative à l'anticipation et à la prévention des tensions dans les structures de médecine d'urgence " adressée le 23  mai à toutes les ARS, le ministère de la santé explique pourquoi il ne faut pas trop compter sur cette aide. " Les ressources et les compétences disponibles au sein de la réserve sanitaire, en particulier durant les périodes de congés, peuvent ne pas être en adéquation avec les besoins exprimés ",peut-on y lire.
Dans cette circulaire, le ministère de la santé rappelle que " pour certains établissements, les mesures d'anticipation et d'aménagement de l'organisation (…)pourraient ne pas être suffisantes "" Se posera alors la question du maintien de l'autorisation de médecine d'urgence ", est-il écrit, notamment " lorsqu'il existe une autre structure de médecine d'urgence en proximité. "
A l'été 2015, la fermeture temporaire – puis définitive – du service des urgences de Valognes (Manche), non loin de Cherbourg, faute d'effectifs suffisants pour le faire fonctionner, avait suscité l'émoi parmi la population. La révision de la carte des services d'urgences, à laquelle la précédente ministre de la santé, Marisol Touraine, n'avait pas osé s'attaquer, est désormais programmée " à l'horizon 2020 ".


26 juin 2018

A Cayenne, " on s'est dit : on va partir tous d'un coup, cela fera peut-être réagir "

Dix-sept médecins urgentistes ont démissionné et quitteront l'hôpital le 3 juillet

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En Guyane, les problèmes du centre hospitalier Andrée-Rosemon de Cayenne font régulièrement la " une " de l'actualité, mais cette fois-ci la crise est sans précédent : le 3  mai, dix-sept  médecins urgentistes ont annoncé leur démission, qui doit prendre effet le 3  juillet, après un préavis de deux mois. " Tout a commencé avec le planning de mai : il n'était pas faisable, avec certaines semaines à plus de 60  heures pour quasiment tous les médecins ", explique le docteur Arthur Deroure-Corte, urgentiste depuis trois ans à Cayenne.
" Comme partout, le service d'urgence compense les dysfonctionnements du système de santé ", explique le docteur Pierre Chesneau, urgentiste et depuis dix-huit ans à l'hôpital de Cayenne. " C'est encore plus vrai en Guyane  où, en amont de l'hôpital, il y a moins de spécialistes libéraux, de généralistes et de cliniques et, en aval, pas assez de lits et de spécialités à l'hôpital, donc une surcharge de travail en permanence aux urgences ", ajoute-t-il.
En mai  2017, les urgentistes avaient déjà saisi la direction dans un courrier, réclamant des recrutements rapides, avec déjà une menace de démission. Sans résultat. Fin 2017, quatre médecins ont quitté les urgences de Cayenne pour l'hôpital de Kourou. Début mai, le service comptait vingt-cinq médecins, pour un effectif budgété à quarante.
" Climat délétère "" On a craqué… On a voulu rompre le cercle vicieux des départs qui se faisaient petit à petit, explique le docteur Chesneau. On s'est dit : “on va partir tous d'un coup, comme ça, peut-être que cela fera réagir.” " A huit jours de la fin de leur préavis, quelques intérimaires et sept médecins de la réserve sanitaire sont venus en renforts ponctuels, mais aucun recrutement n'a été réalisé sur le long terme.
" Ce n'est pas un problème de finances, les postes nous les avons, c'est un problème de recrutement médical, a expliqué au début de la crise Agnès Drouhin, la directrice de l'hôpital sur la télé publique Guyane la 1ère. Nous cherchons partout, nous mettons des annonces dans les journaux professionnels, mais c'est difficile, car les -hôpitaux en France rencontrent les mêmes difficultés. "
Le principal hôpital de Guyane (2 200  agents dont 270  médecins) traverse une crise qui va au-delà des urgences. " Il y a une maltraitance institutionnelle ", dénonce un médecin, qui parle de " climat délétère " et de " loi du silence ", avec une instance de concertation, la commission médicale d'établissement, qui " ne fonctionne plus ". " Les moyens sont sous-dimensionnés, il faut transférer des malades hors de Guyane car on n'a pas assez de place pour -accueillir tout le monde. A Fort-de-France, ils acceptent quand ils -peuvent, mais pas toujours… ", -affirme un autre praticien.
Selon l'hôpital, depuis début 2016, trente-deux médecins titulaires sont partis et quatorze sont arrivés, soit une perte de dix-huit titulaires. Parmi les partants, plusieurs figures de l'hôpital, chef de service ou chef de pôle. Depuis le 1er  janvier 2016, on compte dix-neuf démissions de médecins, hors crise des urgences. " Le constat est cruel et inquiétant ", analyse Jacques Cartiaux, directeur de l'agence régionale de santé.
Alors que le député Gabriel Serville réclame son départ pour son manque de réactivité, le représentant du ministère de la santé avertit la direction de l'hôpital : " Il faut redresser la barre, avec une équipe de direction qui a pour objectif majeur de recruter et de garder les médecins. " Jacques Cartiaux met en avant le plan d'investissement de 40  millions d'euros pour l'hôpital autorisé mardi à Paris par le comité interministériel de la performance et de la modernisation.
Il y a urgence : dans un rapport de mars  2017, Pierre Lesteven, -inspecteur général des affaires -sociales et administrateur provisoire de l'hôpital pendant huit mois en  2016, évoque " un équipement sanitaire de la Guyane " qui n'est " pas apte à faire face à l'explosion démographique en cours et ne peut satisfaire certains besoins de soins ",ainsi qu'une " situation de crise sanitaire quasi permanente ".
Laurent Marot

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