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mardi 27 novembre 2018

Dans l’Antarctique, plus question de nouvelles aires protégées - 3.11.2018

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Dans l’Antarctique, plus question de nouvelles aires protégées
Chine et Russie bloquent l’extension des réserves dans l’océan Austral, où la pêche au krill suscite des convoitises
Chaque année, au moment de la Toussaint, le sort de l’océan Austral se joue à Hobart, en Australie. Les négociations de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) s’y tiennent en cercle fermé. La fin de partie de cette 27e conférence, qui se termine vendredi 2 novembre, ne s’annonce pas sous les meilleurs augures.
Malgré les efforts des Etats favorables au renforcement des mesures de préservation de l’océan Austral, malgré les inquiétudes des scientifiques devant la disparition de colonies entières de manchots – entre autres – et les actions des ONG qui tâchent de faire pression à grand renfort de pétitions et de happenings lors des sommets internationaux, aucune nouvelle réserve naturelle ne devrait être créée. Reposant sur le consensus, le processus d’extension des aires marines protégées (AMP) semble sérieusement grippé.
La dernière grande avancée dans ce domaine remonte à 2016. Cette année-là, le président américain Barack Obama, sur le départ, et son secrétaire d’Etat John Kerry s’étaient mobilisés pour convaincre les vingt-cinq membres de la CCAMLR (vingt-quatre pays dont la France, plus l’Union européenne) de sanctuariser 1,57 million de kilomètres carrés, soit la plus vaste AMP du monde, dans la mer de Ross, après six ans de négociations.

Gérer avec discernement

Mais les temps ont changé au sein de cette organisation, mise en place en 1982 pour freiner les ardeurs des grandes flottes soviétiques de pêche au krill (Euphausia superba), un petit crustacé qui est aussi à la base de l’alimentation des cétacés, phoques, manchots, calmars, poissons… Cette année, à la CCAMLR, qui a pour mission à la fois de protéger les écosystèmes et de gérer avec discernement les ressources halieutiques au sud du 60e parallèle, les discussions se sont à nouveau focalisées sur la pêche au krill et à la légine, deux produits de la mer d’une grande valeur commerciale, capturés selon des règles strictes afin de ne pas épuiser la manne.
Bien que les effets du changement climatique, particulièrement marqués dans cette partie du monde, figurent au programme de la conférence de Hobart, à laquelle assistent environ 280 scientifiques, les enjeux environnementaux sont désormais relégués au second plan. « A partir de 2005, certains pays comme l’Ukraine et la Namibie ont adhéré à la CCAMLR parce qu’ils étaient intéressés par les possibilités de pêche, puis l’arrivée de la Chine en 2008 a achevé de déséquilibrer l’organisation »,note avec amertume un observateur régulier de ces négociations internationales.
Un réseau de réserves marines tout autour du continent blanc avait été décidé en 2002 et annoncé pour 2012. Il est à ce jour loin d’être constitué. Car la Russie et la Chine bloquent tout projet d’extension d’un éventuel « système représentatif » de zones protégées, arguant d’un manque de données sur la faune et la flore. Ce que nient les scientifiques.
« L’ouest est déjà très impacté par la fonte des glaces et le réchauffement climatique, expose Marc Eléaume, spécialiste des crinoïdes (des animaux benthiques, c’est-à-dire vivant près du fond de la mer, cousins des étoiles de mer et des oursins) et des fonds de l’océan austral. Ce n’est pas encore le cas de l’est, où des espèces vivent séparées du reste du monde depuis 25 millions d’années. Plus de 90 % des poissons y sont endémiques ! » Ce taxonomiste du Muséum national d’histoire naturelle est référent scientifique pour la délégation française à la CCAMLR.
L’idée, selon les experts, serait d’instaurer au moins une zone protégée dans chacun des neuf « domaines » tracés tout autour de l’Antarctique. « Nous espérons vraiment que la prochaine AMP sera dans le domaine 7 [Antarctique de l’est],assurait-il quelques semaines avant le début de la conférence. Nous avons préparé une “mesure de conservation”, un argumentaire scientifique, pour cela. Cette région abrite trois zones très riches avec des canyons, des habitats très divers, une remontée de courant froid très importante pour la salinité, l’oxygène. »
La France, l’Australie et l’UE soutiennent depuis 2011 la création d’AMP cohérentes dans ce secteur. L’Allemagne et l’UE portent un projet dans la mer de Weddell, qui était déjà avancé en 2016. Le Chili et l’Argentine en esquissent un autre au large de la côte ouest.

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