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mardi 27 novembre 2018

Sarkozy fait de l’ombre à Wauquiez - le 3.11.2018



Sarkozy fait de l’ombre à Wauquiez
L’ancien président, qui a accordé un entretien fleuve au « Point », veut être la boussole d’un parti qui se cherche
La « tour Eiffel » a été rallumée le temps d’une journée, celle de la Toussaint, et ses admirateurs au sein du parti Les Républicains (LR) ont tweeté leur émerveillement. « Merci à Nicolas Sarkozy, qui avec ce remarquable entretien au Point montre une nouvelle fois sa hauteur de vue.Il reste pour la droite et le pays une autorité morale », a félicité le maire de Nice, Christian Estrosi. « Du recul, de la bienveillance, de l’humilité, une analyse globale, la conscience des difficultés, des perspectives d’action. Merci à Nicolas Sarkozy pour cette interview », a approuvé le député européen Philippe Juvin, rejoint dans ses louanges par le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi : « Chacun pense ce qu’il veut de Nicolas Sarkozy, son interview dans Le Point nous change du niveau des débats actuels. Enjeux mondiaux et européens, risques de conflits, état de la France, exercice du pouvoir… Pas de nostalgie, l’expérience après le bilan des échecs et des succès. Merci. »
En l’espace d’un entretien de quinze pages accordé au Pointdu jeudi 1er novembre, le monument national de la droite – qui se compare lui-même à la tour Eiffel auprès de l’hebdomadaire – est apparu aux yeux de certains comme le phare d’un parti déboussolé.
Avant les élections européennes de mai 2019, Nicolas Sarkozy, officiellement retraité de la politique, à 63 ans, expose notamment dans cette interview « une seule priorité : mettre un nouveau traité sur la table pour définir l’Europe de l’avenir et changer profondément les règles du jeu ». Ce qui pourrait inciter, selon lui, le Royaume-Uni à rester au sein de l’Union européenne. « Nous n’avons encore rien vu de la crise migratoire qui s’annonce », professe par ailleurs l’ancien chef de l’Etat, proposant de confier la direction de cette politique à « un gouvernement européen composé des ministres de l’intérieur, qui éliront en leur sein un président ».
« Il s’intéresse à la France et à l’Europe, il a des choses à dire. La politique est dans ses gènes », rapportait ces dernières semaines en petit comité le président du Sénat, Gérard Larcher, quelques jours après avoir déjeuné avec lui. Une manière, selon l’entourage de l’ex-locataire de l’Elysée, de se poser en « repère pour les Français » et de tenter d’incarner la « sagesse » et la « hauteur de vue ».
Cette sortie médiatique jette surtout une lumière crue sur les difficultés éprouvées par Laurent Wauquiez à s’imposer comme le chef incontestable de son camp. Nicolas Sarkozy est ainsi plébiscité par 77 % des sympathisants de LR, selon un sondage Ipsos. Agé de 43 ans, son ancien ministre, qui a pris sa suite à la tête du parti de droite en décembre 2017, ne réunit pour sa part que 39 % de bonnes opinions.
« Quand on a perdu deux fois [en 2012 et 2016], on relativise, assure-t-on dans l’entourage de M. Sarkozy. La page de la politique a été tournée pour lui avec la primaire, il n’y a plus d’enjeu. »« Nicolas Sarkozy n’est pas sur le même terrain de jeu. C’est comme si on demandait si la popularité de Jacques Chirac nous posait un problème », veut-on se rassurer du côté de M. Wauquiez, où l’on jure ne pas voir dans cet entretien une mauvaise manière de la part de l’« ex ».
C’est pourtant bien une lutte sourde qui semble opposer les deux hommes. L’aîné multiplie, d’un côté, les contacts au sein de LR : des élus de base mais aussi des figures du parti – M. Sarkozy a même revu il y a peu le filloniste Bruno Retailleau, avec qui il entretient des relations polaires. Une manière de se poser en apôtre du rassemblement, ce que Laurent Wauquiez n’incarne pas à ses yeux.

Agenda judiciaire

« J’ai dirigé la droite française pendant une douzaine d’années, rappelle M. Sarkozy au PointJ’ai réussi à maintenir la cohésion entre les fédéralistes, les eurosceptiques, comme on dit, et les souverainistes. J’ai toujours maintenu l’unité de notre courant. » Cela ne l’empêche pas d’avoir encouragé son ami Frédéric Péchenard, vice-président LR de la région Ile-de-France et ancien patron de la police nationale, à rejoindre le gouvernement lors du dernier remaniement. En vain.
Le cadet, pour sa part, ne cesse de promettre à ses troupes l’émergence d’une « nouvelle droite », portée par une « nouvelle génération », qui « ne trahirait plus » et « ne varierait pas de discours »« La question de l’intégrité a beaucoup touché la droite ces dernières années », confiait ces jours-ci au Monde un proche du président de LR. Une référence implicite aux affaires qui poursuivent Nicolas Sarkozy – le renvoi de l’ancien chef de l’Etat devant le tribunal correctionnel dans le cadre du dossier Bygmalion a été confirmé, le 25 octobre. L’ancien patron de LR est aussi mis en examen, depuis mars, dans l’enquête sur le financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007.
Cet agenda judiciaire compliquerait toute velléité de retour en politique, si elle devait exister. « Il y a tant de choses qui me passionnent que je n’ai pas besoin du pouvoir pour vivre », insiste M. Sarkozy auprès du Point« Un homme comme lui ne fera jamais aucune croix sur rien, par principe. Mais il a comme idée de réussir dans le privé, il est à fond à son travail chez Accor », assure l’un de ses amis, qui ne peut pas s’empêcher de noter au passage : « Au sein de LR, il pèse encore beaucoup. »« Nicolas Sarkozy, c’est comme Johnny Hallyday : les gens qui sont Johnny, ils seront toujours Johnny. Pour Sarkozy, c’est pareil », convient Fabien Di Filippo, jeune député LR de Moselle et soutien de Laurent Wauquiez.

« Le pouvoir est dangereux »

Pour rassurer sur la qualité de leur relation, l’entourage de l’ancien président de la République rapporte que les deux hommes auraient échangé par téléphone au cours de la semaine et qu’une entrevue est prévue dans les prochains jours. « Ils ont échangé des textos », minimise un proche de M. Wauquiez, qui assure pour sa part qu’aucun rendez-vous n’a été pris.
Le président de LR n’est pas la seule victime de cet entretien surprise. Emmanuel Macron et son « nouveau monde » subissent aussi, en creux, quelques coups de griffe de la part de Nicolas Sarkozy. « La rupture en politique, c’est un peu ce que vous appelez un marronnier, non ? On est toujours l’archaïque de quelqu’un et le moderne d’un autre, souligne ce dernier auprès du PointLe pouvoir est dangereux, il peut devenir une drogue. Un peu d’expérience ne nuit pas face aux dangers que les émanations du pouvoir peuvent générer. »
Les deux hommes, qui ont pris le même Falcon présidentiel le 15 juillet pour rentrer de la finale de la Coupe du monde de football à Moscou, entretiennent pourtant des relations courtoises en privé. « Nicolas Sarkozy n’est pas une caution, décrypte-t-on dans l’entourage de l’ancien président. Ce n’est pas quelqu’un qu’on va “traiter” comme ça de temps en temps en espérant qu’il n’ait pas une expression désagréable » Ou qu’il décroche pour de bon de la vie politique.

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