Lu dans le DL du 27.06.2018
LE BILLET
PAR GILLES DEBERNARDI
Pour Macron, l’été
de la Saint-Martin
Débarquant au Vatican pour recevoir le titre honorifique de chanoine de
Latran, Nicolas Sarkozy en avait fait des tonnes.
Il y affirma, dans un
discours mémorable, la supériorité du prêtre sur l’instituteur pour
transmettre les valeurs morales aux enfants. La France, oublieuse de son
socle républicain, semblait un instant redevenir « fille aînée de l’Église ».
Le chœur des laïcs, alors, ne manqua pas de clamer sa désapprobation.
Hier, plus prudent, Emmanuel Macron n’a pas donné au Souverain
pontife des gages aussi éclatants.
La rencontre entre les deux hommes
fut néanmoins empreinte d’une grande cordialité.
Rire, sourires, embrassades
et près d’une heure d’entretien, soit une sorte de record.
L’humilité mène à la grâce. Ce n’est pas le nouveau credo de Jupiter,
mais la leçon du roman offert à son hôte très chrétien. Pourvu que le
pensionnaire de l’Élysée l’ait lu avant.
Parce que « Le journal d’un curé
de campagne », écrit par Bernanos, pourrait lui ouvrir de nouveaux
horizons…
En attendant, bien que souvent critique sur sa politique économique et
migratoire, le pape tend les bras au « Président des riches ».
Non sans lui
glisser une maxime en forme de rude rappel : « La vocation des chefs
d’État et de gouvernement reste de défendre les plus faibles ».
À cet
égard, le cadeau de François au mari de Brigitte vaut illustration : une
médaille de Saint Martin.
Celui-là même qui découpa son manteau pour
en donner une moitié à un vieillard nécessiteux.
Chacun comprend que
tailler dans les aides sociales, par exemple, ne relève pas de la même
philosophie.
M. Macron a dû aller jusqu’à Rome pour se trouver, enfin, un
opposant de gauche qui soit crédible.
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