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EUGENE DIEUDONNE
Eugène Dieudonné (1884-1944) est un anarchiste victime d’une monstrueuse erreur judiciaire. Aux yeux de la bien-pensance, son tort est d’avoir rencontré Jules Bonnot au siège du journal L’Anarchie, journal auquel il collabore. Vint le 21 décembre 1911. Rue Ordener à Paris, à bord d’une automobile, des hommes font le guet près de la Société générale. Il y a là Jules Bonnot en personne, Octave Garnier et Raymond Callemin dit « Raymond la Science », et un supposé quatrième complice par ailleurs jamais formellement identifié. Il pleut et ils attendent. Chaque matin, l’employé Ernest Caby, bicorne et uniforme vert à boutons dorés, quitte le siège de ladite société, alors rue de Provence, et rallie en tramway la rue Ordener avec le courrier et des sous. A 8h50 donc, Caby descend du tramway à l’arrêt Championnet. Son collègue, un certain Peeman, vint à sa rencontre. Tous deux se dirigent de concert vers la succursale. Interviennent alors les passagers de l’automobile précitée. L’un d’entre eux tire. Caby est blessé. La sacoche de cuir est dérobée. Les agresseurs s’enfuient. Et tout de suite, le même mot courut sur toutes les lèvres : « Anarchistes !… Crime anarchiste !… » On évoquait les journées de terreur folle des années 1890 : les bombes, Ravachol, Vaillant, Émile Henry, et tout et tout. Pour le public, aucun doute, c’était une déclaration de guerre des anarchistes à la société. Toujours est-il que Dieudonné est arrêté le 29 février 1912. Il est accusé d’être le quatrième complice du braquage de la rue Ordener. Dieudonné comparaît le 03 février 1913 avec les rescapés de la bande à Bonnot. Les auteurs du braquage ont beau affirmé que Dieudonné n’est pas concerné par cette affaire, rien n’y fait. L’innocent est condamné à la peine capitale. En fait, sa condamnation ne s’est appuyée que sur le témoignage de l’encaisseur Caby, qui par ailleurs changea de braquet à multiples reprises. Devant le manque de fiabilité manifeste de l’accusation, Poincaré, le président d’alors qui n’avait pourtant pas la grâce facile, préférant en général voir condamner un innocent plutôt que voir filer un coupable, commua cependant la peine de mort en peine de travaux forcés à perpétuité. Dieudonné est envoyé au bagne des Iles du Salut où il travaille comme menuisier ébéniste. Transféré au bagne de Cayenne, il s'en évade le 06 décembre 1926. Le comportement de Dieudonné au bagne est celui d'un homme qui ne s'abaissa jamais, ne plia point et conserva sa droiture en toute circonstance, sauvant même la vie de deux forçats et d'un surveillant. L'administration n'eut jamais à lui reprocher que des tentatives d'évasion. Mais n’est-ce pas un devoir sacré que de tenter de s’évader lorsqu’on est innocent ? Arrivé et accueilli au Brésil, il est réclamé par la France. Les journalistes-écrivains, Albert Londres et Louis Roubaud, s’en mêlent et obtiennent la grâce de Dieudonné, assortie du droit de rentrer librement en France. Là, il s’établit comme fabricant de meubles dans le Faubourg Saint-Antoine. Il écrivit-La Vie des forçats-, ouvrage préfacé par Albert Londres. En 1934, il collabore au film -Autour d’une évasion-, réalisé par Jacques Brunius. Quant à l’hypothétique quatrième homme du braquage de la rue Ordener, alors que maints témoins n’en ont vu que trois, sans doute n’est-ce qu’une invention des autorités judiciaires du moment pour complaire à une opinion qui réclamait son quota de têtes…Allez savoir. |
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EUGENE DIEUDONNE Eugène Dieudonné (1884-1944) est un anarchiste victime d’une monstrueuse erreur jud...
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