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L’ARBRE DE CRACOVIE
A Paris, il y avait en fait trois arbres de Cracovie. Mais le plus connu est celui qui figurait dans la grande allée de marronniers du Palais-Royal. Ces marronniers furent plantés sur ordre du cardinal Richelieu. Sous l’ombrage du plus bel arbre se réunissaient les nouvellistes du cru, aux fins d’y échanger les informations de l’actualité. Mais, la quantité de fausses nouvelles et bobards de tous genres, « craques » en langage populaire, débités sous l’immense feuillage de cet arbre, fit nommer notre marronnier « arbre de Cracovie ». Alors, vous en aviez un, qui de sa canne traçait sur le sol, la marche des armées russes et s’emparait de manière factice de Constantinople. Vous en aviez un autre, qui de semblable manière, dessinait les plans de bataille de la guerre d’Indépendance des Etats-Unis face à l’Angleterre. Et ces affreux et incompréhensibles gribouillis faisaient dire aux badauds admiratifs « Oh, là, là, vous avez vu un peu ces savantes tactiques ?! ». Bref, les curieux et lecteurs des journaux du temps accouraient en ces lieux qu’on nommait les congrès des gobe-mouches. Cependant, il faut croire que lesdits congrès étaient réservés aux gens de biens et de bonne famille, puisqu’on voulut en expulser un domestique en livrée. Lequel plaida être là pour garder la place de son maître, Monsieur le comte Machin… Les deux autres arbres de Cracovie trônaient aux jardins des Tuileries et du Luxembourg. Sous celui de la promenade du Luxembourg, pérorait un orateur abbé universellement connu sous le nom d’ « abbé des Trente mille hommes », parce que son fonds de commerce se résumait à « Donnez-moi seulement trente mille hommes, et je prends cette ville, ou je gagne cette bataille ! » Débitez des sornettes et vous en retirerez sans doute bénéfice, la preuve : un de ses auditeurs enchantés de ses élucubrations martiales le fit unique héritier de son pécule. Comme il n’avait jamais su le nom de famille de son bénéficiaire, il écrivit dans son testament « Je laisse une somme de 20 000 ue (unités de l’époque) à Monsieur l’abbé Trente mille hommes ». On dit que des ayants-droit ont voulu dénoncer ce legs, sauf que les tribunaux le confirmèrent car de crédibles, ou supposés tels, gobe-mouches attestèrent que l’on n’appelait point autrement l’ecclésiastique nouvelliste. Chaque épopée a une fin. En juin 1779, l’arbre de Cracovie du Palais-Royal s’est effondré aux trois-quarts et a presque écrasé une vingtaine de nouvellistes. Du coup, il ne formait plus qu’un tronc informe. En 1782, un certain duc de Chartres fit abattre tous les arbres céans pour y construire trois nouvelles rues parallèles à la rue de Richelieu. Qu’auraient donné les conciliabules sous un tel arbre juste avant et pendant la Révolution ? Je ne sais pas ce que sont devenus les arbres de Cracovie des deux autres jardins. Une plaisante caricature de l’arbre de Cracovie représente divers types peu probables : « un cabaretier qui ne frelate point ; un marchand qui vend en conscience ; un maquignon véridique ; un poète sans prévention ; un abbé qui ne minaude point ; un petit-maître modeste ; une danseuse qui ne fait point de faux pas ; une serveuse champenoise sage ; un Gascon opulent ; un astrologue qui voit clair ; un peintre sans caprice ; un musicien sobre ; un caissier humble et poli ; des nouvellistes sans partialité ; un architecte habile sans être guindé ; un graveur sans contrefaction, des filles toujours vraies ; un écolier assidu à l’école ; un intendant de maison qui a les mains nettes ». |
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L’ARBRE DE CRACOVIE
A Paris, il y avait en fait trois arbres de Cracovie. Mais le plus connu est cel...
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