Entre Angela Merkel et -Sebastian Kurz, Markus Söder a choisi : candidat à sa réélection à l'occasion des élections régionales du 14 octobre, le ministre-président de Bavière ne veut pas que la chancelière allemande s'affiche à ses côtés pendant sa campagne. En revanche, il serait ravi d'accueillir le chancelier autrichien.
Révélée, dimanche 24 juin, par le quotidien
Die Welt, cette décision – que M. Söder aurait annoncée récemment à des proches – en dit long sur la gravité de la crise politique qui secoue l'Allemagne. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, jamais un candidat de l'Union chrétienne-sociale (CSU), le parti conservateur bavarois, n'a refusé le soutien de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), présente dans tout le pays sauf en Bavière.
Dans le passé, les relations entre les deux " partis frères " de la droite allemande n'ont pas toujours été harmonieuses. En novembre 1976, après que le couple ait manqué de peu la majorité absolue aux élections législatives, la CSU avait déjà envisagé de quitter le groupe qu'elle formait avec la CDU au Bundestag et de s'implanter partout en Allemagne. Elle avait toutefois vite renoncé, après que la CDU, en guise de représailles, eut menacé de créer sa propre fédération en Bavière.
La crise actuelle est plus grave. Contrairement à ce qui était le cas en 1976, la CDU et la CSU ne sont pas dans l'opposition mais au -gouvernement. Les conséquences d'une rupture seraient donc bien plus importantes : sans les 46 députés de la CSU, Mme Merkel n'a plus de majorité pour gouverner. La nature du différend est également différente. En 1976, le facteur personnel était déterminant, et la clé du conflit était avant tout à chercher dans les relations exécrables qu'entretenaient Franz-Josef Strauss, le président de la CSU, et Helmut Kohl, celui de la CDU. "
Aujourd'hui, le désaccord est avant tout politique : la CSU réclame un changement radical de la politique migratoire de la chancelière. Elle considère que sa décision d'accueillir les réfugiés, prise en 2015, fut une erreur fondamentale ", explique Werner Patzelt, professeur de science politique à l'université technique de Dresde.
" Ce pacte tacite est rompu "S'il se cristallise sur la question migratoire, le conflit qui oppose la CSU à Mme Merkel est toutefois plus profond.
" La CSU a toujours été plus à droite que la CDU. Mais cela ne posait pas de problème majeur tant qu'il y avait entre les deux partis une sorte de répartition des rôles. En Bavière, des électeurs centristes votaient CSU en misant sur le fait que la ligne qui l'emporterait, au niveau national, serait plus proche de celle de la CDU. Inversement, ailleurs en Allemagne, des électeurs très conservateurs votaient CDU avec l'idée que leur sensibilité serait représentée par les élus de la CSU au Bundestag. C'est ce pacte tacite qui est rompu. Pour la CSU, Merkel a trahi en menant une politique beaucoup trop à gauche qui a ouvert un espace - au parti d'extrême droite -
Alternative pour -l'Allemagne ", analyse M. Patzelt.
Cette fois, la CSU ira-t-elle jusqu'à la rupture ? En tout cas, elle ne l'exclut pas. De ce point de vue, les intentions de M. Söder, rapportées par
Die Welt, dimanche, font écho aux menaces proférées par le président du parti, Horst Seehofer, par ailleurs ministre fédéral de l'intérieur. Interrogé, samedi, par la
Süddeutsche Zeitung, celui-ci s'est dit déterminé à "
renvoyer à la frontière les migrants déjà enregistrés dans un autre pays européen, dans l'hypothèse où aucune solution ne serait trouvée pour régler le problème lors du Conseil européen " des 28 et 29 juin. Et si la chancelière s'y oppose ?
" Nous ne nous laisserons pas faire ", a assuré M. Seehofer, sans pour autant dire précisément quelle décision il prendrait dans ce cas.
Quelle que soit l'issue de la crise, une chose est claire : la CSU a choisi son camp. Le 13 juin, -M. Seehofer a préféré tenir une conférence de presse conjointe avec M. Kurz, de passage à Berlin, plutôt que de participer, aux côtés de Mme Merkel, à un sommet sur l'intégration organisé à la chancellerie. Aujourd'hui, c'est M. Söder qui préfère voir le chancelier autrichien, allié à l'extrême droite, venir le soutenir pendant sa campagne, plutôt que la chancelière allemande. S'ils voulaient signifier qu'ils regardent désormais davantage du côté de Vienne que de Berlin, les dirigeants bavarois ne s'y prendraient pas autrement.
Le gouvernement résistera-t-il à cette fronde, d'une dureté inédite, venue du cœur de la majorité parlementaire ? Difficile à dire. Trois mois seulement après sa laborieuse mise en place, la grande coalition de Mme Merkel semble en tout cas déjà à bout de souffle. D'un côté, la CSU menace de rompre avec la CDU. De l'autre, le Parti social-démocrate (SPD) fulmine contre la CSU.
" M. Seehofer est un danger pour l'Europe ", a ainsi déclaré Andrea Nahles, la présidente du SPD, samedi, à Bochum (Rhénanie-du-Nord-Westphalie).
Une réunion de crise devait avoir lieu, mardi, entre les dirigeants des trois partis. Si tôt après la formation d'un gouvernement, Mme Merkel ne s'était -jamais retrouvée dans une telle situation.
Thomas Wieder
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