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mercredi 28 mars 2018

L'essor de l'islamisme, angle mort de Macron.....La majorité s'oppose à de nouvelles mesures législatives sécuritaires......


28 mars 2018

L'essor de l'islamisme, angle mort de Macron

Le chef de l'Etat a reporté son discours sur la laïcité et sur l'organisation de l'islam, ainsi que l'annonce de mesures destinées à lutter contre la prise en main de cette religion par ses éléments les plus radicaux

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Le silence d'Emmanuel Macron est-il tenable ? S'ils ont dans un premier temps fait preuve de retenue, les opposants au chef de l'Etat pilonnent depuis dimanche la supposée " naïveté " de l'exécutif en matière de terrorisme islamiste, après les attaques de Carcassonne et de -Trèbes (Aude), qui ont coûté la vie à quatre personnes, vendredi 23  mars. " Absence d'action " et " paroles creuses ", accuse Laurent Wauquiez, " désastreux aveuglement ", fustige Marine Le Pen, " forme d'insouciance ",s'inquiète Manuel Valls.
Face à cette offensive, l'exécutif esquive et refuse d'engager le combat, en tout cas pour le moment. A écouter leurs proches, ni Emmanuel Macron ni Edouard Philippe n'ont l'intention de prendre la parole pour répondre aux attaques. " Les Français n'attendent pas des grands discours mais des actes ", justifie-t-on à Matignon, où l'on met en avant le plan de lutte contre la radicalisation présenté le 23  février, à Lille, par le premier -ministre. " La République n'a besoin ni de coups de menton ni d'improvisation ", ajoute un conseiller de l'exécutif, qui estime que le chef de file du parti Les Républicains a - " franchi un cordon sanitaire ".
Il n'empêche, le chef de l'Etat est sur le reculoir. S'il a pris à bras-le-corps l'aspect sécuritaire de l'antiterrorisme, notamment avec l'adoption, en octobre  2017, de la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (SILT), qui a fait entrer dans le droit commun des dispositions de l'état d'urgence (assignations à résidence, perquisitions administratives, fermeture de lieux de culte), Emmanuel Macron se montre beaucoup plus discret sur la dimension religieuse, tout comme sur la question de la place de l'islam en France et ses liens avec la République." C'est un sujet éminemment sensible, qui met immédiatement tout le monde mal à l'aise. C'est un angle mort de la politique, et La République en marche (LRM) n'y fait pas exception ",estime un ministre.
Une " réflexion pas aboutie "L'antienne n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs mois, des proches annoncent un grand discours d'Emmanuel Macron sur la laïcité, mais celui-ci est sans cesse repoussé, à tel point que l'Elysée assure aujourd'hui qu'il n'en a jamais été question. " Le président ne fait pas de discours aussi important sous pression ou sous l'influence de qui que ce soit ", élude-t-on à Matignon. Pour ne pas donner le sentiment de reculer, l'entourage du président fait valoir que le sujet a été évoqué plusieurs fois depuis le début de l'année, lors des vœux aux autorités religieuses, le 4  janvier, puis devant le Conseil représentatif des institutions juives de France, le 7  mars. Devant les premières, M.  Macron avait jugé " indispensable " de mener " un travail sur la structuration de l'islam de France ", alors que beaucoup s'inquiètent, au sommet de l'Etat, d'une " prise de pouvoir des islamistes sur l'islam en France ", selon les mots d'un proche de l'Elysée." Il faut une stratégie globale de l'Etat, souligne un proche du dossier. Comment éviter que les ennemis de la démocratie se glissent dans les -angles morts laissés par la démocratie. "
En février, le chef de l'Etat a annoncé une vaste réforme de l'islam de France, attendue d'ici à la fin du premier semestre 2018. Mais, loin de son volontarisme affiché sur les autres fronts de la " transformation " (économique et sociale), il se montrait très prudent et précisait qu'il avait l'intention de beaucoup consulter. " Ma méthode pour progresser sur ce sujet, c'est d'avancer touche par touche, avait averti M. Macron, dans le JDD du 11  février. Je ne dévoilerai une proposition que quand le travail sera abouti. " De fait, le président multiplie les consultations, ces dernières semaines, avec des intellectuels (Gilles Kepel, Youssef Seddik, -Hakim El Karoui, etc.) ou des représentants du culte. Encore lundi 26  mars, il a reçu à l'Elysée -Delphine Horvilleur, l'une des deux femmes rabbins qui exercent en France, et -Sherin Khankan, la première femme imam du Danemark, qui a fondé une mosquée -réservée aux femmes, à Copenhague.
Pour l'instant, peu de choses ont filtré de ces consultations. En dînant, en juin  2017, avec les représentants du Conseil français du culte musulman, M. Macron avait expliqué qu'il souhaitait mettre fin à l'islam consulaire, soit l'envoi en France d'imams étrangers. D'autres pistes circulaient ces dernières semaines : instauration d'un prélèvement sur le halal pour financer la formation des imams ou possibilité d'un nouveau concordat. Mais plusieurs proches du dossier s'inquiètent du " retard " pris dans la conception du plan et pointent une " indétermination " politique des différents acteurs de l'exécutif. " Ce sont des matières complexes qu'il faut manipuler avec précaution ", plaide-t-on à l'Elysée, reconnaissant que " la réflexion n'est pas aboutie du tout ".
Signe de ce flottement, la majorité des -députés macronistes se montrent embarrassés sur le sujet. Celui-ci n'a fait l'objet d'aucun débat interne ou réunion depuis le début de la législature. Aucune position de groupe n'a été définie par les troupes présidées par Richard Ferrand. Résultat : chacun mène sa propre réflexion, sans oser l'exprimer ouvertement. " Dès que cela porte sur des sujets purement idéologiques, on n'est pas à l'aise… Et comme c'est un sujet de clivage potentiel, qui n'est pas dans le projet de Macron, la plupart des collègues n'osent pas ouvrir le débat de peur de faire une bourde ou de créer une polémique interne ", observe un pilier du groupe LRM. Plusieurs députés reconnaissent " attendre " que M. Macron fixe une ligne claire sur ces sujets, avant de s'y rallier.
" Discours nuancé "Cette gêne était perceptible en novembre  2017, au moment de la polémique entreCharlie Hebdo et Mediapart. A l'époque, seul Aurélien Taché, député (LRM) du Val-d'Oise, avait pris position dans le groupe, en appelant la majorité à " reprendre la bataille culturelle " dans un entretien au Monde." La -République en marche doit s'emparer des thèmes de la laïcité et de l'islam pour incarner une vision politique. Il y a besoin que le camp progressiste puisse défendre son projet d'une société ouverte et qu'il en fasse une force ", -déclarait-il notamment, en condamnant l'" hystérisation " du débat par Manuel Valls.
" Emmanuel Macron et le gouvernement doivent porter un discours construit et nuancé sur le sujet pour ne pas laisser le champ libre aux extrêmes et à - Laurent - -Wauquiez, pour qui c'est uniquement un problème identitaire, estime un ministre de poids. Il y a entre 4 et 6  millions de musulmans en France, donc il faut absolument en parler. "
Fin décembre, une députée du groupe -s'inquiétait des effets possibles de cette omerta." On a un projet commun et des valeurs, mais il y a des sujets sur lesquels on n'est pas totalement mûrs. C'est particulièrement le cas sur la laïcité, un sujet dont on ne parle pas ", regrettait-elle, avant de se projeter : " Il nous faut pourtant définir une position de groupe sur ce sujet car, tant qu'il n'y a pas d'attentat, ça va. Mais le jour où il y en aura un et qu'on devra aller sur les plateaux pour -s'exprimer, cela sonnera faux. "
Alexandre Lemarié, Cédric Pietralunga, et Solenn de Royer
© Le Monde


28 mars 2018

La majorité s'oppose à de nouvelles mesures législatives sécuritaires

Mis sous pression par les déclarations de Marine Le Pen, Laurent Wauquiez et Manuel Valls, les élus LRM refusent de surenchérir

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Nul besoin de surenchérir avec une nouvelle loi ni de durcir les dispositions existantes. Alors que la droite et l'extrême droite réclament un rétablissement de l'état d'urgence ou l'enfermement préventif des " fichés S " après les attaques djihadistes dans l'Aude, plusieurs députés La République en marche (LRM) opposent une fin de non-recevoir à ces demandes de l'opposition, en jugeant suffisant le dispositif de sécurité actuel.
" La logique “un événement-une loi” moi j'y suis extrêmement réticent ", déclare Raphaël Gauvain, rapporteur de la loi antiterroriste (SILT) entrée en vigueur le 1er novembre 2017 pour prendre le relais de l'état d'urgence. " Nous n'allons pas voter une nouvelle loi à chaque fois qu'il y a un attentat, alors que l'arsenal antiterroriste existant a permis d'enrayer vingt-deux attentats en un an ", complète son collègue Sacha Houlié, en précisant que la loi votée par la majorité à l'automne " permet le suivi des personnes radicalisées, la possibilité d'assignation à résidence ou de fermeture de lieux de culte ".
" Le dispositif issu de la loi SILT est efficace. Il garantit l'Etat de droit et la sécurité. Tous ceux qui travaillent avec sérieux sur la question de la lutte antiterroriste trouvent absurde l'internement des “fichés S” ", abonde Aurore Bergé, porte-parole du groupe LRM, en accusant Laurent Wauquiez et Marine Le Pen de s'adonner à " des mesures d'affichage populistes ". " Ils sont dans l'instrumentalisation et dans l'utilisation de ces attentats pour en faire un objet politique, au risque d'oublier le deuil national ", s'indigne à son tour la députée de Paris, Laetitia Avia.
Pour autant, certains élus macronistes n'excluent pas de faire évoluer le dispositif législatif à l'avenir. " Si on s'aperçoit qu'il y a des insuffisances dans la loi votée à l'automne, on pourra l'adapter. S'il faut donner à l'administration de nouveaux outils préventifs on le fera ", assure Raphaël Gauvain. " Si cela s'avérait nécessaire, dans des circonstances exceptionnelles, nous pourrions rétablir l'état d'urgence ", abonde Yaël Braun-Pivet, présidente LRM de la commission des lois. " Mais ce n'est pas le cas aujourd'hui car l'arsenal dont nous disposons est suffisant pour faire face à la menace de manière efficace. " " La réponse n'est pas que législative ", insiste toutefois M. Gauvain." Le gouvernement a lancé un plan de lutte contre la radicalisation notamment en prison, la réponse est là ", selon lui. Plusieurs élus soulignent, en outre, que l'exécutif ne lésine pas sur " les moyens ", en recrutant notamment près de 2 000  agents de renseignement supplémentaires sur l'ensemble du quinquennat.
Les députés de la majorité se désolidarisent de plus des propositions formulées par Manuel Valls, qui a plaidé pour une " interdiction du salafisme " et une éventuelle " rétention administrative " des " fichés S " les plus dangereux. Même si le député de l'Essonne est apparenté LRM, plusieurs élus macronistes jugent que sa parole n'engage aucunement l'ensemble des députés LRM. " Il parle en tant qu'ancien premier ministre et sa ligne n'est pas celle du groupe ", tranche M. Houlié.
" Mesures d'affichage "Son collègue Aurélien Taché est du même avis. Cinglant, le député du Val-d'Oise condamne les propositions de M. Valls, y voyant " des mesures d'affichage, qui risquent de diviser davantage la société, plutôt que d'apporter des réponses opérationnelles ". " Il ne faut pas tout mélanger et se livrer à des raccourcis. Le rôle d'un responsable politique n'est pas de se transformer en islamologue ", ajoute-t-il pour disqualifier la proposition de l'ex-premier ministre visant à interdire le salafisme." Manuel Valls a une vraie expertise sur le sujet ", soutient au contraire le député de Paris Sylvain Maillard, se disant " totalement raccord " avec l'ancien chef de gouvernement sur cette mesure précise. " Je pense qu'il faut savoir nommer nos adversaires et le salafisme est notre adversaire ", ajoute-t-il.
Quant à son idée d'enfermer les " fichés S " de manière préventive, la plupart des députés LRM la rejettent, au motif qu'elle serait inapplicable et priverait les services de renseignement d'un outil de collecte d'informations cruciales sur les personnes radicalisées. Le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, a dénoncé la " surenchère " d'une telle proposition : " Les Etats-Unis ont eu à une époque Guantanamo et ont bien vu que ça ne marchait pas. Ça n'empêche pas les attentats et, par ailleurs, on se retrouve avec des personnes dont, au bout d'un moment, on ne sait plus quoi faire ", a-t-il expliqué sur Europe 1. A l'instar de M. Houlié, certains reprochent à l'ex-premier ministre de " formuler les mêmes propositions que M. Wauquiez et Mme Le Pen ".
Certains, dans la majorité, se montrent toutefois tolérants avec M. Valls. " Il a raison de poser le débat ", nuance ainsi Marie Guévenoux, ancienne juppéiste aujourd'hui députée LRM de l'Essonne. " On a une menace terroriste très forte, si dans certains cas on peut décider d'une assignation à résidence voire d'un placement en rétention administrative sans mettre en péril le renseignement, cela mérite d'être évalué ",poursuit l'élue qui précise que sa position n'est pas arrêtée. Le signe que le débat n'est pas clos au sein du groupe majoritaire.
Al. Le. et Manon Rescan
© Le Monde

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