Le royaume saoudien a de nouveau menacé de représailles son grand rival régional, l'Iran, lundi 26 mars, après le tir par les rebelles houthistes du Yémen, alliés de Téhéran, d'une salve de missiles balistiques d'une ampleur inédite sur le sud-ouest de son territoire et sur sa capitale, Riyad, dans la nuit de dimanche à lundi.
" Nous nous réservons le droit de riposter contre l'Iran en temps et lieu ", a prévenu le porte-parole de la coalition de pays arabes menée par l'Arabie saoudite au Yémen, le colonel Turki Al-Maliki, qui rappelait la certitude de la coalition que l'Iran fournit de tels missiles aux rebelles
. Washington, Paris et Londres ont condamné ces tirs et exprimé leur solidarité avec Riyad.
Le royaume a affirmé que quatre missiles visant la capitale – sept ont été tirés au total trois ans, jour pour jour, après le début de l'intervention saoudienne au Yémen – avaient été interceptés au-dessus de zones d'habitation. Une information sujette à caution : des experts indépendants de l'université de Monterey, en Californie, ont démontré que le système de défense Patriot, fourni à l'Arabie saoudite par les Etats-Unis, avait échoué à intercepter deux précédents tirs de missiles sur Riyad, en novembre et en décembre 2017, qui n'avaient pas fait de victimes. Des vidéos partagées en ligne par des habitants, lundi, enregistrant des traînées rouges dans le ciel et de lourdes explosions, semblaient notamment montrer un missile Patriot s'écraser peu après avoir été tiré au-dessus de Riyad, à l'approche d'un projectile houthiste.
Ces bombardements ont fait, pour la première fois, un mort dans la capitale saoudienne – un ressortissant égyptien – et deux blessés, victimes de débris de l'un des missiles interceptés, selon le royaume.
Impatience de WashingtonUn rapport d'experts de l'ONU avait conclu, en janvier, que Téhéran avait échoué à empêcher les houthistes de s'approvisionner en drones et missiles balistiques de probable provenance iranienne, violant ainsi l'embargo sur les livraisons d'armes au Yémen approuvé par la résolution 2216 de l'ONU en avril 2015, ce que Téhéran nie.
En novembre 2017, les houthistes avaient démontré une capacité balistique nouvelle, doublant la portée de leurs tirs pour atteindre pour la première fois Riyad. Selon les experts de l'ONU, ces missiles de type Scud présentent d'importantes similitudes avec un modèle iranien, le Qiam-1. Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, surnommé " MBS ", avait alors dénoncé
" un acte de guerre " de l'Iran.
Ces nouveaux tirs ont lieu alors que MBS poursuit une visite de près de trois semaines aux Etats-Unis, qui devait le mener notamment en Californie, sur le site de production du système de défense antimissiles Thaad, qui a fait l'objet d'une promesse de vente américaine à l'automne 2017, pour 15 milliards de dollars (12 milliards d'euros).
En recevant l'homme fort du royaume, le 22 mars au Pentagone, le secrétaire américain à la défense, James Mattis, l'avait exhorté à faciliter un règlement négocié du conflit yéménite. Affirmant que les Etats-Unis et leur allié saoudien allaient
" mettre fin à cette guerre ", M. Mattis avait adressé le signal le plus clair à ce jour de l'impatience de Washington envers l'intervention saoudienne, deux jours après que le Sénat américain avait rejeté une résolution visant à mettre un terme à l'assistance logistique et de renseignement apportée par Washington à la coalition.
Depuis deux mois, des représentants saoudiens et le porte-parole des houthistes, Mohamed Abdoulsalam, auraient entrepris des contacts discrets à Oman, selon des diplomates et des responsables yéménites cités par l'agence Reuters. La coalition et les houthistes ont cependant démenti la tenue de tels pourparlers, alors qu'un nouvel émissaire des Nations unies pour le Yémen, le Britannique Martin Griffiths, vient de prendre ses fonctions.
Lundi, les houthistes ont organisé un vaste rassemblement de soutien dans la capitale yéménite, qu'ils occupent depuis septembre 2014. Le chef du " gouvernement " houthiste, Saleh Al-Sammad, a appelé Riyad à mettre un terme à ses bombardements au Yémen s'il souhaite voir cesser les tirs de missiles des houthistes en direction de son territoire.
Louis Imbert
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