La Tunisie marque le 3e anniversaire de la chute de Ben Ali
Reuters/Reuters - A Tunis. Des milliers de Tunisiens, laïques comme islamistes, ont célébré mardi le troisième anniversaire de la chute du président Zine ben Ali, aboutissement de la révolution qui devait ouvrir
par
Patrick Markey et Aziz El Yaakoubi
TUNIS (Reuters) - Des
milliers de Tunisiens, laïques comme islamistes, ont célébré mardi le troisième
anniversaire de la chute du président Zine ben Ali, aboutissement de la
révolution qui devait ouvrir la voie au "printemps arabe".
Dans la capitale,
Tunis, la foule s'est rassemblée sur l'avenue Habib Bourguiba en agitant des
drapeaux et en scandant des slogans, non loin du ministère de l'Intérieur
devant lequel les manifestants criaient lors de la "révolution de jasmin"
en 2011 "Dégage !" à l'adresse de Ben Ali.
Cette révolte contre
un régime autocratique avait été le point de départ des soulèvements en Libye,
en Egypte, au Yémen et en Syrie. Si dans ces pays les troubles, voire la
guerre, n'ont pas cessé depuis lors, la Tunisie, elle, poursuit malgré les
difficultés sa transition démocratique.
Un nouveau Premier
ministre, Mehdi Jomaâ, a pris ses fonctions vendredi après la démission du
gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda.
L'accord conclu entre
Ennahda et l'opposition laïque, qui vise à mettre fin à trois années de crise
politique, prévoit la tenue dans le courant de l'année d'élections que devra
préparer le nouveau gouvernement composé de personnalités indépendantes.
Mehdi Jomaâ, un ancien
ministre de l'Industrie, dirigera cette équipe de techniciens qui devra
notamment lancer les réformes économiques réclamées par les bailleurs de fonds
internationaux de la Tunisie et faire face à la menace djihadiste.
"Personne,
aujourd'hui, ne remettra en question ces résultats", déclare dans un
groupe de manifestants laïques à Tunis Salem Bouzidi, un routier qui s'est
couvert du drapeau national.
"C'est comme un
nouveau départ pour tout le monde et quel que soit le vainqueur des prochaines
élections, il aura vraiment la victoire !", ajoute-t-il.
"TOUJOURS COMME
AVANT"
Plus loin, parmi les
manifestants islamistes, Solaf el Hammami, un étudiant, loue l'attitude
"responsable" d'Ennahda qui, assure-t-il, remportera les prochaines
élections.
Mais pour une partie
de la population, rien n'a vraiment changé depuis la révolution. "Nous
avons nos problèmes, nos problèmes quotidiens et la révolution n'a pas vraiment
changé nos vies", dit Azzedine, un commerçant du quartier pauvre
d'Ettahdamon à Tunis, où des jeunes ont affronté la police la semaine dernière.
"Ici, c'est toujours comme avant la révolution."
La composition du
gouvernement doit être annoncée dans les prochains jours. Le prédécesseur de
Jomaâ, Ari Larayedh, qui a démissionné jeudi, avait été chargé en février
dernier de diriger le gouvernement. Sa démission était la conséquence d'un
accord conclu entre les islamistes d'Ennahda et l'opposition laïque pour sortir
la Tunisie de l'impasse politique.
Le meurtre de deux
figures de l'opposition, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, en février et juillet
2013, a précipité la crise.
Dans le cadre de
l'accord conclu en décembre, Ennahda a accepté de céder le pouvoir à un
gouvernement intérimaire apolitique après l'adoption d'une nouvelle
Constitution ainsi que d'un calendrier électoral, et la formation d'une
commission chargée de superviser les scrutins à venir.
Cette commission,
l'Instance supérieure indépendante pour les élections, a été formée la semaine
dernière. L'Assemblée constituante progresse, elle, dans la rédaction d'une
nouvelle loi fondamentale.
Si la crise politique
semble s'estomper, les problèmes économiques s'imposeront vite au nouveau
gouvernement contraint de réduire les déficits des comptes publics dans un
contexte de fort mécontentement social en raison de la hausse du coût de la vie
et de la pénurie d'emplois depuis la "révolution de jasmin".
Guy Kerivel pour le
service français
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