L'actualité du samedi 11/01/2014
La UNE

Générations
Au moment
de la présentation du Vent se lève à la Mostra de Venise, le metteur en
scène Hayao Miyazaki a fait savoir qu’il s’agissait (cette fois pour de bon) de
son dernier film. Ont alors fleuri les hypothèses les plus sombres sur l’avenir
du mythique Studio Ghibli. Parmi lesquelles, celle, tenace et pour le moins
ironique, du rachat par l’empire fondé par son successeur au titre de
plus grand cinéaste d’animation au monde : Walt Disney. Des millions
d’enfants à travers la planète n’ont pas attendu d’être critiques ou historiens
du cinéma pour se livrer à des comparaisons sauvages entre les deux
univers, certains prenant même, très jeunes, fait et cause pour les subtils
personnages de Miyazaki au point de boycotter les caricaturales princesses
Disney. Comme la philosophe mélioriste Sandra Laugier le rappelle avec force
chaque mois dans sa chronique pour Libé Week-End, les œuvres
cinématographiques, et de plus en plus souvent, les séries télé, participent de
notre perfectionnisme moral. Dit autrement : elles nous aident à mieux
vivre en nous insérant quotidiennement dans la grande conversation du monde. A
l’âge des écrans, cela vaut davantage encore pour les enfants, ceux dont la
socialisation s’opère désormais en grande partie face à des films qu’ils ont
pris l’habitude de voir et revoir, comme on lit et relit. On peut prendre le
pari que les enfants qui ont grandi en compagnie des chefs-d’œuvre de
Miyazaki, avec tout ce qu’ils charrient sur nos relations à la planète ou
entre les genres, seront demain de «meilleurs» adultes que ceux des générations charmed by Disney ou traumatisées par Bambi.
Par sylvain Bourmeau
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