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vendredi 30 novembre 2018

Les Crises.fr - Sept jours en septembre. Par Joe Lauria


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5.novembre.2018 // Les Crises



Sept jours en septembre. Par Joe Lauria


Source : Joe Lauria, Consortium News, 03-10-2018
Un nouveau livre, une tribune libre anonyme et un discours d’Obama dans les sept premiers jours de septembre ont semblé révéler des manœuvres d’initiés dangereuses contre un président dangereux, mais constitutionnellement élu, écrit Joe Lauria.
Au cours des sept premiers jours de septembre, les efforts déployés pour gérer et peut-être écarter un président élu selon la Constitution ont été rendus publics de manière étonnante, soulevant des questions complexes sur le système démocratique vanté de l’Amérique.
Ce qui s’est déroulé semble rappeler le roman et le film Seven Days in May [en France : 7 jours en mai, NdT] : l’histoire d’une tentative de coup d’État militaire contre un président américain qui cherchait à améliorer ses relations avec la Russie. Le président fictif était basé sur le vrai John F. Kennedy, qui a ouvert la Maison-Blanche en 1963 au réalisateur John Frankenheimer pour filmer les seules scènes d’un film hollywoodien jamais tourné là-bas.
Kennedy était bien conscient de la fureur politique des hauts gradés du Pentagone après son refus de procéder à un assaut à grande échelle contre Cuba dans la baie des Cochons. Elle a été aggravée par son désir de détente avec Moscou après la crise des missiles de Cuba, que Kennedy a exprimé avec force dans son discours à l’Université américaine, cinq mois avant sa mort.
C’est la scène essentielle (à ne pas manquer) du film, 2:25 minutes brillantes d’histoire à l’écran :
La citation clé du personnage jouant Kennedy est : « Vous avez une affection évangélique si fervente et passionnée pour votre pays, pourquoi n’avez-vous aucune foi dans le système de gouvernement que vous êtes si ardent à protéger ? »
Pas besoin de connaître Jack Kennedy pour savoir que Donald Trump n’est pas Jack Kennedy. Trump a pris une série de positions dangereuses pour les intérêts de la plupart des Américains et des peuples du monde entier : sur le climat, les allégements fiscaux pour les milliardaires, l’assurance maladie, la guerre des drones, la torture, l’immigration, l’Iran, la Palestine et plus.
Mais Trump a manifestement essayé d’améliorer ses relations avec la Russie et la Corée du Nord pour désamorcer les points de déclenchement nucléaires les plus sensibles de la planète. Et pour cela, il semble au moins recevoir le traitement Kennedy d’avant 1963.
Circonstanciel
Jusqu’aux sept premiers jours de septembre, il n’y avait que des preuves circonstancielles que les services de renseignement avaient travaillé avec le parti au pouvoir pour saper le candidat du parti d’opposition avant les élections et le président par la suite.
Celles-ci ont inclus :
  • une série de fuites anonymes visant à saper le président de la part des services de renseignement d’Obama, dont l’une a été admise par James Comey, alors directeur du FBI ;
  • une série de messages politiques anti-Trump entre les responsables du FBI Peter Strzok et Lisa Page, dont un qui admet qu’il n’y a « pas là [preuve : NdT], là [preuve] » concernant la collusion entre Trump et la Russie, même si Strzok a rejoint l’équipe du conseiller spécial Robert Mueller précisément pour chercher un “là, là”.
  • l’utilisation d’un dossier de recherche de l’opposition payé par le Parti démocrate (et non d’un rapport approuvé par une agence de renseignement) qui servira plus tard à obtenir un mandat pour espionner la campagne Trump et servir de base à l’enquête Mueller ;
  • un agent de la CIA et du FBI, lié à la firme qui a produit le dossier, qui avait infiltré la campagne de Jimmy Carter en 1980, et en 2016 a courtisé des agents de la campagne Trump dans une possible opération d’infiltration pour relier Trump à Moscou.
Cela a créé une image des démocrates, le parti détenant le pouvoir l’exécutif, qui se sert de ses agences de renseignement pour saper d’abord un candidat et ensuite un président élu par la Constitution. La plupart des grands médias ont enterré ou rejeté ces pistes comme une « théorie de conspiration », tout en poussant sans relâche la théorie de conspiration jusque-là non prouvée que Trump s’est allié à la Russie pour voler l’élection.
L’effort semblait être une tentative classique de dévier l’attention sur la Russie dans la défaite d’Hillary Clinton et, dans une tradition politique séculaire, d’accuser faussement une puissance étrangère hostile d’accroître les troubles intérieurs résultant de politiques bi-partisanes et injustes, qui ont en effet « sapé notre démocratie » et « semé des divisions sociales ». C’est cette agitation qui a aidé à élire Trump.
Aussi dangereux qu’il puisse être pour la république, Trump sera parti dans deux ou six ans. Le plus grand danger pourrait bien avoir été que des responsables incontrôlables non élus du renseignement se soient immiscés dans le processus électoral et maintenant, alliés aux responsables de l’administration de Trump, dans le processus gouvernemental. Un dicton de l’Agence nationale de sécurité [NSA] est : « Les administrations vont et viennent, mais nous serons toujours là ».
Suspicion de longue date
Il y a toujours eu des soupçons de forces en coulisses qui détiennent le véritable pouvoir sur les présidents américains. Nous n’avons qu’occasionnellement des aperçus de cela.
Cela a miné Obama en Syrie. (USAF Reserve Command)
Le ministre de la défense Ash Carter a ouvertement défié le président Barack Obama lorsqu’il a saboté un plan de coopération militaire avec la Russie contre des extrémistes en Syrie en tuant des dizaines de soldats de l’armée arabe syrienne au moment même où le secrétaire d’État John Kerry mettait au point les détails de l’accord, qui fut ensuite abandonné. Cela s’est produit alors que des responsables non élus ont fait pression sur M. Obama pour qu’il intervienne directement en Syrie.
La plupart du temps, nous en sommes réduits à spéculer sur les forces invisibles qui contrôlent un président.
Mais au cours des sept premiers jours de septembre, nous avons eu trois indications bizarrement publiques de personnes non élues tentant de saper un président élu : les révélations dans le nouveau livre de Bob Woodward, le commentaire anonyme dans le New York Times et un discours peu banal de Barack Obama concernant Trump.
Masha Gessen, un critique sévère de Trump et du président russe Vladimir Poutine, a ainsi expliqué le danger dans The New Yorker :
« Le fait que cet état de choses soit relaté dans la presse écrite établit en outre qu’un ou plusieurs organes non élus prennent le dessus et sapent activement le dirigeant élu. Bien qu’il s’agisse là du salut du pays à brève échéance, cela signifie aussi clairement la fin de certains de ses idéaux et normes constitutionnelles les plus appréciés. Une ou des personnes anonymes ne peuvent pas gouverner pour le peuple, parce que le peuple ne sait pas qui gouverne. »
De vraies preuves émergent
Le 5 septembre, le New York Times a pris la décision très inhabituelle de publier une tribune anonyme. Intitulée I Am Part of the Resistance Inside the Trump Administration, il avait le sous-titre : « Je travaille pour le président, mais j’ai des collègues du même avis et j’ai juré de contrecarrer certaines parties de son programme et ses pires inclinations ».
Le fonctionnaire, qui n’a pas encore été démasqué, fournit des preuves évidentes que des fonctionnaires non élus tentent de contrôler un président qui n’est pas au fait des enjeux : « Le dilemme – qu’il ne comprend pas tout à fait – est que de nombreux hauts fonctionnaires de sa propre administration travaillent diligemment de l’intérieur pour contrecarrer certains aspects de son programme… ».
Mais voici la clé. Ce pouvoir dans l’ombre a un programme politique distinct. Il ne se soucie pas vraiment de « s’élever au-dessus de la politique, d’aller vers l’autre bord et de se résoudre à abandonner les partis en faveur d’un seul : Américains », comme le dit l’auteur. Leur préoccupation est de déterminer la politique.
Par exemple, cette cabale n’a aucun problème avec certaines des parties les plus régressives du programme de Trump. Le rédacteur les célèbre. « Ne vous méprenez pas », écrit-il. « Il y a des points positifs que la couverture négative quasi incessante de l’administration ne parvient pas à capter : une déréglementation efficace, une réforme fiscale historique, une armée plus robuste et plus encore. »
La déréglementation pour laisser le secteur privé faire peu de cas des travailleurs. La déréglementation pour aggraver le changement climatique. Une réforme fiscale pour mettre des millions de dollars de plus dans les poches des milliardaires alors que les Américains moyens restent englués dans la dette. Et une armée plus robuste pour multiplier les souffrances humaines dans le monde.
Ceci, au lieu de cela, semble être le vrai problème que les initiés ont avec Trump : « En ce qui concerne la Russie, par exemple, le président hésitait à expulser autant d’espions de M. Poutine pour punir l’empoisonnement d’un ancien espion russe en Grande-Bretagne. Il s’est plaint pendant des semaines du fait que des cadres supérieurs l’avaient acculé à une nouvelle confrontation avec la Russie, et il s’est dit mécontent que les États-Unis continuent d’imposer des sanctions à ce pays pour son comportement malveillant. Mais son équipe de sécurité nationale savait mieux que lui- de telles actions devaient être prises, pour tenir Moscou responsable. »
C’est la politique russe de Trump – la seule partie rationnelle de son programme – qui est leur problème, un peu comme les généraux dans le chef-d’œuvre de Frankenheimer.
Obama claque Trump
Le 7 septembre, M. Obama a rompu avec la tradition des anciens présidents et a critiqué son successeur dans un discours prononcé à l’Université de l’Illinois. C’est une règle non écrite à Washington, alors quand on quitte la Maison-Blanche, on ne regarde pas en arrière. Bien sûr qu’elle a déjà été enfreinte. Teddy Roosevelt a traité Taft de « puzzlewit » et de « fathead » [« imbécile » et « débile », NdT]. Mais l’idée est que lorsque vous n’êtes plus un président élu, vous ne devez pas fragiliser celui qui l’est.
« C’est si dur de dire que les nazis sont méchants ? » M. Obama a fait référence à la réticence de M. Trump à condamner les néonazis de Charlottesville, en Virginie, l’an dernier.
Comme Obama était encore président lorsque ses services de renseignements se sont apparemment mis au travail sur Trump, c’était un peu trop pour lui de dire cela : « Ce ne devrait pas être démocrate ou républicain, ce ne devrait pas être partial de dire que nous ne faisons pas pression sur le ministère de la Justice ou le FBI pour utiliser le système de justice pénale comme un gourdin pour punir nos adversaires politiques ».
Rappelant évidemment ses propres batailles avec les fonctionnaires de l’administration qui ont fait pression sur lui, M. Obama a toutefois reconnu qu’il est antidémocratique pour une équipe présidentielle d’essayer de le miner. « L’idée que tout ira bien parce qu’il y a des gens à la Maison-Blanche qui n’obéissent pas secrètement aux ordres du président », a dit M. Obama au sujet de l’éditorial anonyme, « … n’est pas un chèque. Je suis sérieux, là. Ce n’est pas ainsi que notre démocratie est censée fonctionner. »
La peur et encore la peur
Mattis : a sauvé la mise ?
Les révélations les plus alarmantes sur les efforts pour contrôler un président proviennent du livre de Woodward : Fear : Trump in the White House [La peur : Trump à la Maison Blanche, NdT], qui a été publié pour la première fois dans les médias pendant les sept premiers jours de septembre, le 4 septembre. Woodward a dit dans une interview qu’il « a cherché des preuves de collusion avec la Russie, mais n’en a trouvé aucune ».
Cela n’a pas empêché les membres de l’équipe de Trump de s’ingérer dans ses fonctions de chef de l’exécutif, allant bien au-delà du rôle de conseil du président.
Une grande partie des reportages de Woodward proviennent de sources anonymes et de seconde main. En supposant que ce qu’il écrit est vrai, il a rapporté que l’ancien conseiller économique de la Maison-Blanche Gary Cohn « a volé une lettre sur le bureau de Trump ». Si Trump l’avait signée, les États-Unis se seraient retirés d’un accord de libre-échange avec la Corée du Sud. Woodward cite Cohn dans les mots d’un fonctionnaire anonyme disant : « Je l’ai volé sur son bureau… je ne voulais pas qu’il la voie. Il ne verra jamais ce document. Il faut protéger le pays. »
Cela semblerait aller trop loin.
Cependant, cela devient alors beaucoup plus compliqué que Sept Jours en Mai.
« Il rédige un tweet disant : ” Nous allons retirer les personnes à charge de Corée du Sud… Les membres de la famille des 28 000 personnes présentes” », a déclaré Woodward à CBS News.
Selon CBS :
Ce tweet n’a jamais été envoyé à cause d’un message de la Corée du Nord qui considérerait un retrait des familles comme un signe que les États-Unis se préparaient à attaquer. « À ce moment-là, les dirigeants du Pentagone avaient un sentiment d’inquiétude profonde : “Mon Dieu, un seul tweet alors que nous avons des informations fiables que les Nord-Coréens vont voir ceci comme une attaque imminente” », a dit Woodward.
Selon le livre, Trump a également dit au ministre de la Défense Jim Mattis d’assassiner le président syrien Bachar al-Assad après l’attaque chimique d’avril 2017. « Tuons-le, putain ! rentrons lui dedans!. Tuons tous ces enfoirés », a dit M. Trump, d’après Woodward. (Cela ne plairait pas au Kremlin, son prétendu maître, mais peu importe) .
Mattis aurait dit à Trump qu’il « s’en occuperait », mais il a ignoré l’ordre. Mattis a imaginé des coups de piqûre d’épingle à la place.
C’est de l’insubordination ? Ou s’agissait-il de sauver les États-Unis, le Moyen-Orient et peut-être le monde d’une guerre majeure ?
Cela pose certainement un dilemme terrible. Cette fois, ce sont peut-être les généraux qui préservent la paix.
Sept Jours en Septembre peut en effet être l’inverse de Sept Jours en Mai.
Joe Lauria est rédacteur en chef de Consortium News et ancien correspondant du Wall Street Journal, du Boston Globe, du Sunday Times of London et de nombreux autres journaux. On peut le joindre à joelauria@consortiumnews.com et le suivre sur Twitter @unjoe .
Source : Joe Lauria, Consortium News, 03-10-2018
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.
Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]
calal // 05.11.2018 à 17h37
Je ne croie plus les medias mainstreams sur beaucoup de sujets.Pourquoi devrai je croire ce qu’ils disent sur Trump?Qui puis-je encore croire?
C’est le probleme de la valeur de la confiance,un peu comme la liberte ou la sante.Quand elle a disparu,vous vous apercevez de la valeur qu’elle avait.

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