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vendredi 30 novembre 2018

« Deux démocraties » en Belgique - lundi 5 novembre 2018


« Deux démocraties » en Belgique
ANALYSEBRUXELLES- correspondant
Même ses adversaires les plus résolus sont contraints de l’admettre : Bart De Wever, campé en austère et intransigeant gardien des valeurs de la droite conservatrice flamande, a parfois raison. Le maire d’Anvers et dirigeant de l’Alliance néoflamande (NVA) fonde toujours une partie de son programme sur l’idée que la Belgique sera, à terme, définitivement ingouvernable parce que « deux démocraties », une flamande et une francophone, aux profils par trop divergents, ne peuvent durablement cohabiter sous le même toit. Celui d’un Etat qui n’a de fédéral que le nom, parce qu’il ne fédère rien et ne peut que limiter l’action de forces centrifuges. Lesquelles pourraient provoquer, un jour, la rupture entre néerlandophones et francophones.
Deux démocraties ? S’ils voulaient donner raison au chef du principal parti de Flandre – et de Belgique –, les électeurs ne s’y seraient pas pris autrement, le 14 octobre, lors des élections communales (municipales). Ce scrutin, le premier depuis quatre ans, avait, du coup, valeur du test. Pour la coalition fédérale, alliance inédite d’un seul parti francophone, le Mouvement réformateur de Charles Michel, et de trois formations flamandes, dont la NVA, qui en est à sa première participation. Test, aussi, pour le gouvernement régional wallon, où libéraux et centristes humanistes ont renvoyé dans l’opposition le puissant PS. Test, enfin, pour la Flandre, où il s’agissait de voir si la NVA allait souffrir, ou non, du passage de son statut de force protestataire à celui de parti de pouvoir.
On scrutait aussi la performance de l’extrême droite xénophobe du Vlaams Belang, littéralement aspirée par les nationalistes lors des scrutins précédents : allait-elle retrouver des couleurs à la faveur des débats sur la migration et de la poussée populiste en Europe ?

Performance inédite des Verts

Les réponses à ces diverses questions se résument à un constat : la partie francophone du pays glisse nettement à gauche tandis que la Flandre s’ancre un peu plus encore à droite. Dans cette région, la NVA est confirmée dans son rôle de leader flamand, même si elle connaît un léger recul, et l’extrême droite progresse, surtout dans les villes moyennes. Elle serait en mesure d’accéder au pouvoir dans une vingtaine d’entre elles si le « cordon sanitaire » établi par les partis démocratiques qui l’entourait jusqu’ici venait à céder. Et elle pourrait, symboliquement, décrocher son premier poste de maire dans l’une ou l’autre cité, comme Ninove, dans la grande périphérie bruxelloise, où la victoire d’un candidat qui a agité la menace de l’immigration africaine a été marquée par des saluts nazis. Il a engrangé 40 % des voix, mais la NVA a décidé, après réflexion, de ne pas s’allier à ce personnage trop encombrant.
A Bruxelles, le parti Ecolo réalise une performance inédite, bénéficiant d’un changement sociologique de la population très défavorable à une droite qui a, en outre, délaissé les enjeux de l’environnement, de la mobilité et du multiculturalisme. Des thèmes qui profitent, en revanche, aux Verts. Ils ont déjà assumé le pouvoir à différents niveaux et devront désormais faire leurs preuves dans la gestion très concrète de plusieurs municipalités.
En Wallonie, c’est le Parti du travail de Belgique (PTB), une formation de la gauche radicale, qui a réalisé une percée. Il frôle les 10 % et oblige le PS à entrer en négociation avec lui dans les deux principales villes, Liège et Charleroi, ainsi qu’à Molenbeek. De quoi fournir des armes à la droite flamande qui se demande, désormais, pourquoi le cordon sanitaire ne s’appliquerait pas à cette formation aux contours très flous, aux lointaines racines staliniennes et au discours volontiers populiste. Ses élus veulent incarner une force de gauche moderne, alternative. Une « gauche authentique », disent leurs slogans, sans que l’on sache encore si leurs modèles sont plutôt Jean-Luc Mélenchon ou les communistes portugais, Die Linke ou les Podemos espagnols.
En clair, ses dirigeants se cantonneront-ils à un discours de dénonciation ou accepteront-ils des compromis et sont-ils prêts à gouverner en coalition, eux qui critiquent, par exemple, le Grec Alexis Tsipras et son parti Syriza pour leur soumission aux « diktats » européens ? Ils se sont réfugiés jusqu’ici derrière la revendication d’une – plus qu’improbable – renégociation des traités de l’Union pour refuser d’entrer dans l’une ou l’autre majorité. Un argument difficile à faire valoir sur le plan local, mais les négociations qu’ils ont menées avec le PS en plusieurs endroits ont toutefois capoté.
Paul Magnette, le maire de Charleroi et possible futur dirigeant du PS francophone, disait récemment ne se soucier aucunement de la réaction des dirigeants flamands aux discussions que son parti a menées avec le PTB. Un propos net, qui renvoie les tenants du régionalisme à tous crins à leurs principes.
Il reste que le fragile équilibre belge suppose, pour le maintien de ce qui reste de l’Etat, qu’au-delà des nombreux désaccords entre eux des dirigeants néerlandophones et francophones trouvent toujours des accords. C’est ce qu’avait réussi à obtenir le socialiste Elio Di Rupo après la crise des 540 jours sans gouvernement, en 2011. C’est ce que le libéral Charles Michel a forcé, en 2014 : en échange de son entrée au gouvernement, la NVA allait « geler » son programme institutionnel. Après les élections législatives de mai 2019, c’est un remake de « Bye Bye Belgium », l’émission culte de la RTBF sur la séparation du pays, qui pourrait s’imposer si, confirmant l’affaiblissement des grands partis et la montée de courants diamétralement opposés, les électeurs belges reproduisaient le résultat des municipales.

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