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jeudi 1 novembre 2018

Les Crises.fr - Le pire scénario de l’armée américaine : La conquête d’une grande partie de l’Afrique par l’EI, Al Qaïda et Boko Haram. Par Nick Turse le 16.10.2018

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16.octobre.2018 // Les Crises



Le pire scénario de l’armée américaine : La conquête d’une grande partie de l’Afrique par l’EI, Al Qaïda et Boko Haram. Par Nick Turse



Source : The Intercept, Nick Turse, 12-09-2018

Photo Illustration : Elise Swain/The intercept ; Photos : Getty Images (4)
Qu’est-ce qui empêche le général Thomas Waldhauser, chef du Commandement des États-Unis pour l’Afrique, (AFRICOM) de dormir ? On ne sait pas, mais les analystes sous son commandement s’inquiètent du fait que des organisations terroristes comme l’État islamique, Al-Qaïda et Boko Haram unissent leurs forces et déstabilisent de larges pans du continent africain.
Les documents de planification publiés en octobre 2017 et classés par Waldhauser détaillent les pires scénarios imaginés par le commandement. Ces prévisions, qui constituent une mise à jour du plan de campagne de l’AFRICOM et ont été obtenues par The Intercept en se référant à la loi sur la liberté de l’information, portent sur la possible augmentation des organisations terroristes dans le nord et l’ouest du continent, notamment en Libye, au Sahel et dans le bassin du lac Tchad. Ils offrent une vision cauchemardesque d’une région déstabilisée et en crise qui pourrait – si le pire se produisait – tomber de plus en plus sous le contrôle d’al-Qaïda, de l’EI et de Boko Haram.

L’Afrique du Nord et de l’Ouest ont connu une implication militaire intense de la part des États-Unis au cours de la dernière décennie. Comme The Intercept l’a rapporté plus tôt cette année, les États-Unis ont mené environ 550 frappes de drones en Libye depuis 2011– plus qu’en Somalie, au Yémen ou au Pakistan. En juillet, Politico a révélé que depuis au moins cinq ans, les Bérets verts, les Navy SEALs [force spéciale de la marine de guerre des États-Unis, NdT] et d’autres commandos – opérant sous une autorité budgétaire opaque connue sous le nom de Section 127e – ont été impliqués dans des raids de reconnaissance et d’« action directe » avec les forces locales au Cameroun, Libye, Mali, Mauritanie, Niger, et Tunisie. Entre 2015 et 2017, il y a également eu au moins 10 attaques non signalées contre des troupes américaines en Afrique de l’Ouest, a révélé le New York Times en mars. En octobre dernier, quatre soldats américains ont été tués dans une embuscade de l’EI au Niger. Deux mois plus tard, des Bérets verts combattant aux côtés des forces locales dans ce même pays auraient tué 11 militants de l’EI.
Cette révélation intervient alors que Waldhauser a soumis une proposition, en réponse à la stratégie de l’administration Trump qui est de se concentrer de plus en plus sur les menaces que représentent la Chine et la Russie, de réduire considérablement le nombre de commandos américains sur le continent et de fermer plusieurs bases, selon un récent article du New York Times. L’AFRICOM n’a pas répondu aux demandes d’interview de Waldhauser.
Les documents de l’AFRICOM imaginent un avenir dans lequel l’État islamique consoliderait son contrôle sur l’est de la Libye – une région déstabilisée par l’intervention militaire de l’OTAN en 2011 qui a renversé l’autocrate Muammar Kadhafi. EI, dans ce scénario, dominerait les grandes villes et développerait des liens étroits avec les milices locales et les « structures tribales ». Selon les dossiers, l’EI pourrait alors utiliser les recettes pétrolières pour financer une vaste campagne de terreur. « L’EI et ses branches associées pourraient alors commencer à planifier et à mener des attaques à grande échelle et à fort impact contre des cibles occidentales en Afrique du Nord et en Europe », toujours selon les dossiers.
Les experts disent que ces scénarios sont en général plausibles, mais manquent de finesse. Peu d’éléments donnent à penser que beaucoup de temps ou d’efforts ont été consacrés à l’élaboration de ces prévisions cauchemardesques. Des aspects clés – comme les mesures de protection probables qui empêcheraient probablement que des projections aussi sombres ne se réalisent – ne sont pas mentionnés. Un ancien analyste du renseignement américain, qui a demandé à ne pas être nommé par crainte de compromettre ses relations avec les responsables actuels, a qualifié de « ridicule » un scénario impliquant Boko Haram et l’EI en Afrique de l’Ouest en raison de son improbabilité. Des contrôles supplémentaires sur les militants, comme les groupes d’autodéfense et les forces d’autodéfense locales, empêcheraient presque certainement que le pire scénario ne se réalise.
Parmi les préoccupations de l’AFRICOM figure une alliance potentielle entre l’EI et Ansar al-Sharia-Benghazi, ou ASB, dont les membres auraient pris part à l’attaque meurtrièrecontre le consulat américain à Benghazi, en Libye, en septembre 2012. Une telle fusion, prévient le commandement, fournirait à l’État islamique des réseaux d’approvisionnement sophistiqués et un important contingent de combattants expérimentés et bien armés. La combinaison du pouvoir local de l’ASB et des « tactiques agressives » de l’EI pourrait permettre au groupe d’expulser de Benghazi l’armée nationale libyenne, dirigée par le général Khalifa Haftar.
Juste au sud, dans les pays de la région du Sahel, le scénario cauchemardesque de l`AFRICOM implique l’union de l’EI et d`Al Qaïda au Maghreb islamique, ou AQMI, groupes terroristes concurrents avec lesquels ils ont rivalisé antérieurement. Les projections expriment la crainte que « les agents de l’AQMI et de l’EI s’associent pour préparer des attaques contre les autorités américaines, occidentales et locales dans le but de démontrer la portée de cette fusion ». Une telle vague de violence, préviennent les documents, permettrait à l’organisation terroriste hybride de faire des incursions en Algérie, au Mali et en Tunisie, « unifiant les extrémistes à travers la région ». Cela permettrait à son tour d’y lancer des attaques à grande échelle contre les soldats de la paix des Nations unies ainsi que des enlèvements et des « opérations d’assassinat » contre les Occidentaux.
« D’ici cinq ans, les groupes rétabliront leur contrôle du territoire nord malien jusqu’à Tombouctou et maintiendront des relations étroites et de coopérations avec les groupes rebelles maliens pour assurer une gouvernance efficace du territoire acquis » selon les prévisions les plus sombres de l’AFRICOM.

Le général Tom Waldhauser, commandant des forces américaines en Afrique (AFRICOM), assiste à une conférence de presse après une réunion sur la sécurité avec le gouvernement de réconciliation nationale dans la capitale libyenne,Tripoli, le 31 mai 2018. (Photo par STRINGER / AFP/ Getty Images)
Selon les termes de la proposition de Waldhauser de réduire le nombre de commandos américains opérant en Afrique de 25 pour cent sur 18 mois et de 50 pour cent sur trois ans, les réductions de troupes diminueraient fortement en Afrique centrale et occidentale, à commencer par des pays comme le Cameroun et le Niger. C’est précisément dans cette région que l’AFRICOM, dans ses documents de planification pour 2017, a envisagé ce qui semble être son scénario le plus sombre.
Si les efforts régionaux de lutte contre le terrorisme échouent et que Boko Haram et l’EI-Afrique de l’Ouest reçoivent des fonds suffisants, a averti AFRICOM, les groupes commenceront à exercer une domination territoriale sur une grande partie du nord-est du Nigeria et le bassin du lac Tchad – y compris le contrôle de facto sur certaines régions du Cameroun et du Niger. « En deux ans, BH et l’EI-WA (WA: West Africa) pourraient devenir une destination pour un djihad mondial destructeur, recevant des combattants étrangers régionaux et mondiaux pour entraînement et endoctrinement », préviennent les documents de planification.
L’AFRICOM n’a pas répondu aux questions de The Intercept concernant le projet de retirer sept des huit unités d’élite antiterroristes opérant en Afrique et les avant-postes militaires proches en Tunisie, au Cameroun, en Libye et au Kenya, ni comment cela pourrait affecter les efforts militaires américains par rapport aux pires scénarios du commandement. Mais le nombre de groupes terroristes et d’attaques terroristes a augmenté en même temps que le nombre de déploiements contre les commandos américains. Au lendemain de l’attentat meurtrier de 2017 au Niger, un expert a déclaré à The Intercept que « la présence militaire américaine plus importante a, au minimum, servi d’outil de recrutement pour le nombre croissant de groupes terroristes opérant en Afrique occidentale ».
« Aucune décision officielle n’a été prise concernant les forces antiterroristes américaines opérant en Afrique », a déclaré le major Sheryll Klinkel par courriel. « L’effort d’optimisation ne signifie pas que nous allons nous retirer de la lutte contre le terrorisme, mais que les efforts doivent être “correctement proportionnés” pour être en phase avec les priorités actuelles en matière de sécurité, définies par la Stratégie de sécurité nationale et la Stratégie de défense nationale. »
Même si les scénarios cauchemardesques de l’AFRICOM ne se réalisent pas, le commandement entrevoit de nombreux problèmes à l’horizon. « Au cours des cinq prochaines années, l’Afrique restera mûre pour l’instabilité politique, les conflits et d’autres événements qui nécessiteront une aide humanitaire », préviennent les documents. « Le continent africain restera instable, imprévisible et caractérisé par des conflits et des troubles dans un proche avenir ».
Image du haut : L’image principale de cette illustration, une photo de février 2018, montre une vue aérienne de la périphérie de Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, où se déroule depuis 2014 un conflit entre le groupe terroriste islamique nigérian Boko Haram et l’armée camerounaise.
Source : The Intercept, Nick Turse, 12-09-2018
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.
Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Commentaire recommandé

LEFROD // 16.10.2018 à 06h33
Non mais on croit rêver…
Les USA, «inquiets de la conquête du continent Africain par les islamistes»!?
Cette nation, reine de la destruction des pays pour ses propres intérêts(ou ceux de ses alliés), qui utilise les dictatures les plus brutales, ou les islamistes les plus tarés pour mener ses guerres de proxi, inquiète!?
Moi, je lis ces lignes différemment, plus dans l’esprit: «c’est beau chez vous; ce serait dommage que ça brûle…»

Hidalgo ouvre les portes de l'Hôtel de ville aux SDF - le 16.10.2018


16 octobre 2018

Hidalgo ouvre les portes de l'Hôtel de ville aux SDF

La maire de Paris annonce l'ouverture, en novembre, d'une " halte " pour une cinquantaine de femmes

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Des femmes sans abri sous les dorures de la République. Anne Hidalgo ne pouvait prendre initiative plus symbolique pour frapper les esprits. Dans un entretien au JDD, daté du 14  octobre, la maire de Paris annonce l'ouverture en novembre d'" une halte " de nuit et de jour, pérenne, " dans l'Hôtel de Ville de Paris " pour " une cinquantaine de femmes " sans abri qui, par grand froid, " pourront être jusqu'à une centaine ". Au total, Mme  Hidalgo s'engage à ouvrir 700 places d'hébergement d'ici " début 2019 " dans des batiments municipauxsurtout à l'ouest de Paris, qui s'ajouteront aux 800 nouvelles créées dans des lieux appartenant à la municipalité depuis février. La  capitale compte quelque 10 000  places aujourd'hui.
Tout en faisant de la prise en charge des plus démunis un marqueur de sa politique, Mme Hidalgo met le gouvernement au pied du mur. Le 15  février, la maire de Paris avait déjà organisé " une nuit de la solidarité " qui avait permis à quelque 2 000 Parisiens de recenser 3 035 sans-abri dans les rues de la capitale. Cette opération était une pierre dans le jardin d'Emmanuel Macron qui, en juillet  2017, avait déclaré qu'" il - ne voulait - plus personne dans les rues d'ici la fin de l'année ". En mars, le chef de l'Etat avait reconnu son échec en la matière.
" La moitié du chemin "Mme  Hidalgo revient donc à la charge. En se fondant sur le décompte du 15  février, elle estime qu'" il manque près de 3 000 places d'hébergement d'urgence dans la capitale. Je me suis engagée à ce que la Ville fasse la moitié du chemin. L'Etat est chargé de créer les 1 500 autres ", prévient-elle. Pour ce faire, elle propose que l'hôpital du Val-de-Grâce que l'Etat a fermé, dans le 5e  arrondissement, puisse accueillir " en attendant sa réhabilitation " des " personnes à la rue "." Pour l'instant, je n'ai pas eu de réponse ", insiste-t-elle.
Les annonces de la maire de Paris ont soulevé peu de réactions dans les rangs de la Macronie. Plutôt un silence gêné de la part des ministres concernés ou des députés de Paris. " On ne va pas tomber dans le piège qu'elle nous tend en critiquant frontalement ses annonces ", arguait, dimanche, un élu La République en marche (LRM) de Paris. Le député de Paris, Pacôme Rupin, à la tête du " comité de pilotage " de LRM dans la capitale, estime même que cette proposition représente " un symbole intéressant ". Mais il regrette que " la maire de Paris fasse d'un sujet aussi grave un enjeu politicien ", rappelant que le gouvernement " a augmenté de 11  % le nombre de places d'hébergement en France en  2017 ", soit " une hausse record ".
Dans l'opposition, certains se gardent de tout reproche : Pierre-Yves Bournazel, député (Agir) de Paris, " approuve les dispositifs annoncés par la Ville de Paris ". Même si, potentiel candidat à la mairie en  2020, M.  Bournazel prône " la création de petites unités spécialisées, à taille humaine, qui permettent de prendre en compte la diversité des situations ". Président du groupe UDI-MoDem, Eric Azière se contente d'un constat malicieux : les annonces de Mme  Hidalgo seraient " une opération socialement utile et politiquement rentable ! "
La critique la plus mordante vient des élus Les Républicains. Maire du 5e arrondissement, Florence Berthout s'étonne " de cet accès de générosité de Mme  Hidalgo qui tombe du ciel ! On voit bien que, sur ce sujet, la maire de Paris joue le rapport de force avec le gouvernement ". En  2017, " j'ai été la première a accueillir en mairie une vingtaine de femmes sans abri. Je l'ai fait sans esbroufe ", poursuitla patronne de la droite parisienne. " Hidalgo, c'est le coup de com permanent ", s'agace Geoffroy Boulard. Le maire du 17e arrondissement rappelle que " chaque hiver, nous ouvrons des gymnases sur réquisition de l'Etat et nous servons des repas de solidarité à la mairie de l'arrondissement sans argent de la mairie centrale ".
" Donner l'exemple "Que ses propositions lui permettent de cliver avec la droite n'est pas pour déplaire à Mme  Hidalgo. La maire de Paris y voit aussi l'occasion de resserrer les rangs de sa majorité, en envoyant un signal à son aile gauche. " Il est inacceptable que des personnes continuent à dormir dehors dans la sixième puissance économique du monde. Chacun doit donner l'exemple ", tweetait, dimanche, Ian Brossat, adjoint au logement (Front de gauche). Coprésident du groupe écologiste à Paris, David Belliard " applaudit des deux mains même si cette annonce arrive un peu tard ".
Le président du SAMU social de Paris, Eric Pliez, a cautionné, dimanche, sur Franceinfo, la " démarche de fond engagée " par la maire de Paris. Mais ses propos sont restés alarmants : " la réalité, c'est que chaque soir au 115, nous continuons de refuser du monde ", dit-il. Soit " plus de 800 personnes par jour en ce moment, notamment des femmes isolées très vulnérables dehors ", précise-t-il.La question des sans-abri, qui relève autant de l'Etat que de la Ville, devrait être au cœur de la campagne des municipales en  2020.
Béatrice Jérôme
© Le Monde

La fabrique des programmes scolaires sous tension - le 16.10.2018


16 octobre 2018

La fabrique des programmes scolaires sous tension

D'ex-membres du Conseil supérieur des programmes dénoncent l'examen au pas de charge de la réforme du lycée

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Coup d'accélérateur pour la réforme du lycée. -Depuis le 11  octobre, le Conseil supérieur des programmes se réunit pour discuter, amender et voter les 81 programmes de 2de et 1re. Ces réunions au pas de charge – tout doit être bouclé le 2  novembre – commencent avec un conseil en partie renouvelé -puisque quatre mandats viennent d'arriver à échéance. Parmi ceux-ci, celui de Marie-Aleth Grard, la vice-présidente d'ATD-Quart Monde, qui avait annoncé sa démission à quelques jours de la fin de son mandat.
Les réunions se tiennent dans un contexte tendu. Des projets de textes ayant été mis en ligne par des syndicats et des associations, la présidente du CSP, Souâd Ayada, a décidé de ne plus communiquer les projets de programmes en amont à ses membres. Les textes qui n'ont pas fuité pourront être -consultés dans une salle et devront être remis avant le départ des votants. Alors que le déroulé détaillé des réunions, que Le Monde s'est procuré, prévoit entre quatre et sept programmes votés par jour, et que certains textes n'auront pas pu être consultés à l'avance, le CSP " à l'ère Blanquer " peut-il encore tenir son rôle ?
Imaginée par Vincent Peillon en  2013, cette instance réunit six parlementaires, deux membres du Conseil économique, -social et environnemental et dix " personnalités qualifiées " – des universitaires ou des inspecteurs généraux – autour d'une conviction : ce qui doit être enseigné aux enfants n'est pas seulement l'affaire de spécialistes des disciplines. Pour Roger-François Gauthier, membre " historique " du CSP et professeur associé à l'université Paris-Descartes dont le mandat s'est achevé le 10  octobrel'idée initiale était que " la -société devait pouvoir s'en mêler et contribuer à définir le projet -politique de l'école ".
Sauf que cela coince dès les premières saisines. Le premier président de l'instance, Alain Bois-sinot, claque la porte en juin  2014. Dans sa lettre de démission adressée aux membres du conseil, il -affirme : " C'est peut-être une -erreur d'avoir donné à une instance de réflexion et de délibé-ration des responsabilités opérationnelles aussi lourdes. " Un deuxième, le géographe Michel Lussault, mène la refonte des -programmes de primaire et du collège, puis démissionne en -septembre  2017, peu après l'arrivée du nouveau ministre de l'éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. " Le ministre n'est pas prêt à confier au CSP des missions correspondant aux chantiers à -venir ", estime-t-il, évoquant la -réforme du lycée et du bac.
" Mascarade "Une inspectrice générale de philosophie, Souâd Ayada, prend alors la direction du conseil. Dès l'arrivée de cette dernière, un -clivage se forme entre ceux qui ont connu l'ancienne école et ceux – dont la majorité des parlementaires – arrivés avec le changement politique de 2017. Mme Ayada prend position dans des magazines comme Le Point  et Causeur contre les décisions de son prédécesseur, déclenchant de vives réactions des " anciens ". La vice-présidente du CSP nommée par la gauche, la linguiste Sylvie Plane, démissionne en février. Au sein du -conseil, " on ne peut plus débattre ", regrette enfin Marie-Aleth Grard lors de sa démission.
Denis Paget, professeur de lettres et ancien syndicaliste, ainsi que Roger-François Gauthier,deux anciens membres dont le mandat s'est achevé le 10  octobre, regrettent eux aussi l'absence de débats. Un membre actuel du conseil qui ne souhaite pas être cité affirme que le CSP n'est plus une " instance qui étudie " les textes. Chez les nouveaux arrivants, on s'étonne au contraire que les " anciens " soient en constante opposition avec tout ce que dit la présidente. Pour Agnès Thill, députée LRM de l'Oise et ancienne directrice d'école, certains membres sont parfois " contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est -contre ". " Le CSP répond à une saisine, on est obligés d'avancer ", ajoute-t-elle. Si elle reconnaît que les réunions sont toujours trop courtes – en général trois heures, parfois toute la journée –, Agnès Thill se souvient d'avoir passé " des heures à discuter d'un mot " lors de la saisine pour la clarification des programmes de primaire et du collège au printemps.
Pour d'autres, au contraire, c'était là l'essence même du CSP : la discussion, même longue, même minutieuse. " Du temps de Michel Lussault, on projetait les pages sur un écran et on en discutait ligne à ligne ", souligne Denis Paget. " Entre la première version des programmes de collège au début de l'année 2015 et la version définitive, il y a eu six mois de -travail intense, marqué par des discussions, et même des polémiques ", se souvient l'intéressé. Aujourd'hui sur le lycée, le -conseil dispose de seize jours de réunion. Une " mascarade ", pour une source proche du conseil qui souhaite garder l'anonymat. Pour d'autres, une simple contrainte extérieure avec laquelle le CSP compose comme il peut. C'est bien le problème, répondent en chœur les " anciens ". Sollicitée par Le Monde, Souâd Ayada a déclaré ne pas pouvoir se rendre disponible en raison de cet agenda chargé.
" Reprise en main "Il y a enfin une ambiguïté de départ sur l'indépendance du CSP. Saisi par le ministre – même s'il peut s'autosaisir – le conseil n'a pas de pouvoir décisionnaire. Pour certains membres, la nomination d'une inspectrice générale à la présidence en novembre  2017 – comme l'était, du reste, le premier président, Alain Boissinot – est le signe d'une " reprise en main " par le ministère, à un moment où, selon des sources au sein du conseil, le ministre semble hésiter à maintenir le CSP. Le sénateur (Les Républicains) Max Brisson, lui-même ancien inspecteur général, relève une méprise sur la nature même du CSP, qui n'a " pas vocation à fonctionner comme un contre-pouvoir ". L'indépendance du CSP devait en outre être garantie par l'éclectisme de sa composition. Aujourd'hui, selon Denis Paget, " la composition du conseil s'est appauvrie ", avec des universitaires qui représentent une discipline définie et des groupes de travail présidés systématiquement par un universitaire et un inspecteur général. " Le retour en force des inspecteurs n'est pas un signe d'indépendance ", note-t-il.
Contraint à la fabrication immédiate des programmes, le CSP peinerait à remplir son rôle de réflexion de long terme. Mais la difficulté n'est pas nouvelle, selon Alain Boissinot. Y compris parce qu'il ne s'est jamais saisi de nombreux sujets qui tombaient dans son escarcelle,comme la formation des enseignants et les examens. Le CSP est-il devenu une simple " chambre d'enregistrement ", comme le dénoncent certains de ses membres passés et actuels ? " Tant qu'on voudra tout refaire en trois mois, le CSP ne sera pas un lieu de débats ", conclut M. Boissinot, dans un monde où le maître des horloges est souvent bien loin du " temps long "des questions d'éducation.
Violaine Morin
© Le Monde



16 octobre 2018

Des enseignants préoccupés par la refonte du lycée

La Révolution enseignée en 1re, des ouvrages imposés en français… Voici les changements qui attendent les élèves

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Les nouveaux programmes du lycée arrivent en discussion au Conseil supérieur des programmes. Saisis à la fin du printemps, pas moins de 400 experts ont planché tout l'été. Au total, 81 textes couvrant les enseignements des classes de 2de et de 1re des voies générale et technologique doivent être discutés et votés d'ici au 2  novembre. Le SNES, syndicat majoritaire dans le second degré, a d'ores et déjà fait fuiter sur son site de nombreux projets de -programmes, suivis par certaines -associations disciplinaires, indiquant qu'il souhaitait " permettre le début de la réflexion dans les délais contraints imposéspar le ministre ".
Sur le programme d'histoire de 2de et de 1re, l'historienne Laurence De Cock a ouvert la discussion dans les colonnes de Libération, le 11  octobre. Contactée, elle confirme sa position et celle du collectif d'historiens Aggiornamento : les programmes d'histoire consacrent une approche" fixiste " de la discipline, sans tenir compte des avancées de la recherche récente quiconsacre des approches plus variées, sur la place de la France dans le monde ou sur l'histoire populaire, portées par des historiens comme Gérard Noiriel. " C'est au pire un mépris des élèves et au mieux une indifférence aux avancées de la recherche ", conclut-elle. " Refuser la mise en débat de l'histoire est une manière de refuser aux lycéens une formation critique et politique au sens le plus noble, par la formation aux sciences humaines et sociales. "
Christine Guimonnet, membre de l'Association des professeurs d'histoire-géographie, regrette aussi la faible part de " l'histoire sociale " et de " l'histoire des femmes " dans les projets. Enfin, le projet prévoit désormais l'étude de la Révolution française au -début de l'année de 1re, alors qu'elle était jusqu'ici abordée en 2de. Comme le rappelle -Laurence De Cock, 25  % des élèves ne -verront donc pas la -Révolution, car ils sont orientés en 1re tech-nologique où les programmes d'histoire ne sont pas réécrits. Christine Guimonnet souligne pour sa part que les -enseignants n'avaient " jamais le temps " de traiter la Révolution en seconde.
Une autre discipline s'inquiète, à sa manière, de ce que Laurence De Cock appelle une " défiance envers les sciences humaines et sociales " : les sciences économiques et sociales (SES), dont l'association Apses représente une partie des enseignants. Selon son président, Erwan Le Nader, s'il y a " des avancées " dans les projets de programmes, " les approches englobantes reculent ", au profit de la micro-économie, qui gênera les enseignants soucieux d'approcher les SES de manière critique. En sociologie, la notion de groupes sociaux disparaît des programmes. L'Association des sociologues enseignants (ASES) a fait part de son inquiétude dans un communiqué intitulé " Qui a peur des classes sociales ? " mis en ligne le 11  octobre. " Il n'est nul -besoin d'être marxiste orthodoxe pour raisonner en termes de -classes sociales et (…) ces catégorisations du monde social, en -constante évolution, font partie intégrante de la réflexion sociologique depuis des décennies ", rappelle l'association.
Programme très " classique "L'Association française des enseignants de français (AFEF) critique, elle, un programme jugé très " classique ", même si l'effort sur l'étude de la langue est plutôt salutaire, juge sa présidente, -Viviane Youx. Plus inquiétante est l'approche des œuvres littéraires au travers de grandes sections chronologiques et de genre, comme " La poésie du Moyen Age au XVIIIe  siècle " en 2de, ou bien " Le théâtre du XVIIe  siècle au XXIe  siècle " en 1re. Selon l'enseignante, ces choix dépossèdent l'enseignant de la possibilité de faire des " va-et-vient "entre les œuvres, essentiels pour intéresser les lycéens à la permanence d'un motif esthétique, d'un thème ou d'une forme littéraire à travers le temps. Mais le plus inquiétant reste le projet d'imposer aux enseignants une liste de livres à lire : sept œuvres en seconde (quatre en classe et trois à la maison) et huit en 1re dont -quatre en classe. " Il y a clairement la volonté d'imposer une culture commune ", regrette-t-elle. Mais l'orientation générale des programmes, veut croire -Viviane Youx, laisse penser à une vision plutôt traditionnelle de l'histoire littéraire, même si l'AFEF a plaidé la cause de la littérature contemporaine et de la littérature francophone lors de sa réunion avec le CSP.
En mathématiques et en SVT, quelques petites craintes émergent aussi. L'Association des professeurs de mathématiques de l'enseignement public pointe en effet, dans un compte rendu de sa rencontre avec le CSP, la difficulté du programme. En clair, celui de 2de n'est pas conçu pour des élèves ayant " peu d'appétence " pour la matière. Le programme de spécialité, à partir de la 1re, est jugé " plus ambitieux " que l'actuel programme de 1re ES, ce qui peut faire craindre une " fuite " de certains élèves en SES.
En SVT, quelques lecteurs avertis se sont émus sur les réseaux sociaux de voir deux chapitres des programmes basculer de la 1re générale à la 2de : l'étude de la reproduction et de la sexualité, et le chapitre " nourrir la planète ". Il s'agit en fait d'une demande des enseignants, qui souhaitaient que les élèves aient tous – avant l'orientation de 25  % d'entre eux en série technologique, où la SVT disparaît – une piqûre de rappel sur ces deux thèmes. Serge Lacassie, président de l'Association des professeurs de biologie et de géologie, se veut rassurant : les concepts scientifiques abordés ont été " adaptés " à ce changement de niveau.
V. M.
© Le Monde



Emploi : des dispositifs " coûteux pour une efficacité modérée " - le 16.10.2018


16 octobre 2018

Emploi : des dispositifs " coûteux pour une efficacité modérée "

Le bilan controversé des réductions de charges conduit à s'interroger sur l'opportunité de continuer à y injecter des milliards d'euros

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Instaurées à partir du début des années 1990, les politiques visant à diminuer le coût du travail n'ont cessé d'être mises en doute à mesure qu'elles gagnaient de l'ampleur. Au moment où une nouvelle étude vient, une fois de plus, d'émettre de fortes réserves sur l'efficacité du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), le bilan controversé des réductions globales de charges conduit à poser la question suivante : faut-il continuer à y injecter des milliards d'euros alors que le chômage reflue à petits pas, tout en se maintenant à des seuils élevés, comparé à bien d'autre pays de l'Union européenne ?
L'effort financier consacré à ces dispositifs est, en effet, loin d'être négligeable. Selon une étude de la Dares, la direction de la recherche du ministère du travail, " les mesures générales d'exonérations " de charges en faveur de l'emploi ont atteint 45,4  milliards d'euros en  2015, " soit 16,4  % de plus " que l'année précédente. Une progression " largement " imputable à la mise en œuvre du pacte de responsabilité : lancé sous le quinquennat de François Hollande, celui-ci prévoit divers allégements de cotisations qui permettent, in fine, aux entreprises de ne plus payer aucune contribution pour la Sécurité sociale lorsque leurs salariés sont " au niveau du smic ".
Si elles sont centrées sur les rémunérations basses, les exonérations de cotisations permettent de créer des postes pour les personnes peu ou pas qualifiées, affirme l'économiste Bertrand Martinot, par ailleurs ex-patron de la Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle. Elles peuvent, à ce titre, être vues comme un exemple d'une " politique de redistribution juste et efficace ", ajoute-t-il.
Les allégements décidés par les gouvernements Balladur (1993-1995) et Raffarin (2002-2005), qui portaient initialement sur des salaires allant de 1,1 à 1,2 smic dans le premier cas, et jusqu'à 1,3 smic dans le second, ont soutenu les embauches, renchérit Clément Carbonnier, maître de conférences à Cergy-Pontoise.
Plusieurs bémolsMinistre du travail durant le mandat de Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand en est convaincu : " Le nombre de demandeurs d'emploi a progressé moins vite qu'il ne l'aurait fait si aucune politique de ce genre n'avait été mise en place. Sans ces mesures, les statistiques du chômage seraient pires. "
Mais de tels constats sont assortis de plusieurs bémols. Primo : comme ces dispositifs sont pour une grande part ciblés sur les bas salaires, " est-ce que l'on ne favorise pas la création de postes de moindre qualité, avec des perspectives de carrière relativement étroites ? ", s'interroge Christine Erhel, professeure d'économie au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Cette question est d'autant plus délicate, poursuit-elle, que " nous nous trouvons dans une économie dont la main-d'œuvre doit monter en qualification pour pouvoir produire des biens innovants ", face à la concurrence internationale.
En outre, les allégements généraux de cotisations ont vu leur incidence sur l'emploi s'étioler quand ils ont été graduellement appliqués à des niveaux de rémunération plus élevés : cette extension s'est davantage traduite par des augmentations salariales que par une progression des effectifs dans les entreprises, rapporte Clément Carbonnier.
Pour Eric Heyer, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), ces politiques ne sont efficaces que si elles sont coordonnées avec d'autres actions plus globales, de nature à soutenir " l'activité ". Or, l'expérience montre, selon lui, qu'on en est loin. " Limités par des contraintes budgétaires ", les gouvernements veulent " contrôler le coût " des politiques d'exonération en les compensant par d'autres dispositions : par exemple, en augmentant les impôts ou en réduisant le nombre d'agents publics, ce qui, au final, a des conséquences préjudiciables sur la consommation des ménages donc sur la croissance.
Conclusion : " il faut faire des choix ", souligne Eric Heyer, qui rappelle que l'Allemagne s'était, provisoirement, exonérée des règles d'orthodoxie budgétaire et avait laissé filer les déficits quand elle avait décidé d'engager, au début des années 2000, des réformes destinées à remédier au chômage de masse qui sévissait à l'époque.
Doit-on pour autant renoncer aux dispositifs d'exonérations générales de charges ? Ils sont certes " coûteux pour une efficacité modérée ", résume une étude publiée en  2015 par le laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques de Sciences Po (Liepp). Cependant, nuance-t-elle, " ils ont un résultat globalement positif en termes d'emploi. " Surtout, insiste cette étude, supprimer ce type de dépenses " n'est pas considéré comme une option tenable sur le plan politique car elle augmenterait le chômage ". Dans le même temps, le Liepp plaide pour une utilisation " alternative " d'une partie des moyens dévolus à la baisse des charges : priorité devrait être donnée à " l'investissement social " – par le biais, entre autres, de la formation, initiale et continue.
Sarah Belouezzane, et Bertrand Bissuel
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16 octobre 2018

L'évaluation du CICE continue de faire débat chez les économistes

Le résultat de ce dispositif, qui coûtera 40 milliards d'euros en 2019, reste toujours aussi flou

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45,38 MILLIARDS
C'est le montant, en euros, des " mesures générales d'exonération " en 2015, selon le ministère du travail. Un an plus tôt, elles se situaient à un niveau inférieur (39  milliards d'euros) et étaient encore plus faibles en  2010 (26,88  milliards). L'essentiel de ces dépenses provient des allégements généraux sur les bas salaires (21,7  milliards en 2015) et du CICE (18,6  milliards).
C'est l'emblème de la politique économique de François Hollande, reprise et pérennisée sous le mandat d'Emmanuel Macron. Le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), un dispositif à 20  milliards d'euros par an, continue, près de six ans après sa mise en place, d'alimenter les polémiques sur son efficacité.
" Les évaluations du CICE ont toujours conclu à des effets mitigés ", ont résumé, jeudi 11  octobre, les économistes de l'Institut des politiques publiques (IPP), un -organisme indépendant mandaté au printemps par l'Assemblée nationale pour tenter, une fois de plus, d'estimer les effets de ce crédit d'impôt de 6  % sur la masse salariale, qui s'applique aux salaires jusqu'à 2,5 smic.
" Jusqu'ici, les évaluations du CICE n'ont pas trouvé d'effet sur l'investissement - des entreprises - , la R&D - recherche et développement - et les exportations. Elles ont conclu à un effet probablement positif sur les marges, mais faible et incertain sur l'emploi. Enfin, -elles ont noté une hausse du -salaire moyen au sein des entreprises les plus concernées ",notent les chercheurs de l'IPP.
Un peu court, pour une mesure qui a peu ou prou coûté 20  milliards d'euros par an aux finances publiques depuis 2014… et en coûtera le double en  2019. En effet, le CICE sera l'an prochain transformé en baisse de cotisations pérenne pour les entreprises. A sa naissance, en  2013, le mécanisme de crédit d'impôt avait été choisi afin de ne pas avoir à verser les sommes dues avant l'année suivante, pour ne pas peser sur le budget. Conséquence : l'an prochain, les 20  milliards seront dus aux entreprises à la fois au titre du crédit de 2018, et de la réduction de cotisations de 2019. De quoi creuser le déficit tricolore de 0,9 point de PIB, et le faire frôler la barre fatidique des 3  % (2,8  % prévus).
Casse-têteA sa décharge, le dispositif a pâti dès le début du pire défaut qui soit pour une politique publique : courir plusieurs lièvres à la fois. Pour le rapport Gallois qui l'inspira en  2012, il s'agissait de doper la compétitivité des entreprises, notamment industrielles, en abaissant le coût du travail. D'où un ciblage large : avec un plafond à 2,5 smic, le CICE touche près de 80  % des salariés français. Mais plusieurs grands groupes de services (Carrefour, La Poste) en ont largement bénéficié. Dans le même temps, le gouvernement l'a vendu comme un instrument de réduction du chômage.
Surtout, le dispositif n'a été -conditionné à aucune fin précise. Il semble acquis que les milliards injectés aient constitué une bouffée d'oxygène pour l'économie française, notamment les PME, et qu'ils aient contribué à redresser les marges au sortir de la crise -financière. Mais la question -centrale – combien d'emplois ont été créés grâce au CICE ? – demeure un casse-tête.
Dernier bilan en date, celui du comité de suivi du CICE, publié début octobre par France Stratégie, l'organisme de réflexion rattaché à Matignon, chargé d'en coordonner l'évaluation. " Le comité maintient les conclusions avancées dans les précédents -rapports et retient un effet net qui serait proche de 100 000 emplois créés ou sauvegardés (…) sur 2014 et 2015 ",peut-on lire. Il y a un an, les experts avançaient ce même chiffre, mais dans une fourchette très large (10 000  à 200 000 emplois).
Et les débats ne sont pas près de s'arrêter avec la " bascule " du CICE en baisse de cotisations." Dans le scénario central de la direction générale du Trésor, les -effets de la bascule vers le nouveau dispositif seraient positifs sur l'activité et l'emploi à court-moyen terme, avec + 0,2  point de PIB et + 100 000 emplois à l'horizon 2020-2021. Toutefois (…) l'effet résultant est par -nature entouré d'une incertitude plus forte que la simple mise en place d'un nouvel allégement ", précise France Stratégie.
Selon l'étude de l'IPP, la bascule du CICE pourrait avoir un " effet significatif sur l'emploi ",avec cependant des différences notables en fonction des secteurs d'activité. Les secteurs qui emploient une part importante de main-d'œuvre peu qualifiée (hôtellerie, restauration) étant susceptibles d'en être les principaux bénéficiaires.
Pour l'économiste Daniel Cohen, l'Etat aurait pu s'éviter ce cadeau fait aux entreprises sous forme d'un afflux de trésorerie. " Pourquoi ne pas avoir payé, en  2018, le CICE au titre de 2017, et fait voter une baisse de charge qui aurait pris effet en  2019 ? Il n'y aurait eu aucune rupture pour les entreprises, et on aurait économisé 20  milliards d'euros. Vous savez tout ce qu'on peut faire, avec 20  milliards d'euros ? "
Audrey Tonnelier
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Macron à la recherche d'un second souffle - le 16.10.2018


16 octobre 2018

Macron à la recherche d'un second souffle

Le chef del'Etat, qui devait remanier son gouvernement, veut tourner la page d'une rentrée calamiteuse

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Rebondir. Reprendre l'initiative. Emmanuel Macron espérait procéder au remaniement du gouvernement lundi 15  octobre, mais les inondations survenues dans l'Aude dans la nuit de dimanche pourraient encore provoquer le report des annonces prévues. Lundi matin, le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé qu'il se rendait sur place dans l'après-midi. En tout état de cause, la nouvelle équipe exécutive devrait être au complet pour le conseil des -ministres prévu mercredi.
Depuis cet été, Emmanuel Macron cherche à sortir de cette mauvaise passe où l'a plongé l'affaire Benalla, fin juillet, et que les démissions successives de Nicolas Hulot, fin août, puis de Gérard Collomb, le 3  octobre, ont prolongée. Rien n'y a fait, ni le plan de lutte contre la pauvreté, ni le plan santé, ni sa tentative aux Antilles de paraître plus proche des Français. A chaque fois que le président de la République espérait avoir trouvé la parade pour relancer son quinquennat, il s'est trouvé confronté à de nouvelles difficultés, parfois de son propre fait, d'ailleurs. A l'Elysée, on espère que le remaniement permettra enfin de mettre un point final à cette mauvaise séquence et de trouver un second souffle.
" Vivier resserré "Il aura donc fallu près de quinze jours à l'Elysée et à Matignon pour former un nouveau gouvernement. Jamais remaniement n'aura pris aussi longtemps sous la Ve  République. Jusqu'au bout, Emmanuel Macron a hésité, revu sa copie, évalué les avantages et inconvénients des différents scénarios. Avec un cahier des charges parfois paradoxal. D'une part, le chef de l'Etat veut maintenir l'équilibre subtil qu'il tente de réaliser entre ses alliés du MoDem, la droite et la gauche, le monde politique et la société civile, les hommes et les femmes. D'autre part, il a à cœur de ne pas fâcher la droite dite " constructive ", à quelques mois des élections européennes qui pourraient donner l'occasion d'une alliance entre La République en marche (LRM) et les amis d'Alain Juppé et de Jean-Pierre Raffarin notamment. " Une véritable alchimie ", commente-t-on dans son entourage.
Ce week-end encore, Emmanuel Macron a poursuivi les tractations politiques. Même ceux de la -Macronie historique qui avaient quitté Paris pour assister au -mariage d'Ismaël Emelien, le -conseiller spécial du président de la République, n'ont pas totalement décroché. " Le président a beaucoup consulté samedi et dimanche ", fait savoir l'Elysée. Il s'est entretenu avec le premier ministre, Edouard Philippe, Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale, et Christophe Castaner, le délégué général de LRM. Il a également " beaucoup "parlé avec le président du MoDem, François Bayrou, confie-t-on dans son entourage, et discuté avec le centriste Jean-Louis Borloo, ainsi qu'avec certains élus locaux.
Ce remaniement laissera sans aucun doute des traces. Le président de la République, même s'il s'en défend, est apparu comme ayant du mal à trancher. Par ailleurs, juge Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l'IFOP, le chef de l'Etat puise désormais dans un " vivier assez resserré " de personnalités. " Un certain nombre d'acteurs politiques se disent que la recomposition politique, lancée par Macron au moment de la présidentielle, a du plomb dans l'aile ", explique le sondeur.
Au cours de ces deux semaines qui auront été nécessaires pour former un nouveau gouvernement, des tiraillements se sont exprimés au sein de la Macronie, notamment entre les partisans d'un rééquilibrage à gauche et ceux qui militent pour une plus grande ouverture à droite. Si Emmanuel Macron et Edouard Philippe n'ont manifesté aucune divergence publique et affirment travailler en excellente entente, leurs entourages, en revanche, n'ont pas toujours été à l'unisson.
" En prenant beaucoup de temps pour ce remaniement, l'exécutif a créé des attentes fortes ", juge un député LRM, " il faut qu'il en sorte quelque chose qui nous donne un second souffle "" La semaine sera consacrée à engager cette nouvelle étape du quinquennat, commente-t-on à l'Elysée, notamment en relançant le lien avec les territoires. " L'agenda d'Emmanuel Macron pour les jours à venir est à cet égard éloquent. Mardi, le chef de l'Etat recevra à l'Elysée Jean -Rottner, le président du conseil régional du Grand-Est, Hervé Morin, qui dirige Régions de France, et Dominique Bussereau, son homologue de l'Association des départements de France, ainsi que Gérard Larcher, le président du Sénat. Vendredi, le chef de l'Etat rencontrera Xavier Bertrand, le patron des Hauts-de-France.
" Pacte girondin "" Le président veut évoquer avec eux la République contractuelle ", qu'il a évoquée devant le Congrès, le 9  juillet, explique l'un de ses conseillers. Alors que les relations entre l'Etat et les collectivités locales sont tendues, Emmanuel Macron veut apaiser les tensions et donner du corps à ce " pacte girondin " qu'il appelle de ses vœux. " La première phase - du quinquennat - a été d'une grande verticalité mais elle était nécessaire. Aujourd'hui, nous devons davantage nous appuyer sur toutes les forces de progrès. Seuls on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ", avait expliqué au JDD du 7  octobre le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand.
Alors que les résultats de la politique menée tardent à arriver, le président de la République est conscient qu'il lui faut à la fois " reprendre de la hauteur et paraître moins déconnecté ", confie l'un de ses proches. A l'occasion du centenaire de la première guerre mondiale, Emmanuel -Macron a d'ailleurs prévu une " itinérance mémorielle " inédite, qui le verra, du 4 au 9  novembre, se déplacer dans onze départements du Grand-Est et des Hauts-de-France.
Invité du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, dimanche 14  octobre, François Bayrou l'a exhorté à s'exprimer devant ses concitoyens. " Je suis certain qu'il doit le faire et je pense qu'il le fera ", a glissé l'ancien garde des sceaux, ajoutant qu'Emmanuel Macron " aurait dû sortir de l'Elysée pour aller à la rencontre " des Français dès cet été, après l'affaire Benalla. " Toute la question est de savoir si la baisse de Macron dans les sondages relève de sa personnalité et de son exercice du pouvoir, ou si elle sanctionne sa politique. Auquel cas, tant que le président garde son cap, le remaniement n'y changera rien ", nuance Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos.
Virginie Malingre
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16 octobre 2018

Jean-Michel Blanquer, premier de la classe en Macronie

Le ministre de l'éducation nationale, qui a su s'imposer sur les scènes politique et médiatique, est cité en exemple par l'Elysée et Matignon

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Il n'y a pas que Richard Ferrand qui rêve d'un " Blanquer de l'intérieur ", comme il l'a dit au JDD le 7 octobre, pour remplacer Gérard Collomb. A l'Elysée ou à Matignon, nombreux sont ceux qui, comme le président de l'Assemblée nationale, invoquaient ces derniers jours les qualités du ministre de l'éducation nationale quand il s'agissait de dresser le portrait-robot du ministre de l'intérieur idéal. " Technique et politique, il coche les deux cases ", explique un proche du président, au point qu'a été évoquée l'idée d'adjoindre la culture à l'éducation nationale. L'oiseau rare, issu de la société civile, inattaquable sur ses compétences, et en même temps à même d'expliquer sa vision. " Il est un objet macronien ", résume un ministre.
Certes, Jean-Michel Blanquer est plus proche de la droite. Cet ancien recteur de Créteil et patron de l'Essec a d'ailleurs contribué au programme d'Alain Juppé durant la primaire de la droite et du centre. Il a également été directeur général de l'enseignement scolaire sous la présidence de Nicolas Sarkozy entre 2009 et 2012, quand 80 000 postes ont été supprimés au sein de l'éducation nationale. Et a participé à plusieurs rapports pour l'Institut Montaigne, un think tank libéral. Mais Jean-Michel Blanquer a surtout su imposer son image de " pragmatique ", comme il aime à se définir. Il défend aussi bien le cartable numérique que l'apprentissage par cœur, les neurosciences ou la revalorisation des langues anciennes.
A l'instar d'Emmanuel Macron, le ministre de l'éducation pense aussi qu'il y a urgence à réformer. Depuis son arrivée rue de Grenelle, M. Blanquer est sur tous les fronts et lance des " transformations " tous azimuts. Quitte à mettre parfois le dialogue social en sourdine. Refondre le lycée, le bac, la voie professionnelle, la formation des enseignants… et les programmes en même temps. Lundi 15 octobre, le ministre devait présenter un projet de loi au Conseil supérieur de l'éducation qui va bien au-delà de l'abaissement de l'âge de l'instruction obligatoire de 6 à 3  ans, son objet initial.
" Déjà politique "A peine nommé, M.  Blanquer a mis en place le dédoublement des classes de CP dans les quartiers les plus défavorisés. Une mesure devenue l'emblème de la " jambe gauche " de M.  Macron. " Il a porté la réforme la plus puissante que le pays ait connue depuis trente ans en matière de lutte contre les inégalités. Une réforme qu'on aurait tous aimé porter ", commente le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Les Français ont également retenu l'interdiction du téléphone portable à l'école et au collège, une mesure concrète qui, là aussi, touche à leur quotidien.
" Blanquer était déjà politique quand il est arrivé rue de Grenelle, relève-t-on à Matignon, il avait déjà fait sa mue, quand d'autres ministres de la société civile sont en train de la faire. Il avait une vision de ce qu'il voulait faire. " Le ministre porte, en effet, un projet, conçu tout au long de sa carrière au sein de l'éducation nationale. Il a, par ailleurs, réussi jusqu'ici à avancer ses réformes sans mettre les enseignants dans la rue. Les rentrées 2017 et 2018 se sont passées sans encombre. A l'Assemblée nationale, où il s'est fait acclamer à plusieurs reprises, il évolue comme un poisson dans l'eau.
Très présent sur le terrain – deux à trois fois par semaine, le ministre visite un établissement ou une académie –, Jean-Michel Blanquer a aussi su occuper la scène médiatique, soignant habilement sa communication.
En février  2018, il est l'invité de " L'Emission politique " sur France 2, et il est plébiscité : 71 % des téléspectateurs l'ont trouvé convaincant, tandis qu'Edouard Philippe a obtenu la faveur de 52 % des sondés à la rentrée 2017 et seulement 47 % le 27 septembre, lors de sa deuxième prestation. En dehors du premier ministre, Jean-Michel Blanquer est d'ailleurs, avec Gérald Darmanin, le seul membre du gouvernement à avoir participé à cette émission. Dans Paris Match, le 29 août, on découvre même le ministre de l'éducation nationale en maillot de bain sur une planche à voile, voguant sur un lac du Jura. Décidément polyvalent.
Mattea Battaglia et V. Ma.
© Le Monde