Plus c'est gros et plus ça passe
Par Sy. C.
Nous voici donc entrés dans un univers médiatico-politique où l'extrême droite est érigé en parti de la vertu. «J’appelle à constituer un véritable cordon sanitaire pour isoler LFI», a lâché Jordan Bardella hier au cours de son opération récupération de la mort de Deranque. Et, pour parfaire ce tableau, le président du RN a refait l'histoire et nie les violences de son propre camp, notamment en ce qui concerne la Cocarde étudiante, un syndicat connu pour ses exactions mais qui, dans la bouche du président du RN, devient un simple organisme ayant des élus dans les universités. «Nous sommes un pays de liberté, les opinions politiques doivent pouvoir s'exprimer librement, a-t-il sobrement déclaré. Mais la ligne rouge, c'est la violence physique et l'atteinte à l'intégrité physique. Je ne crois pas que la Cocarde réponde à ces critères.»
La faculté de Bardella à (mal) mentir au sujet des violences de son camp est remarquable. Depuis sa création en 2015, le syndicat a été l'acteur de nombreuses violences. Notamment en 2018, contre les étudiants de gauche qui, pour protester contre Parcoursup, bloquent la Sorbonne. Le 10 mai, une dizaine de militants, dont des membres de la Cocarde, viennent en découdre et frappent les contestataires. «Un étudiant au moins va terminer à l’hôpital victime de plusieurs fractures au visage», relaye Street Press. Après l'action, les nervis posent tout sourire avec une banderole retournée. Au milieu, on aperçoit Pierre-Romain Thionnet, alors boss de la Cocarde. Le même Thionnet qui, en octobre 2019, participe à une attaque violente contre un groupe d’étudiants de gauche à Nanterre. Il est alors assistant parlementaire de… Bardella au Parlement européen. Comme le monde est petit.
Multiples agressions
En novembre 2021, en plein Paris, le groupuscule Némésis vient perturber une manifestation contre les violences faites aux femmes en déployant une banderole reprenant un slogan du RN : «On est chez nous.» Alors que la foule proteste, «des nervis d’extrême droite, barres de fer à la main, surgissent alors et provoquent une bataille rangée», raconte le Nouvel Obs. On note dans les rangs des violents au moins trois membres de la Cocarde dont un «qui, ceinture à la main, agresse les manifestants».
L'an passé, en marge de son 10e anniversaire, le syndicat a été au cœur de violences. Idem le 30 janvier dernier, il n'y a même pas trois semaines : une vingtaine de membres de la Cocarde ont agressé des étudiants de l’université de Nanterre, avant d’être repoussés. Certains font état de gazage, d'insultes racistes et transphobes, de coups et de poings américains. Auprès de Street Press, le syndicat parle, lui, d'une «réécriture des faits» et invoque la légitime défense.
Et que dire de Sinisha Milinov ? Ancien responsable de la Cocarde Lyon, il a été condamné en février 2024 à 16 mois de prison, dont 6 ferme, pour des violences en réunion à caractère raciste sur trois personnes. Cela commence à faire beaucoup pour un syndicat que Bardella présente comme non-violent. Dans la série Star Wars - Andor, le sénateur Dasi Oran a cette remarque au sujet des troupes impériales et de leurs relais médiatiques, qui font des rebelles des terroristes en puissance : «Ils n'ont aucune honte, n'est-ce pas ? Ils ne prennent même plus la peine de mentir grossièrement. C'est sans doute l'humiliation suprême.» On y est.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire